Venance Konan

"Laurent Gbagbo ne veut pas d'élection présidentielle" - Interview du journaliste et écrivain ivoirien

Initialement prévues pour le 30 novembre, elles risquent de ne se tenir qu’au premier trimestre 2009. L’écrivain et journaliste ivoirien Venance Konan, coauteur d’un livre intitulé Scénarios pour la Côte d’Ivoire sur les solutions possibles à une sortie de crise en Côte d’Ivoire, donne son point de vue sur la situation.

Venance Konan, journaliste et écrivain ivoirien, a été plusieurs fois lauréats du prix littéraire ivoirien Ebony. Auteur de trois livres : Les prisonniers de la haine (best seller publié en 2003), Robert et les Catapila (2005), Nègreries (2007), il a récemment été classé parmi les 50 personnalités ivoiriennes par l’hebdomadaire panafricain Jeune Afrique. Venance Konan est également membre d’un forum composé de plusieurs personnalités ivoiriennes, qui propose dans un livre intitulé les Scénarios pour la Côte d’Ivoire et publié en 2005, quatre schémas de sortie de crise.

Afrik.com : L’Onu vient de reconduire ses sanctions contre la Côte d’Ivoire jusqu’à la tenue d’une élection présidentielle. Trouvez-vous cette décision pertinente ?

Venance Konan : Tant qu’on n’a pas trouvé une solution à la crise, il vaut mieux ne pas donner des armes aux belligérants. Aujourd’hui, on est en train de nous faire croire que Guillaume Soro (l’actuel Premier ministre ivoirien et secrétaire général de l’ex-rébellion des Forces Nouvelles, ndlr) et le président ivoirien Laurent Gbagbo sont de grands amis, que Charles Blé Goudé (le leader des Jeunes patriotes, mouvement proche du parti au pouvoir, ndlr) et Guillaume Soro s’entendent bien, mais personne n’est dupe ! J’ai peur que le pire ne soit devant nous. Je ne crois pas du tout en cette paix annoncée. Pour moi, c’est une paix factice. Le fait est qu’aujourd’hui les ex-rebelles, comme on les appelle, sont toujours armés et occupent toujours le Nord. Les milices qui sévissent à l’ouest du pays et à Abidjan sont toujours présentes. Je les ai vues dans un quartier qui s’appelle Willamsville, à Abidjan, faire leur footing au petit matin. Et ce n’est le seul quartier où on peut les voir. C’est une réalité que nous vivons tous les jours. Nous sommes dans une fausse paix dans laquelle chaque partie attend de voir qui baissera la garde le premier. Les problèmes de fond qui nous ont conduits dans cette crise restent toujours présents, notamment le problème d’"ivoirité".

Afrik.com : Est-ce que la tenue de l’élection présidentielle réglerait ces problèmes dont vous parlez ?

Venance Konan : L’élection ne constitue pas forcément la fin de la crise. Tant qu’on n’aura pas résolu les problèmes de fond qui nous ont menés à cette crise, on aura rien réglé en allant à l’élection présidentielle. Je fais partie d’un groupe de personnes dont Jean-Louis Billon et le président de la Ligue ivoirienne des droits de l’Homme. Nous avons proposé, en 2005, dans un livre intitulé Scénarios pour la Cote d’Ivoire, quatre schémas possibles de sortie de crise. Pour nous, le meilleur scénario était qu’on se donne le temps d’une transition un peu plus longue qui permettrait de régler tous ces problèmes de fonds, notamment celui de l’identité, de la nationaité. Il y a des gens, qui sont nés en Côte d’Ivoire de parents immigrés, à qui on la refuse la nationalité, ça pose aussi un problème dans le cadre de l’identification des populations en vue des élections. Le désarmement, les problèmes fonciers et constitutionnels comptent également parmi les questions auxquelles il faut trouver des réponses. Tout le monde est d’accord pour dire que cette Constitution mal faite est en partie à l’origine de la crise politique que nous traversons. Personne ne nous a écouté mais nous ne désespérons pas.

Afrik.com : L’élection présidentielle, initialement prévue pour 2005, a été maintes fois reportée. Aujourd’hui, la date du 30 novembre prévue par l’accord de Ouagadougou semble elle aussi compromise. On parle désormais du premier trimestre 2009. Comment expliquez-vous cette situation ?

Venance Konan : Dans nos propositions en 2005, nous parlions d’un scénario que nous avons appelé la fuite en avant. Nous y sommes. C’est-à-dire qu’on ne règle rien, mais on essaie de gagner du temps, chacun se croit plus intelligent que l’autre et le pays est en train de couler. Parmi les éléments qui me permettent de dire que le pire est devant nous, il y a la violence qui s’institutionnalise en Côte d’Ivoire. Si vous avez suivi l’actualité de ces derniers jours, il y a une rumeur d’enlèvements d’enfants. Ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Aujourd’hui, il est dangereux d’être sur les routes à partir de 18 heures. Des "coupeurs de route", des brigands, sont partout, dès la tombée de la nuit. A Abidjan, les bandits agissent impunément, notre police est complètement pourrie, la corruption gangrène toute la société… Tout cela me fait croire que le pire est devant nous.

Afrik.com : Ce report d’élections n’étonne donc personne en Côte d’Ivoire ?

Venance Konan : Tout le monde savait depuis longtemps que cette élection n’aurait pas lieu. Les gens ne veulent pas d’élection. Ne nous faisons pas d’illusion. Ni M. Gbagbo ni M. Soro ne veulent de l’élection. Gbagbo ne veut pas d’élection d’abord parce qu’il n’a pas d’opposition devant lui pour le contraindre à la faire ! Il a gagné un an, deux ans, trois ans, pourquoi voulez vous qu’il s’arrête en si bon chemin ? On dit qu’il n’est pas président de la République, seulement chef d’Etat, mais en attendant, il jouit de tous les pouvoirs. L’Assemblée Nationale ne siège même plus, Laurent Gbagbo est tout puissant ! Selon La Lettre du Continent, le budget de souveraineté de Gbagbo est monté à 71 milliards de francs CFA, avec cet argent, il fait ce qu’il veut ! Comment voulez vous qu’il organise des élections qu’il peut perdre ? Je pense que si on organise des elections claires et transparentes, Monsieur Gbagbo n’a pas beaucoup de chance de gagner !

Afrik.com : A quoi peut on s’attendre si la présidentielle continue d’être reportée ?

Venance Konan : On va vers le chaos ! En 2005, on nous a dit qu’il fallait attendre 2006 pour voter, les gens ont crié mais nous avons attendu. 2006 on nous dit que ce sera en 2007, ensuite l’élection a été reportée à 2008. Nous avons encore attendu. Et là, on va la reporter en 2009 c’est clair ! Et ça risque de continuer. Mais un jour, on tombera dans le chaos parce que la population n’en peut plus. La situation économique est difficile. Le président de l’assemblée nationale, Mamadou Coulibaly a dit que 70% des Ivoiriens n’arrivent pas à prendre plus d’un repas par jour et on le voit ! Des bidonvilles poussent partout, des enfants ne vont plus à l’école parce que les parents n’ont plus d’argent. On avait annoncé récemment que le cacao allait être acheté à 700 F CFA le kilo, aujourd’hui c’est à peine 200 francs que le paysan touche. Beaucoup s’abstiennent désormais de vendre leur cacao. Aujourd’hui ils n’ont plus un sou ! Un jour ça va exploser.

Afrik.com : Que doit-on faire pour en finir avec la crise en Côte d’Ivoire ?

Venance Konan : Nous proposons qu’on mette en place une vraie transition consensuelle pour résoudre les problèmes afin qu’on puisse aller aux élections tranquillement. Personne ne veut nous écouter parce qu’il y a des gens qui ont le pouvoir et qui ne veulent pas le lâcher. Un jour, quelqu’un va sortir de l’armée ou d’ailleurs et va jouer au fou comme cela s’est passé dans d’autres pays de la sous région. Si nous ne nous asseyons pas pour parler franchement, c’est ce qui risque d’arriver. Nous avons demandé une sorte de conférence nationale pour que les Ivoiriens se parlent et se disent la vérité. Mais personne ne veut nous écouter.

Afrik.com : Quel doit être, selon vous, le rôle de la communauté internationale dans la résolution de cette crise ?

Venance Konan : On aurait bien voulu que la communauté internationale s’implique davantage dans la crise ivoirienne. Mais nous ne devons pas nous faire d’illusion non plus ! Ce n’est pas à elle de régler nos problèmes, on le voit au Congo et ailleurs. Si la solution peut venir de l’extérieur c’est tant mieux ! Cependant, je n’y crois pas.

par Stéphane Ballong (Publié le lundi 03 novembre 2008)

Tout va bien au pays !

Tout va donc bien au pays de notre président bien-aimé. Il peut dormir sur ses deux oreilles. Le brillant et élégant chef d'état-major de notre très compétente armée veille au grain. Anaky Kobena, se croyant on ne sait où, et sous prétexte qu'il est un élu de la nation et jouissant d'une immunité parlementaire a osé tenir des propos patriotiquement incorrects sur les antennes de notre patriotique télévision. Mangou, n'a pas fait dans le détail. Au trou ! Pourquoi respecter des procédures d'un Etat de droit, saisir une justice ? C'est quoi une immunité parlementaire au pays de notre président bien-aimé ? Au trou j'ai dit ! C'est quoi la liberté de penser et de s'exprimer dans notre belle république refondée ? Les seuls pensées et propos acceptables dans notre république démocratique, socialiste et refondée sont les pensées et propos patriotiquement corrects, comprenez-le bien une bonne fois pour toutes, et ne venez plus énerver notre charmant et patriote chef d'état-major. On se souvient qu'il y a quelques années, un individu s'était présenté à la télévision en disant qu'il portait une bombe. Il exigeait de parler au chef d'état-major. Celui-ci s'est présenté dare-dare à la télévision. Il s'est avéré que l'individu n'avait aucune arme en sa possession. Il prétendait vouloir protester contre les rebelles. Il a eu pour cela l'honneur de se faire raccompagner par le chef d'état-major dans sa voiture. Un si charmant patriote ! Puis, lorsqu'après la formation du gouvernement de Charles Konan Banny, des jeunes patriotes se sont mis à renverser des poubelles à Yopougon parce que Bohoun Bouabré n'était plus le ministre de l'économie et des finances, c'est encore le chef d'état-major qui est passé à la télévision pour les supplier de ne pas faire de débordement. Et plus tard, lorsque le GTI avait dit que le mandat de l'Assemblée nationale n'avait pas à être prorogé, des patriotes sont encore une fois allés à la télévision pour faire une déclaration. Et encore une fois, c'est le chef d'état-major qui est venu jouer les négociateurs entre les patriotes manifestants et la télévision.

Tout va très bien dans notre si formidable pays. Notre président bien-aimé peut dormir à poings fermés. Mangou est là et il veille sur tout. Ce n'est pas l'armée qu'il dirige qui fera à notre prince bien-aimé un coup à la mauritanienne, à la malgache ou à la bissau-guinéenne. Les Anaky, Gnamantêh et autres mauvais patriotes qui disent des choses déplaisantes à l'auguste oreille de notre chef bien-aimé, et qui sont susceptibles de donner des mauvaises idées à ce peuple abruti savent désormais à quoi s'en tenir. Notre armée est là, debout, et patriote. Il faut bien qu'elle s'occupe, cette si brave armée. Et dans ce beau pays nôtre, nous avons cultivé au plus haut degré l'art de ne pas faire ce que l'on doit faire en faisant ce qui ne nous regarde pas. Il est effectivement plus facile à notre armée de faire arrêter un Anaky pour des propos qu'il a tenus à la télévision, plutôt que de mettre au pas les va-nu-pieds analphabètes qui ont pris la partie septentrionale de notre pays en otage depuis plus de six ans. Où était-elle donc, cette si grande et patriotique armée, lorsque ce petit groupe de déserteurs accompagnés de chasseurs dozo, seulement armés de vieux tromblons ont occupé la moitié de la Côte d'Ivoire ? Bien sûr, de grands " démocrates " de ce pays ont justifié l'interpellation d'Anaky et ce qu'ils ont appelé " la mise en garde des pyromanes. " Qu'ils sachent tout de même que lorsque l'on laisse l'armée faire n'importe quoi dans un pays, surtout ce qui ne la regarde pas, il arrive un jour où elle se dit qu'elle pourrait très bien gouverner elle-même ce pays.

En France où je me trouvais récemment, la grosse blague était de demander quand aura lieu la prochaine élection. Et la réponse était un grand éclat de rire. La date la plus probable que j'ai pu donner à mes interlocuteurs était la Saint glin-glin. Et les raisons sont simples, et connues de tous. Personne ne veut de ces élections, et la situation actuelle arrange tout le monde. Le chef de l'Etat bien sûr, qui a réussi à s'offrir un bonus de trois ans, bientôt quatre, sur son mandat, sans passer par les urnes et sans être embêté par qui que se soit, et son premier ministre pour qui plus cela dure et mieux cela vaut pour ses poches et ses rêves présidentiels. Il y a aussi les rebelles, petits et grands qui vivent grassement sur le dos des populations en pillant toutes leurs ressources, mais aussi les députés, les conseillers municipaux, les conseillers généraux, toutes tendances politiques confondues qui se sont aussi offert le même nombre d'années de bonus que le chef de l'Etat sur leurs mandats, et bien entendu, tous les ministres du gouvernement. On ne quitte pas une table où le repas est si bien viandé. Le refrain est bien sûr connu : on attend patiemment que Gbagbo veuille bien organiser des élections, qu'il perdra forcément. Et pourtant, Gbagbo le dit publiquement : son pouvoir, il l'a arraché morceau par morceau. Et personne n'ignore comment il l'a arraché à Guéï. Cela signifie, pour qui n'est pas un rêveur, que ce pouvoir qu'il a obtenu dans les conditions que l'on sait, il faudra le lui arracher de la même façon. Mais avec ce qu'il a en face de lui, tout va très bien pour notre chef bien-aimé. Mangou est là pour éviter que des gens qui n'ont aucune envie de lui enlever son pouvoir ne le fassent.

Il y a quelques semaines, au début du mois de mars, j'avais participé à un débat public de l'Observatoire des élections. A cette occasion, Monsieur Edjampan Tiémélé m'avait répliqué, lorsque j'avais dit que le peuple ivoirien était l'otage de toute la classe politique, que l'opposition qui avait voulu manifester en mars 2004 avait vu entre 300 et 400 de ses militants assassinés par le pouvoir de Laurent Gbagbo. Je lui avais alors demandé ce que faisait cette opposition dans le gouvernement d'un tel homme. Je pose encore la question : comment des partis d'opposition peuvent-ils continuer de siéger dans le gouvernement d'un homme qui tue 300 à 400 de leurs militants ? Ce jour-là, j'avais pris la salle à témoin sur le fait que les 25 et 26 mars, aucun de ces partis d'opposition n'appellerait à une petite messe, une petite prière dans une mosquée, à allumer une petite bougie pour commémorer ces jours de massacre et rappeler aux Ivoiriens et au reste du monde la mémoire de ces victimes. Les 25 et 26 mars sont passés, et effectivement aucun leader politique de l'opposition n'a parlé de ces événements. Cela fait cinq ans que ces personnes ont été massacrées et ceux qui les ont appelées à descendre dans la rue les ont déjà oubliées. En 2007, lorsqu'un journaliste avait parlé à Affi N'guessan de l'assassinat de Robert Guéï, il lui avait répondu qu'il fallait éviter les questions qui fâchent. Je suppose que si les leaders de l'opposition avaient appelé à se souvenir de leurs martyrs, M. Laurent Gbagbo se serait fâché. Ce que notre opposition ne veut absolument pas prendre le risque de faire. Gbagbo pourrait dire par exemple qu'il remanie son gouvernement, pour priver cette opposition du repas bien viandé. Et cela est insupportable pour elle. Eh bien, avec une telle opposition qui n'est même pas capable d'honorer la mémoire de ceux qui sont tombés pour elle, qui n'est même pas capable de se fâcher et de taper du poing sur la table lorsqu'on la mène par le bout du nez, M. Gbagbo organisera bel et bien les prochaines élections à la Saint glin-glin. Et mon ami Gnamantêh croupira en prison le temps que voudra le procureur, comme avant lui mon jeune frère Assalé avait croupi douze mois bien comptés en prison pour avoir dénoncé cette corruption qui pourrit tout le pays. Parce qu'à part les condamnations de principe, il n'y aura rien d'autre

Tout va très bien au pays de notre président bien-aimé. Il s'est battu comme un beau diable pour que son pays soit considéré comme un pays très pauvre et très endetté. Nous avons fini par avoir ce statut, d'après ce que j'ai cru comprendre à travers les journaux. Grande joie au palais. De toutes les façons, on ne pouvait pas rater cela, vu la très grande conscience que nous avons mise à appauvrir ce pays. Il y a d'abord tous les détournements massifs d'argent. Mais ne le dites pas trop fort. Le procureur ne dort que d'un œil. Il y a eu aussi les investissements totalement improductifs tels que les palais à Yamoussoukro, le gaspillage effréné, la corruption qui a gangréné tous les strates de la société, même la présidence (chuuut ! Vous tenez vraiment à réveiller le procureur ?), l'incompétence notoire des dirigeants, la mauvaise gouvernance, etc. Je ne vous apprends sans doute rien en vous disant que notre production de cacao est en train de baisser, et que bientôt nous perdrons notre place de premier producteur mondial au profit du Ghana, qui lui, s'en sort bien avec son cacao. La raison en est que nos paysans, fatigués de travailler comme des forçats pour enrichir des aigrefins, ne veulent plus renouveler leurs plantations et beaucoup d'entre eux préfèrent se tourner vers la culture de l'hévéa, quand ils ne choisissent pas simplement de se tourner les pouces. Il se trouve que les cours du caoutchouc ont chuté de manière drastique avec la crise financière mondiale et l'hévéa ne rapporte plus grand'chose. Nous avons fait ce qu'on appelle tuer la poule aux œufs d'or. Houphouët-Boigny avait rêvé de faire de la Côte d'Ivoire un pays développé. Honte sur lui. Notre président actuel et bien-aimé en a fait un pays très pauvre et très endetté. Qu'il soit loué. Et que le général Mangou veille encore longtemps sur lui.


Venance Konan, écrivain

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Côte d'Ivoire : comédie présidentielle !

Notre pays a fini par avoir son fameux statut de pays pauvre très endetté. Pour l'occasion, notre président bien-aimé a fait un grand discours non improvisé pour une fois, c'est dire combien le sujet était important, pour nous dire en gros que nous ne devions pas gaspiller ce qu'on allait nous prêter à nouveau, qu'il fallait payer en priorité ceux à qui l'Etat devait de l'argent (comme peut-être celui qui a fait les grands travaux très indispensables pour notre pays en cette période de crise que sont les palais de l'Assemblée ou du sénat à Yamoussoukro ?). C'est compris chef, on ne gaspillera pas. Mais comme ce n'est pas nous qui décidons et qui gérons cet argent qui va venir, je ne sais pas si c'est à nous qu'il faut dire tout cela.

Il y a malheureusement 19 personnes qui ne profiteront pas de toutes les belles perspectives que nous offre notre nouveau statut de pays pauvre très endetté. Il s'agit de celles qui sont mortes au stade. Pour l'occasion aussi notre chef bien-aimé a versé de chaudes larmes. Parce que la FIFA avait demandé qu'une minute de silence soit observée sur tous les stades du monde à la mémoire de nos morts. Notre chef a dit que pour une fois on avait manifesté de la solidarité envers notre pays. Et il y avait là effectivement pour un chef d'Etat de quoi pleurer. Mais pas quand les gens sont morts écrasés au stade, pas quand des femmes qui manifestaient contre la vie chère sont tuées, pas quand des personnes meurent parce qu'on a déversé des déchets toxiques sur eux, pas quand Marcellin Yacé et tant d'autres innocents ont été tués cette nuit du 19 septembre 2002 pour s'être trouvés au mauvais moment au mauvais endroit, pas quand une bonne centaine de personnes ont été tuées en mars 2004 par des bandes qualifiées de parallèles par le ministre Bléou, pas quand Fofié a enfermé des dizaines de personnes dans des containers jusqu'à ce que mort s'ensuive, pas quand les rebelles de Soro ont assassiné des gendarmes et leurs enfants à Bouaké, pas quand on a découvert un charnier de plus de 60 corps à Yopougon en 2000, pas quand des femmes du RDR ont été violées par des forces de l'ordre en 2000, pas quand l'étudiant Habib Dodo a été sauvagement tué par des membres de la FESCI, pas quand une étudiante a été violée par des éléments de la même FESCI, pas quand Badolo a été tué par des éléments des forces de l'ordre, pas quand Guéï et ses proches ont été sauvagement assassinés. Mais quand la FIFA demande qu'on observe une minute de silence pour nos morts. Ce qu'elle fait chaque fois qu'il y a des morts sur un stade. Je crois quand même que si les autres ne manifestaient pas de la solidarité à notre égard, nous n'aurions pas eu notre statut tant envié de PPTE, et ils ne seraient pas venus s'interposer entre nous pour nous éviter de nous manger les uns les autres.

On a donc créé une commission d'enquête pour retrouver les coupables de cette tragédie que tout le monde connaît. On a même fait mieux : on a confié l'enquête au principal suspect qu'est la police. Quel résultat attendez-vous ? Je ne sais plus quel homme politique français avait dit que lorsque l'on veut enterrer une affaire, on crée une commission. Remarquez quand même qu'on n'a pas eu besoin de commission pour enterrer l'affaire des escadrons de la mort qui ont tué des dizaines de personnes au début de la crise, et celle des plus de cent personnes tuées selon l'ONU les 25 et 26 mars 2004. Au fait, il y a eu une commission qui avait été créée par l'Assemblée nationale pour trouver ceux qui ont permis que la guerre de septembre 2002 ait lieu. Cela fait plus de six ans qu'elle existe. Qu'a-t-elle trouvé ? Je suppose qu'elle continue de chercher. Généralement les présidents et les membres de ces commissions sont très bien payés. Ne vous inquiétez donc pas pour eux. Pour les morts du stade, il se passera ce qui se passe d'habitude, comme dans l'affaire des déchets toxiques par exemple, c'est-à-dire que l'on mettra au trou quelques seconds ou troisièmes couteaux, les principaux responsables ne seront pas inquiétés et l'on attendra la prochaine catastrophe. Car il y en aura d'autres, bien entendu. A quoi vous attendez-vous lorsque la corruption est la chose la mieux partagée dans un pays, lorsque la seule valeur qui compte est l'argent vite et malhonnêtement gagné, lorsque l'on a élevé le jemenfoutisme, l'irresponsabilité, la promotion de l'incompétence, l'impunité en modes de gouvernement ? Ce à quoi nous avons abouti aujourd'hui, c'est la banalisation de ce genre de drame. Et c'est bien ce qu'ont illustré nos joueurs professionnels qui sont allés tranquillement danser en boîte de nuit après les morts du stade. Combien de morts ne jalonnent-ils pas notre récente histoire ? Et quelles ont été nos réactions après ? Qu'avons-nous fait et dit après ceux que j'ai évoqués plus haut ? Combien de personnes protestent-elles devant les abus flagrants des droits de l'homme dont nous sommes tous les jours victimes ? Combien de larmes avons-nous versées devant ces violations de nos droits les plus élémentaires ? Quelles mesures prenons-nous pour que cela ne se reproduise plus comme on le fait dans les pays civilisés ? Combien de marchés n'ont-ils pas brûlé dans ce pays ? Qu'avons-nous fait pour les empêcher de brûler à nouveau ? Combien de morts n'enregistrons-nous pas sur nos routes tous les jours ? Que n'a-t-on pas dit sur le racket des policiers ? Que faisons-nous pour lutter contre cela ? N'a-t-on pas entendu dans ce pays un ministre de l'Intérieur, Yao N'dré en l'occurrence, demander aux policiers de racketter moins ?

Oublions tout cela. Le Festival de cinéma de Cannes va s'ouvrir bientôt et j'en connais un qui a de sérieuses chances de figurer dans le palmarès du meilleur comédien. Ou du meilleur comique. Notre président bien-aimé qui est un homme sérieux a dit, lors de l'inauguration d'une usine de traitement du caoutchouc quelque part vers Dabou, que notre pays était en train d'entrer dans l'ère industrielle. Que c'est beau ! C'est ce qu'on nous dit chaque fois qu'un industriel vient planter une usine chez nous. Je me souviens des délires d'un Fologo après un séjour en Italie où un certain Dambiré lui avait fait miroiter un projet magnifique judicieusement baptisé Magnificat, qui devait construire des centaines de milliers de logements, transformer nos bidonvilles en riantes cités modernes, nous procurer des centaines de milliers d'emplois entre Abidjan et Moossou. Il avait dit que ce projet magnifique devait nous faire entrer dans l'ère industrielle, qui devait être le " second miracle de la Côte d'Ivoire ", celui de Gbagbo. Ce projet s'appelait " the future of Africa. " Je ne sais pas pourquoi mais chaque fois qu'on veut nous entuber, on emploie des mots anglais. Je ne sais pas si Gbagbo a écouté Fologo lui raconter cela sans rire. Si ça se trouve, il a peut-être pleuré de joie, émotif comme il est. Je suis désolé mais lorsqu'un pays veut sérieusement entrer dans l'ère industrielle, il ne laisse pas la FESCI tuer l'école. C'est par le sérieux qu'un pays met dans la formation de sa jeunesse que l'on apprécie sa volonté d'entrer dans l'ère industrielle. Ce n'est pas par des incantations magiques que cela se produit. Ce n'est pas parce que des centaines d'entreprises s'installeront dans une zone franche à Bassam où elles ne paieront pas d'impôts que nous serions entrés dans l'ère industrielle. Non. C'est lorsque nous aurions, dans un premier temps formé suffisamment de cadres pour faire fonctionner à peu près normalement notre pays, c'est lorsque dans un second temps nous aurions formé suffisamment de cadres capables d'inventer, de créer, de transformer la matière pour résoudre nos problèmes essentiels, pour que nous utilisions d'autres énergies que nos muscles, c'est à ce moment-là, oui, que l'on pourra peut-être parler d'ère industrielle. Nous en sommes très loin. Et nous risquons de ne jamais y arriver si nous ne commençons pas par en prendre le chemin. Ce n'est ni la taille, ni le nombre de palais d'un pays qui font de lui un pays industriel. C'est la qualité de son enseignement, et la qualité de ses cadres. Houphouët-Boigny qui n'avait pas fréquenté d'université l'avait compris, lui. C'est pour cela qu'il a construit des grandes écoles à Yamoussoukro et accordé des bourses à l'étranger à tous les Ivoiriens méritants. C'est de ces grandes écoles et de ces universités étrangères que sont sortis la plupart des cadres qui font tenir encore ce pays et qui font notre fierté à l'extérieur. Est-ce avec les cancres de la FESCI ou les analphabètes de la rébellion que l'on a déversés à tous les échelons de notre administration que l'on fera entrer ce pays dans l'ère industrielle ? Il ne faut quand même pas rêver ! Ce que nous pouvions espérer était d'être classé pays pauvre très endetté, et c'est bien ce que nous avons obtenu. Mais visiblement, ce que nous apprécions le plus, c'est lorsque nous nous jouons la comédie.

Venance Konan, Journaliste-écrivain ;email : venancekonan@yahoo.fr

Ça va aller

Ça y est. Jacob Zuma est le nouveau président de l'Afrique du sud. Ils sont nombreux, ceux que son élection n'a pas beaucoup rassuré. Mais l'Afrique du sud est un pays démocratique et la majorité a décidé. Elle a estimé qu'un homme, bien fait physiquement, qui a beaucoup de femmes et d'enfants, qui sait chanter et danser lors des meetings a toutes les qualités pour être le chef. C'était comme cela dans la plupart de nos sociétés traditionnelles. Personnellement je doute que cela soit suffisant en 2009 dans un pays aussi compliqué que l'Afrique du sud. Et j'ai du mal à faire confiance à un homme qui est poursuivi en justice pour viol et corruption, qui couche avec une femme qu'il sait séropositive, sans mettre de préservatif, et qui se contente de prendre une douche après. Et une petite voix me susurre que dans quelques années, l'Afrique du sud risque d'être comme tous les autres pays au sud du Sahara, c'est-à-dire n'importe quoi. Mais ne répétez à personne ce que je viens de dire. On me taxera d'afro-pessimiste. C'est très mal élevé, en Afrique, d'être afro-pessimiste. Le politiquement correct sur ce continent veut que l'on répète tous les jours " ça va aller. " Même quand tout est mis en œuvre pour que ça n'aille pas.

Dimanche : Comment s'y maintenir

Le président du Niger a décidé de changer la constitution de son pays pour se maintenir au pouvoir. Ses supporters estiment qu'il a commencé un bon boulot qu'il doit achever. Lorsqu'il arrivait à la tête du Niger, il était classé 165ème en matière de développement. Dix ans après, il est 174ème . Il a effectivement fait du très bon boulot. Et puis surtout le groupe français Areva va exploiter au Niger la plus grande mine d'uranium du monde. Beaucoup d'argent emplira forcément les poches de quelques boubous. Ce serait trop bête que ce soient les poches des autres.

Nos dirigeants n'ont qu'une seule obsession lorsqu'ils arrivent au pouvoir : s'y maintenir à vie. Il y a plusieurs méthodes pour ça. La plus en vogue en ce moment est la modification de la constitution. Une autre consiste à ne pas organiser d'élection. C'est celle qu'expérimente, avec un certain succès notre président bien-aimé. L'élection présidentielle aurait dû se tenir en 2005. A ce jour on ne sait toujours pas quand elle aura lieu. Mais pour appliquer cette méthode, il faut avoir une petite rébellion, pas très méchante, mais assez futée pour occuper une partie du territoire. Cela permet d'invoquer la constitution qui dit qu'on ne peut pas organiser d'élection quand le pays est en danger. Et, pour être à l'abri de tout mauvais coup de cette rébellion, on nomme son chef premier ministre, et quelques uns de ses amis ministres. On donne aussi quelques ministères à l'opposition et on laisse tout ce monde manger. Il est connu qu'on ne parle pas la bouche pleine. Et l'on peut ainsi prolonger son mandat indéfiniment.

Mais la meilleure méthode à mon avis est celle de Kadhafi. Chez lui, il n'y a jamais eu d'élection présidentielle. Parce qu'il n'y a pas de président en Libye. Non, chez lui, Kadhafi est le " Frère guide. " On n'élit pas un frère, surtout lorsqu'il est guide. Un frère, on l'a pour la vie.

Lundi : Histoire

Mon ami le peintre sénégalais Viyé Diba est venu faire une exposition à Abidjan. Nous nous sommes retrouvés à commenter les discours de Sarkozy et Ségolène à Dakar. Et nous sommes arrivés à la conclusion que Sarkozy n'avait fait que redire ce que nous disons tous les jours. Seulement ça ne devait pas venir de lui. Nous savons que nos pays sont très mal gérés, que nos élites sont corrompues, que nous ne travaillons pas beaucoup. Mais lorsque ça vient d'un Blanc, cela nous rappelle l'époque coloniale où les Blancs bottaient les fesses de nos parents en les traitant de fainéants et de couillons. Cela dit, j'ai relu ce que nos intellectuels ont répondu à Sarkozy. J'y ai vu que notre passé fut glorieux. Mais je n'y ai vu aucune ligne sur notre présent qui est loin d'être brillant, ni aucune clef pour en sortir, afin d'offrir aux prochaines générations d'autres rêves que celui de trouver une place dans la première pirogue en partance pour les îles Canaries ou Lampedusa. Tout compte fait, je crois que Sarkozy s'est planté à Dakar lorsqu'il a dit que nous ne sommes pas assez entrés dans l'histoire. Nous sommes bel et bien entrés dans notre histoire. Et nous n'en sommes plus ressortis.

Mardi : Résistance

Hier soir la télé a montré notre président bien-aimé en Afrique du sud. Il était à l'investiture de Zuma. Je l'aime beaucoup, notre président. Lorsque la rébellion éclata en 2002, personne ne donnait cher de sa peau. Il y eut à cette époque des escadrons de la mort qui tuèrent des dizaines de personnes supposées proches de l'opposition. Des gens de mauvaise foi accusèrent notre président bien-aimé d'être derrière ces escadrons, et on parla même de le faire juger par une cour pénale internationale. Notre président bien-aimé nia tout en bloc. Un humaniste comme lui, derrière des escadrons de la mort ? Quelle idée ! Ces escadrons disparurent aussitôt d'ailleurs. Mais c'était juste une coïncidence. En mars 2004, ses opposants voulurent organiser une marche. Il mit la police, la gendarmerie et l'armée dans la rue. On tira sur les manifestants. L'ONU dénombra plus de 120 morts. Le ministre de la sécurité d'alors dit que c'étaient des bandes parallèles qui avaient tué. On n'a jamais su qui c'était. Notre président bien-aimé est en train de construire de beaux palais à côté de ceux que notre premier président avait construits et qui sont aujourd'hui laissés à l'abandon. Les députés français Jack Lang et Jean Marie Le Guen sont venus le féliciter, et ils ont dit publiquement que construire de nouveaux palais, c'est exactement ce qu'il faut faire, surtout en ce moment. Et notre président bien-aimé les a amenés danser dans une boîte de nuit. Le lendemain la police a tiré sur les femmes qui manifestaient contre la vie chère. Il y eut deux morts. Il est vraiment fort notre président bien-aimé. Il a résisté à tout. A la rébellion, aux tentatives de coups d'Etat, à la France... Il faut dire qu'il avait eu une bonne formation. Rester marié à Simone pendant près de trente ans, ça aide à résister à tout.

Mercredi : L'Afrique brillera...

Jean Ping, le président de la commission de l'Union africaine publiera bientôt un livre intitulé " Quand l'Afrique brillera de mille feux. " Il faut que je vous explique notre Union africaine. Au début de nos indépendances, nos chefs eurent l'idée de créer une organisation qui nous aiderait à nous développer plus vite. On l'appela l'Organisation de l'Unité Africaine. Mais quelque 40 ans plus tard, nous constatâmes que nous n'étions pas plus développés qu'avant. Alors, sous l'impulsion du Frère guide Kadhafi, nous décidâmes de faire comme l'Europe. Elle a son Union européenne qui marche très bien. Nous créâmes donc notre Union africaine, avec une commission et un président, des commissaires, vraiment comme l'Union européenne. Mais nous avions remarqué que l'Europe s'était faite lentement. Or nous étions pressés. Aussi notre Union engloba en une fois tous les pays du continent. On mit donc ensemble les pays fauchés (il y en a beaucoup), les pays riches (si, si, il y en a quelques uns), les dictatures (il y en a beaucoup), les pays démocratiques (si, si, il y en a quelques uns), les Arabes, les Zoulous, les Berbères, les Bantou, les Haoussa, ceux qui s'aiment, ceux qui se détestent, ceux qui se font la guerre, ceux qui font la guerre à leurs propres peuples, bref, on mit tout le monde ensemble, on secoua bien, et puis...Ben, ça ne marche toujours pas. J'y comprends plus rien. Et pourtant nous avons choisi cette année le très éclairé Frère guide Kadhafi pour diriger cette Union. Il doit y avoir de la sorcellerie en dessous.

Jeudi : ...de mille feux de brousse

" Quand l'Afrique brillera de mille feux ", qu'il dit, Jean Ping. Et je vois les têtes de nos brillants guides. Bongo qui a bouclé 41 ans de pouvoir, Kadhafi qui se fait appeler le roi des rois d'Afrique, Biya qui passe plus de temps en Europe que dans son Cameroun qu'il est censé diriger, Laurent Gbagbo qui rigole tout le temps et fait rigoler tout le monde quand il pleure à la télé, Yayah Jammeh toujours attifé comme un clown, Omar El Béchir et Mugabe qui ne font rire personne, le président bissau-guinéen découpé à la machette, le roi du Swaziland qui épouse chaque année une nouvelle femme, il doit en être à la 13ème ou 14ème (lui, il a bien compris que l'important sur cette terre de misère, c'est l'amour. Make love, not war.). Et je vois les rebelles de mon pays avec leurs amulettes aux poignets et leurs téléphones cellulaires accrochés au cou, les millions de morts du Kivu, nos femmes passant leurs journées à piler le mil ou le foutou, nos paysans courbés sous le soleil avec pour seuls instruments de travail la daba et la machette. Et je revois ces quatre charmantes chiottes construites au bord du lac Ahémé au Bénin. Il était écrit dessus " financement : coopération française. " Alors, en vérité, en vérité, je vous le dis, mes frères Africains, tant que nous n'aurons pas libéré nos femmes et nos paysans, et surtout, tant que nous attendrons que ce soient les Blancs qui nous construisent des chiottes, nous ne serons pas sortis de notre merde de si tôt. Et les feux dont parle M. Ping risquent de n'être que des feux de brousse.

Vendredi : C'est louche

J'ai appris que le train qui relie Dakar et Bamako a déraillé. Je l'ai emprunté une fois, il y a quelques années. Il avait démarré à l'heure précise. " C'est louche, m'avait dit mon voisin de compartiment, un Sénégalais. Je prends ce train depuis plus de dix ans et c'est la première fois qu'il part à l'heure. " Et effectivement le train est tombé en panne en rase campagne et nous a planté sous le soleil pendant deux heures sans une petite gargote à côté pour boire une bière bien chaude.

Venance Konan; Par Le Repère
venancekonan@yahoo.fr

Politiquement incorrect OBAMA et NOUS

Il n’y a pas longtemps, nous nous vantions d’être le poumon de l’Afrique de l’ouest et nos têtes de turcs préférés étaient les Burkinabè qui faisaient tous nos sales boulots et les Ghanéens dont les femmes exerçaient le plus vieux métier chez nous. On disait de quelqu’un qui était très fauché qu’il était « tombé comme le Ghana. » Aujourd’hui, c’est de Ouagadougou que sont prises toutes les décisions importantes qui concernent notre pays, et tous nos leaders politiques, à commencer par notre chef d’Etat, s’y précipitent lorsque le président du Faso claque les doigts. Et c’est Accra que le président des Etats-Unis a choisi pour s’adresser à toute l’Afrique subsaharienne, parce que le Ghana est devenu le modèle de la démocratie et de la croissance économique. Méditons tout cela, si nous savons encore ce que le mot méditer signifie. A Accra, le président américain s’est d’abord adressé aux Ghanéens, pour les féliciter, et au reste de l’Afrique noire pour leur montrer le chemin. Voici quelques extraits de son discours du samedi dernier : « des pays tels que le Kenya dont le revenu par habitant était supérieur à celui de la Corée du sud lorsque je suis né ont été fortement distancés. Les maladies et les conflits ont ravagé plusieurs régions du continent africain. » Remplacez Kenya par Côte d’Ivoire. « Grâce à une meilleure gouvernance et au rôle de la société civile naissante, l’économie ghanéenne a enregistré un taux de croissance impressionnant. » Demandons-nous en notre âme et conscience si notre pays, la Côte d’Ivoire est en ce moment bien gouverné. Demandons à ceux qui nous gouvernent aujourd’hui, si devant le miroir de leur conscience, ils peuvent nous dire que notre pays est bien gouverné. Barack Obama a ajouté : « L’histoire prononce un verdict clair : les gouvernements qui respectent la volonté de leur peuple, qui gouvernent par le consentement et non par la coercition, sont plus prospères, plus stables et plus florissants que ceux qui ne le font pas. Il ne s’agit pas seulement d’organiser des élections. Il faut voir ce qui se passe entre les scrutins. La répression revêt de nombreuses formes et trop de pays, même ceux qui tiennent des élections, sont en proie à des problèmes qui condamnent leur peuple à la pauvreté. Aucun pays ne peut créer de richesse si ses dirigeants exploitent l’économie pour s’enrichir personnellement, ou si des policiers peuvent être achetés par des trafiquants de drogue. Aucune entreprise ne veut investir dans un pays dont le gouvernement se taille au départ 20%, ou dans lequel le chef de l’autorité portuaire est corrompu. » N’avez-vous pas l’impression qu’il parlait de notre pays ? Et il continue en disant : « Personne ne veut vivre dans une société où la règle de droit cède la place à la loi du plus fort et à la corruption. Ce n’est pas de la démocratie, c’est de la tyrannie, même si de temps en temps on y sème une élection ça et là, et il est temps que ce style de gouvernement disparaisse. En ce 21ème siècle, des institutions capables, fiables et transparentes sont la clé du succès - des parlements puissants et des forces de police honnêtes, des juges et des journalistes indépendants, un secteur privé et une société civile florissants ainsi qu’une presse indépendante. Tels sont les éléments qui donnent vie à la démocratie. » Comprenne qui peut. Enfin, il termine sur cette adresse à la jeunesse : « le monde sera ce que vous en ferez. Vous avez le pouvoir de responsabiliser vos dirigeants et de bâtir des institutions qui servent le peuple. Vous pouvez servir vos communautés et mettre votre énergie et votre savoir à contribution pour créer de nouvelles richesses ainsi que de nouvelles connexions avec le monde. Vous pouvez vaincre la maladie, mettre fin aux conflits et réaliser le changement à partir de la base. Vous pouvez faire tout cela. Oui, vous le pouvez, car en ce moment précis, l’histoire est en marche. » C’est à peu près ce que Sarkozy nous avait dit dans son discours de Dakar. Mais lui, il était Blanc, Français de surcroît. Ça ne pouvait pas passer. Mais je doute fort que tous ceux qui vont s’abrutir tous les jours à écouter des âneries dans les « sorbonne » « agora » et autres « parlements » comprennent ces mots de Barack Obama. Mais que ceux qui le peuvent méditent toutes ces paroles du président américain. Terminons avec quelques informations sur notre future belle élection. Selon des sources très crédibles, l’enrôlement va encore être prorogé de deux mois. Pendant ce temps, on va faire le croisement des fichiers et des listes précédentes. 12 au total. Pourquoi 12 listes ? Ben, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Et comment voulez-vous qu’on atteigne octobre 2010, la date la plus proche pour ces élections ? Selon « La Lettre du Continent », notre élection est en passe d’être la plus chère du monde. On est passé de 48 milliards, à 68, puis à 140 en 2008, et si elle se tient en novembre de cette année, elle nous aura coûté 170 milliards. Mais comme elle ne se tiendra pas à cette date, la facture va évidemment encore augmenter. Mais rassurez-vous. Beaucoup de poches de chez nous ont été bien remplies grâce à cet argent et de nombreuses voitures de grand luxe se sont ajoutées à celles qu’il y avait déjà dans les garages qui débordent. Des appartements ont aussi été achetés à Paris. Quant aux membres de la Commission Electorale Indépendante, ils continuent de se balader autour du monde. Il faut bien profiter de la vie quand elle vous en offre l’occasion. Et le temps que l’on finisse de croiser les 12 listes, ils auront peut-être fini de construire leurs maisons.

[14/07/09 - L´Inter] - Par Venance Konan, écrivain journaliste

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