Selon le deuxième témoin du procès Gbagbo/Blé Goudé, des jeunes pro-Gbagbo s’entrainaient avec la BAE avant les élections

Après la fin du contre-interrogatoire, le premier témoin du procès a été remercié. Le deuxième, un homme blessé le 25 février à Yopougon, s’est installé dans le prétoire.

Le témoin P-547 cause décidément des ennuis à la chambre. Son contre-interrogatoire n'a cessé d'être émaillé de problèmes de compréhension entre lui et les autres participants au procès.

Interrogé aujourd’hui par l’équipe de Charles Blé Goudé, les problèmes de compréhension ont été nombreux une fois de plus avec en cause, de temps à autres, la traduction. Une traduction très complexe dans un procès où s’entremêlent dioula, français et anglais.

En effet, à un moment donné, Geert-Jan Knoops, l’avocat principal de Blé Goudé, croit comprendre un fait qui aurait démonté en grande partie le témoignage de P-547, qui a toujours affirmé qu’il n’était entouré que de personnes pacifiques à la marche vers la RTI. « Vous dites à la chambre que le 16 décembre 2010 il y avait des civils qui tiraient ? », demande l’avocat néerlandais d’un air surpris par la réponse qu’il vient d’entendre de la bouche de l’interprète. Mais, une fois l’erreur de traduction soulignée par le juge, le témoin répètera qu’il n’a jamais vu de civils tirer sur quelqu’un.

Huis-clos agité

En dehors des traductions qui jouent parfois des mauvais tours, le juge Tarfusser intervient aussi régulièrement pour reposer ou reformuler les questions de Me Knoops ou Me Gbougnon, les membres du conseil de Blé Goudé. Il simplifie ou élabore les questions de la défense et réussit souvent à finalement faire répondre le témoin.

L’audience de la matinée, axée sur ce contre-interrogatoire, laissera aussi échapper des moments de tensions, voire de colère. Lors d’un huis-clos partiel, on verra les différentes parties se lever tour à tour dans une certaine excitation : MacDonald (l’adjoint de la procureure) paraît passablement énervé par les propos de Knoops, tandis qu’Altit (l’avocat de Gbagbo) ou Massidda (la représentante des victimes) interviennent par intermittence pour apporter leur eau au moulin à une discussion animée mais dont la teneur ne sera pas connue. Car oui, cette fois, le son était bien coupé pour le public et les propos tenus lors de ce huis-clos resteront un mystère.

Détecter les failles du récit du témoin

La tension se poursuivra avec l’intervention de Gbougnon, l’avocat ivoirien de Charles Blé Goudé, où MacDonald lui reprochera vivement de paraphraser les déclarations du témoin. Ce qui dénature les propos tenus par ce dernier. Gbougnon s’exécutera et continuera alors de tenter de mettre en lumière les contradictions du récit du témoin : les lieux, les personnes ou les évènements sont décortiqués pour mettre le doigt sur les potentielles failles du récit.

L’avocat essaiera notamment de montrer que le témoin dit des choses qu’il ne pouvait pas selon lui savoir, comme lorsqu’il était dans l’ambulance, allongé et blessé, mais qu’il a affirmé qu’il était encore à Cocody. « On avait pas fait beaucoup de chemin (en ambulance, ndlr) » justifiera cependant le témoin.

Finalement, peu avant la pause-déjeuner, le juge remerciera P-547, le premier témoin d’une longue liste. L’homme originaire de Yopougon aura donné du fil à retordre à la Cour.

Le deuxième témoin entre (enfin) en scène

L’après-midi s’ouvre elle sur un long huis-clos où l’on peut supposer que l’identité du deuxième témoin est déclinée et où les règles de sécurité lui sont exposées. Il ne reste qu’une demi-heure pour l’introduction au public. L’homme, interrogé par un autre substitut de la procureure, est un blessé de l’événement de février 2011 de Yopougon pour lequel seul Charles Blé Goudé est jugé.

Il répond aux questions en français mais, en raison de la modification vocale, le récit est difficile à comprendre. De plus, les informations sont parcellaires en raison du manque de temps et du huis-clos d’introduction.

Intimidations des pro-Gbagbo

Mais on apprend tout de même que l’homme est originaire du quartier Doukouré à Yopougon et que c’est un Mossi. Dans son récit, il évoque des « milices », des « bandes armées ». Il parle aussi d’entraînements de jeunes pro-Gbagbo en compagnie de membres de la brigade anti-émeute (BAE) qu’il aurait vus dans le quartier deux ou trois mois avant les élections. « Ils couraient tous les matins », explique-t-il avant d’ajouter que les jeunes pro-Gbagbo étaient encadrés par quelques BAE et qu’« ils apprenaient à tirer (…) derrière le 16ème arrondissement ». « On pouvait les voir, ils le faisaient en plein jour, sans se cacher », raconte-il au bureau de la procureure.

Il explique que lui et les habitants du quartier étaient appelés « les étrangers » par ces mêmes pro-Gbagbo et qu’il y avait chez eux la volonté de les intimider.

« Ils venaient nous lapider »

Puis, commençant à raconter la journée du 25 février 2011, le jour où il a été blessé, il évoque les « gbakas » et les gens « qui étaient brûlés ». Selon lui, Blé Goudé venait de parler lors d’un meeting et c’est à la suite de ce dernier que les pro-Gbagbo « sont venus avec des pierres et nous les ont lancées (…) Ils venaient nous lapider ». Il raconte alors que lui et les personnes avec qui il était ont aussi lancé des pierres. Mais, toujours selon le témoin, les policiers ont commencé à leur tirer dessus. « Les gens mouraient », précise-t-il.

Il est presque l’heure de la fin de l’audience. L’interrogatoire s’interrompt notamment en adéquation avec un impératif religieux du témoin. Le juge  lui dit que la séance est levée : « Vous pouvez aller prier (…) On se verra demain ».

Source: ivoirejustice.net

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