Tout sur le complot Gbagbo-Tagro contre le président du Parlement ivoirien

Affaire Tagro / Enquête parlementaire – Mamadou Koulibaly lâché par ses «lieutenants» Atéby Williams, Brissi Claude… Tout sur le complot Gbagbo-Tagro contre le président du Parlement ivoirien

Consultez le DOSSIER TAGRO

«En politique il n’y a pas d’amis ; il n’y a que des intérêts». Mamadou Koulibaly vient de l’apprendre à ses dépens. Dans le conflit qui l’oppose au ministre de l’Intérieur Désiré Tagro, et qui est désormais devenu une véritable affaire d’Etat – comme en France avec l’affaire Bettencourt –, le Président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire est aujourd’hui un homme seul. Totalement isolé et orphelin même.

Le 2 juin dernier, quand Mamadou Koulibaly prononce son allocution lors du colloque sur les 20 ans du multipartisme en Côte d’Ivoire, organisé par la Convention de la Société Civile Ivoirienne (CSCI) du Dr. Patrick N’Gouan, il n’est pas seul à l’Hémicycle. Le président de l’Assemblée nationale est encadré notamment par les députés Williams Atéby et Brissi Claude. C’est toujours accompagné de ses deux «lieutenants» que Mamadou Koulibaly s’est présenté le 25 juin au Parquet d’Abidjan, pour être auditionné par le Procureur de la République Tchimou Raymond Féhou dans le cadre de l’enquête diligentée par le Président Laurent Gbagbo. Mais depuis qu’il est question de mise en place d’une commission d’enquête parlementaire sur «l’affaire Tagro», les deux compagnons et collègues députés du président de l’Assemblée nationale ainsi que tous ses soutiens affichés ont tourné casaque. Comment en est-on arrivé là ?

Les origines d’un lâchage et la descente aux enfers de Koulibaly

En homme très méticuleux qu’on lui connaît, le député de Koumassi a pris soin de finaliser son exposé-conférence 72 heures avant de se rendre au colloque de la société civile. Selon certaines indiscrétions, le 3ème vice-président du Front Populaire Ivoirien (FPI) a remis copie de son discours à ses deux principaux «lieutenants», les honorables Atéby Williams et Brissi Takaléa Claude, vice-président de l’Assemblée nationale. Ainsi qu’ à une poignée d’amis et proches collaborateurs avec qui il forme «un cercle restreint de réflexion». Une source précise même que le document aurait été transmis à la Première Dame… Personne n’a émis la moindre réserve sur l’adresse préparée par le Président du Parlement. Au contraire, tous ont jugé que les critiques de Koulibaly sont parfaitement fondées. Et qu’en sa qualité de numéro de l’Etat, il était la personne la mieux indiquée pour sonner le tocsin ! C’est donc après s’être entouré de toutes ces précautions et garanties, et certainement avec la caution de sa «marraine» Simone Gbagbo, que le président de l’Assemblée nationale délivre son message le 2 juin. Dans lequel il dénonce publiquement l’affairisme du ministre de l’Intérieur et proclame l’échec de l’Accord politique de Ouagadougou.

Dans la foulée de ses accusations, et comme pour anticiper la réaction et la contre-attaque du ministre de l’Intérieur, voire au-delà, Mamadou Koulibaly met en place un «think tank» chargé d’étudier les scénarii possibles et d’élaborer des stratégies de défense et de réplique. Dans les premières 72 heures, une centaine de personnalités, de cadres du parti au pouvoir, d’universitaires… se signalent. Le président de l’Assemblée nationale croule sous le poids des messages de soutien et de félicitation venant de toutes parts, pour son courage et sa capacité à «dire tout haut ce que tout le monde, y compris les refondateurs, pensent tout bas». La boîte E-mail de Koulibaly explose !

Entre-temps, Désiré Tagro aussi organise de son côté la riposte. Fort de la sortie énergique du président du FPI Pascal Affi N’Guessan, qui dénonce vigoureusement dans la presse un énième «one man show» de Koulibaly. Le ministre de l’Intérieur sort alors l’artillerie lourde : il met les gros moyens, soudoie un certain nombre de journaux au rabais et sans éthique ni déontologie, qui noircissent à souhait l’image du Président du Parlement, présenté comme un «pied nickélé» originaire de Gbayangara, au Mali. Tagro n’est-il pas le patron des «Grandes Oreilles» de la République (les services secrets de renseignements) ? La presse proche du «patron des policiers ivoiriens» peut alors écrire que la horde des rebelles de Soro Guillaume qui a attaqué le Nord de la Côte d’Ivoire en septembre 2002 s’est aussi entraînée dans cette localité (Gbayangara) jusqu’alors totalement inconnue des Ivoiriens. Une façon de dire que Koulibaly était au courant de ce qui se tramait mais n’a rien dit au Président de la République…

Laurent Gbagbo

C’est en ce moment que le Chef de l’Etat entre en scène. Le week-end du 5 au 6 juin, soit à peine 48 heures après la publication de l’intervention de Koulibaly in extenso dans la presse, Laurent Gbagbo téléphone à quelques «dinosaures» et cadres de La Majorité présidentielle pour demander leur avis sur cette sortie de son dauphin constitutionnel. Le président de la République appelle en premier le président du Conseil Economique et Social, Augustin Laurent Dona-Fologo. Les deux personnalités ont à peu près cet échange : «Grand-frère, tu as lu ce que ton petit Maaadou-là a écrit encore ?», demande Gbagbo. «Oui, Excellence Monsieur le Président, je viens tout juste de finir la lecture. En tout cas, Koulibaly a bien fait, parce qu’il y a beaucoup de choses qu’il faut effectivement corriger au sein de la Refondation avant d’aller aux élections», s’extasie niaisement Fologo. «Non ! cette fois-ci là, il n’a pas bien fait. Koulibaly a très mal fait de livrer ainsi Tagro à la vindicte du RHDP, et de déchirer l’APO…», coupe de façon péremptoire le Chef de l’Etat. «Excellence M. le Président, c’est vous qui avez raison ; je crois que je n’ai pas bien lu. Si vous dites que Koulibaly a mal fait, je suis d’accord avec vous ; il a effectivement mal fait de porter ces choses-là sur la place publique», se reprend rapidement l’homme politique le plus habile du pays. Gbagbo téléphone ensuite à Mme Danièle Boni-Claverie Akissi. «Je suppose que tu as lu ce que Koulibaly a écrit», lui demande le Chef de l’Etat. «Ah là ! M. le Président, le petit-là il est trop fort ! Il a tapé en plein dans le mil. Parce qu’il y a trop de personnes qui font n’importe quoi autour de vous», s’exclame Mme Claverie. «Et quand il affirme que l’Accord de Ouaga a échoué, tu es d’accord aussi ?», relance le Président de la République. «Là aussi je pense qu’il n’a pas tout à fait tort, parce que ce sont les rebelles qui s’en tirent à bon compte. On leur a tout concédé, y compris la Primature, mais jusqu’à présent ils n’ont rien lâché. Ils tiennent encore les régions du nord, de l’ouest et du centre, et ils refusent toujours de désarmer», argumente la femme politique-journaliste la plus éloquente et la plus raffinée de Côte d’Ivoire. «Mais pourquoi quand Koulibaly fait ces bêtises-là même vous tous vous le supportez ?», lui lance brutalement Gbagbo. Interloquée par cette apostrophe inattendue du Chef de l’Etat, Mme Boni Claverie balbutie : «M. le Président, je pensais que… Mais, je vois, il a poussé le bouchon un peu trop loin. Il n’aurait certainement pas dû intervenir comme cela en public». Laurent Gbagbo appelle une ou deux autres personnes, s’entretient sur le sujet avec son épouse Simone, et tous semblent prendre le parti de Koulibaly. Mais chaque fois, les interlocuteurs sont obligés de se rallier à l’opinion du Chef, qui affiche clairement son aversion contre ce qu’il qualifie de «sortie de route de trop».

Après le mini-conclave chez Affi, Gbagbo reçoit individuellement les protagonistes, Tagro et Koulibaly ; consulte à nouveau quelques conseillers et diverses personnalités, et s’envole quelques jours après pour Casablanca. Avant de se rendre au Maroc, le Chef de l’Etat a déjà une claire idée de la façon dont il va régler cette affaire : saisir le Procureur de la République pour innocenter Tagro… et faire payer à Koulibaly ses turpitudes. Son ancien conseiller juridique lui propose même une mouture de la requête de saisine du Procureur avant son voyage…

Le dimanche 20 juin, quinze minutes après l’élimination des Eléphants du mondial sud-africain de football face au Brésil (3 buts à 1), la «bombe» est lâchée. Par la voix de son porte-parole Gervais Coulibaly Delhpléna, Laurent Gbagbo donne ordre, sur les antennes de la chaîne de télévision nationale (RTI), au Procureur Tchimou d’enquêter sur les prétendues malversations de Désiré Tagro – et accessoirement de Soro Guillaume – dont l’accuse le président de l’Assemblée nationale. Curieusement, les Ivoiriens découvrent que les termes du communiqué sont délibérément liberticides et laissent la porte ouverte à toutes les interprétations malveillantes.

Ce qui joue contre Koulibaly

Sentant l’étau se refermer sur lui, le président de l’Assemblée nationale saisit au bon la demande d’une commission d’enquête parlementaire formulée par le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP) pour démêler l’écheveau. Mamadou Koulibaly est favorable à la sollicitation de l’opposition, et convoque rapidement une conférence des présidents pour se prononcer sur le sujet. On est le 29 juin. Les débats sont difficiles et longs (de 10h à 15h), mais deux commissions sont tout de même créées pour statuer sur le sujet. Le mercredi 7 juillet, après de houleuses empoignades en commission entre députés de l’opposition (PDCI, UDPCI et Solidarité) et élus du camp présidentiel (FPI et Loyauté), le non l’emporte à 15 voix contre 13. Une consigne ferme a été donnée par la direction du FPI à tous les députés du parti et à ses alliés, sans exception, de s s’opposer par tous moyens à la mise en place de cette satanée commission d’enquête parlementaire appelée de tous ses vœux par Koulibaly. Et gare à celui qui transgressera la discipline du parti ! Résultats des courses, même les plus fidèles parmi les fidèles de Koulibaly ont voté contre, notamment ses deux «lieutenants» et quelques députés sur qui comptait le Président du Parlement.

Le cas Tadieu Edmond Atéby Williams. Ce jeune loup de la politique ivoirienne, passé du Parti ivoirien des Travailleurs (Pit) du Pr. Francis Wodié – qui l’a fait élire comme député de Yopougon en 2001 – au Front populaire ivoirien, est désormais devenu un «carriériste» si l’on peut dire. Et même si au fond il soutient les idées du Président Koulibaly, dont il a été jusqu’ici le plus fervent défenseur au sein de l’appareil de la Refondation, Atéby regarde de quel côté souffle le vent et fait de la «realpolitik». Ce brillant juriste n’est pas prêt à sacrifier sa carrière et son ascension fulgurante dans l’establishment politique ivoirien pour un homme dont la trajectoire semble très sinueuse en ce moment.
Quant au député Brissi Claude, actuellement vice-président de l’Assemblée nationale, il se verrait bien être récompensé par un strapontin ministériel. A quoi bon alors hypothéquer son avenir politique dans des combats de chefs ? «Quand les pots de fer se battent, les pots de terre doivent se mettre à l’abri pour éviter d’être réduits en débris», tel semble être la nouvelle posture des «supporters» de Koulibaly dans «l’affaire Tagro».

La morale de cette histoire est simple : en politique il n’y pas d’amis ; il n’y a que des intérêts. Et Koulibaly en prend pour sa claque !

Autre handicap, et non des moindres, le président de l’Assemblée nationale n’est pas un homme politique familier des lobbies d’argent. Là où un politicien sans scrupule peut claquer des sommes inimaginables pour se tailler une tunique de moine dans la presse, Koulibaly, lui, pense candidement que seules ses idées et sa posture de «Monsieur propre parmi les hommes sales» peut suffire à lui valoir des ralliements. A preuve, aucun journal ne le soutient officiellement – ce qui n’est pas le cas pour Tagro –, et même l’unique quotidien gouvernement a pris parti pour… le ministre de l’Intérieur. Ne cherchez pas loin pour savoir pourquoi…

Tagro lève le lièvre sur le complot contre le président du Parlement

Presque sûr de son fait, le ministre de l’Intérieur peut dorénavant claironner qu’il aura la peau du président de l’Assemblée nationale ; et même de son ennemi juré au FPI, son «frère» Paul Antoine Bohoun Bouabré. N’est-ce pas que le Président Gbagbo lui a réitéré sa confiance et a ouvertement pris parti pour lui dans le conflit qui l’oppose à Koulibaly ?

Nous reprenons ici – à titre de rappel et pour montrer qu’il s’agit effectivement d’un complot grotesque ourdi contre le Président du Parlement ivoirien –, les confidences que le ministre de l’Intérieur a récemment faites à des confrères, chez lui à domicile ; et que Connectionivoirienne.net a déjà publié.

Enquête parlementaire / Les confidences de Désiré TAGRO : «L’enquête n’ira nulle part…Bohoun Bouabré va tomber»
«En nous recevant, ce mercredi 23 juin 2010, entre 21 h 30 et 22 h 30 à son domicile de Cocody-Ambassade, assis sous un préau, le ministre de l’Intérieur, Désiré Tagro semblait avoir pris la mesure de la gravité des faits portés à sa charge, notamment, par le président de l’Assemblée nationale, le Prof Mamadou Koulibaly. Faits qui font l’objet de procédure judiciaire en ce moment au niveau du parquet d’Abidjan, sur saisine du chef de l’Etat, Laurent Gbagbo. L’enquête parlementaire initiée par des groupes parlementaires Pdci-Rda, Solidarité et Udpci, soutenus par le président de l’Assemblée nationale, met le ministre de l’Intérieur hors de lui. Il la considère comme un véritable affront, voire un pied-de-nez de Koulibaly Mamadou au chef de l’Etat, Laurent Gbagbo. Il s’indigne de l’initiative de Koulibaly Mamadou et espère que le chef de l’Etat, Laurent Gbagbo mettra un holà à cette enquête à travers le fameux article 48 de la constitution ivoirienne qui donne des pouvoirs exceptionnels au chef de l’Etat. “C’est un défi que Koulibaly lance au chef de l’Etat. Comment comprendre que le président de la réplique diligente une enquête judiciaire contre un ministre de la république et le président de l’Assemble nationale, sans attendre les conclusions, convoque à son tour les députés pour mettre en place une commission d’enquête parlementaire. C’est un défi que Koulibaly lance à Gbagbo. C’est inadmissible… Dans quel pays sommes-nous ? » s’est interrogé, rouge de colère, le ministre de l’Intérieur. Pour lui, le chef de l’Etat, Laurent Gbagbo, ne devrait, en aucune manière, laisser prospérer, ce qui lui apparait comme « une chienlit » « Le chef de l’Etat doit prendre l’article 48 pour le démettre (Koulibaly), l’arrêter, ou, à défaut, arrêter sa procédure. Il doit saisir le conseil constitutionnel, qui prendra une ordonnance pour déclarer la nullité de cette commission d’enquête parlementaire qui n’a aucun sens » a-t-il martelé. Désiré Tagro, qui traine la réputation d’un homme « dur » a laissé entendre, que jamais, l’enquête parlementaire ne se fera, notamment, dans ses bureaux, en cas de perquisition. «Je n’accepterai jamais qu’une commission d’enquête parlementaire vienne investiguer à mon bureau. Je vais donner ordre aux policiers de bastonner tout député qui viendrait au ministère de l’Intérieur. Est-ce qu’ils savent ce que nous faisons dans ce ministère? Je vais boucler mon bureau par un cordon de policiers. Le premier député qui se présentera sera chicoté et puis il n’y aura rien » a-t-il ajouté, froidement. « Le président de la République, en initiant cette enquête judicaire veut comprendre si oui ou non les faits portés contre moi sont avérés. Il n’y a rien d’autre derrière » a précisé le ministre de l’Intérieur, qui a reçu, peu après notre entretien avec lui, un certain « Ahmed Bakayoko » dit Hamback… Il s’est également entretenu, longuement avec l’artiste musicien Luckson Padaud, venu « lui apporter son soutien ». « L’enquête n’ira nulle part. Les faits visés par l’enquête seront démontés un à un. Koulibaly et Bohoun ( Koulibaly Mamadou et Bohoun Bouabré Ndlr) ont été surpris par cette enquête demandée par le chef de l’Etat. Leur objectif, ce n’était pas une enquête judicaire. Ils ont été pris au dépourvu par le président de la république et maintenant ils sont paniqués » s’est consolé Désiré Tagro. « Le président (Ndlr : de la République) sait que je suis innocent. Le président sait que je n’ai rien fait. Au moment du choix de la Sagem, je n’étais pas encore ministre. J’étais, en ce moment-là, porte-parole du chef de l’Etat. C’était en 2006. Je m’étais opposé au choix de la Sagem… Je n’ai jamais voulu, même adresser la parole à Kagnassi (Ndlr : représentant de la Sagem, en charge du volet technique du processus électoral en Côte d’Ivoire) » a ajouté celui qui dispute le leadership au ministre d’Etat, ministre du Plan et du Développement, Paul Antoine Bohoun-Bouabré, à Issia et Saïoua, leurs régions d’origine. « Quand je serai innocenté par l’enquête, le président (Ndlr : de la République) demandera une enquête sur Bohoun Bouabré, dans cette affaire de café-cacao. Et Bohoun Bouabré va tomber. Comme il sait qu’il va tomber, il veut me faire tomber avant lui. Mais ça ne marchera pas. Le président (Ndlr : de la République) sait que je n’ai rien fait. J’attends la fin de l’enquête pour parler. Je ne veux pas faire du « vouvouzela » comme eux. C’est Bouhoun Bouabré qui est derrière tout ça … Avec James Cenah (Ndlr : Guédé Pépé Léonard), Ateby Williams, Kabran Appia (tous députés à l’Assemblée nationale). « Koulibaly n’aura pas les députés du groupe parlementaire Fpi avec lui » a-t-il tranché, avant de prendre congé de nous, Amos Béonaho, directeur de publication du Quotidien Ivoirien Soir-Info et moi. (Armand B. DEPEYLA)»

A chacun de se faire son opinion après la lecture de ce récit détaillé.

Ce que risque Gbagbo

Mais Laurent Gbagbo pourra-t-il se débarrasser aussi facilement de Mamadou Koulibaly ? «L’ère des faux complots d’Houphouët-Boigny est révolue, et Koulibaly ne se laissera pas aussi facilement faire. Donc Tagro peut pérorer, jubiler, mais qui rira le premier rira le dernier», assure un sympathisant du président du Parlement.

Effectivement, le Chef de l’Etat joue gros. S’il liquide Koulibaly, celui-là même qui est perçu dans l’opinion publique ivoirienne (et internationale) comme étant la seule personnalité de la Refondation qui ne s’est pas laissée enivrer par le «vertige du pouvoir, de ses jouissances multiples et de ses prérogatives», Laurent Gbagbo envoie un mauvais signal aux électeurs en ces périodes de campagne électorale. Innocenter Tagro et «trancher la tête de Koulibaly» voudrait dire que le Président de la République, comme partisans et adversaires le lui reprochent déjà, accorde une prime à tous les «voleurs» de la République.

Koulibaly peut-il rebondir ?

En politique, et certainement plus qu’ailleurs, «il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué». Et le Président Laurent Gbagbo a restitué tout son sens à ce vieil adage. Lui dont la fin politique a maintes fois été décrétée, mais qui s’est toujours sorti des situations les plus inextricables au point de les retourner à son avantage. Mamadou Koulibaly pourra-t-il être cette «bête politique» à l’image de celui qui l’a introduit au FPI ? Rien n’est moins sûr.

L’idée de base de Koulibaly concernant l’enquête parlementaire procède d’une rhétorique longtemps usitée par le Front Populaire Ivoirien lorsque ce parti était dans l’opposition. Pour des gens qui ont crié à tue-tête «Houphouët voleur ! Houphouët voleur !», badigeonné les murs et placardés les arrêts de bus de pareils écriteaux, seules des investigations menées par des élus du peuple de tous bords politiques pouvaient laver l’honneur souillé de la Refondation. Avec à la clé, une transparence garantie. «Que nenni», pestent aujourd’hui les socialistes au pouvoir qui, non ravis de rouler carrosses, circulent même en Maybach ou Q7, Infinity, Porsche sur les routes cahoteuses d’Abidjan et de l’intérieur du pays. Eux qui hier, réclamaient des enquêtes sur les surfacturations des complexes sucriers et d’autres projets de développement qui se sont transformés en «éléphants blancs» sous le règne quarantenaire du PDCI-RDA.

Koulibaly compte donc sur un réveil patriotique des députés ivoiriens, pour laver l’affront d’un Tagro qui n’accorde aucun respect pour leur institution. «Je vais les faire chicoter (les députés) par mes policiers si je les vois à mon bureau», peut se frapper la poitrine avec morgue et arrogance le ministre de l’Intérieur. Sous d’autres cieux, pareille menace serait passible d’enquête – et condamnation – judicaire. Comme on l’a vu en France avec le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux qui a été condamné par le justice pour avoir tenu des propos racistes en public…

Certes, le principe de l’enquête parlementaire a été rejeté par la commission qui a statué sur la question. Mais tout n’est pas perdu pour autant. Car même invalidé, le cas sera néanmoins discuté en plénière à la fin de ce mois de juillet. En commission, le vote se fait à main levée. Ce qui veut dire que même s’il y a des députés qui soutiennent la proposition, ils ne peuvent pas aller «à découvert» contre la discipline du parti ; au risque de subir des sanctions. Or en plénière, le vote est parfois secret, et cela laisse la porte ouverte à toutes les possibilités. Peut-être que pour une fois, les représentants du peuple mettront l’intérêt supérieur de la Nation au-dessus des intérêts partisans. Attendons donc de voir…

Par Hervé D’Anvers et Gbansé D. Alexis avec la Rédaction à Abidjan – Le Journal de Connectionivoirienne.net ; juillet 9, 2010

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