Le Pdg du groupe Olympe s’adresse au Président de la République

Excellence, Monsieur le Président

Avant ce sombre épisode que nous venons de passer, tout le monde n’avait qu’une seule phrase à la bouche : « C’est à cause de la guerre ». Voici une phrase que nous n’entendrons plus jamais car, maintenant nous savons ce qu’est la guerre. Des corps en putréfaction qu’un enfant, la veille, appelait encore papa. Des gens qui se terrent pendant des semaines sans oser allumer la lumière, si lumière il y a. Des ventres qui crient famine, des bouches aussi sèches que ce robinet qui ne veut plus rien savoir, des boutiques vides, des supermarchés pillés. Plus d’eau, plus de nourriture, plus de , plus d’électricité…Plus rien !

Les Ivoiriens ont su ce que la guerre veut dire, ils ont fait connaissance avec la peur, la peur d’un bruit derrière la porte qui annonce le pillage, ils ont connu le chagrin, celui de l’être aimé qui ne reviendra plus, ils ont connu la mélancolie de la Côte d’Ivoire de la danse, des festivités, des maquis, des mariages. Terrés dans le noir, les souvenirs se bousculent dans la tête …

Oui Monsieur le président, les Ivoiriens ont souffert, Tous. Aussi bien ceux qui ont voté pour vous que ceux qui ont voté contre. Les bombes et la mort ne demandent jamais de quel bord vous êtes. Et c’est pour cela que tous les jours, et sur toutes les pages des journaux du groupe Olympe, nous avons fait paraitre un bandeau qui appelait à la paix, à l’amour et à la sagesse. Cette haine qui montait, ce grondement de colère nous effrayait et nous savions que ceux qui souhaitaient la guerre « pour qu’on en finisse une fois pour toute » ne savaient pas ce que « guerre » voulait dire.

Maintenant ils savent.

Vous avez appelé à la réconciliation, cela vous honore. Il faut véritablement que cette réconciliation se fasse sans aucune exception. Lors de votre séjour à l’hôtel du Golf, vous avez appelé à la désobéissance civile, vous avez demandé que les opérateurs économiques cessent de payer les impôts, vous avez exigé que les fonctionnaires de tous grades cessent de travailler.

Vous n’aviez pas d’autres choix, vous vous battiez avec toutes les armes dont vous disposiez. Cette guerre de l’économie devait nous faire l’économie d’une guerre, Hélas nous y avons eu droit.

Monsieur le président, à l’hôtel du Golf vous étiez protégé, mais ceux qui étaient en ville n’étaient protégés que par leur comportement civique. Comportement qui en l’occurrence consistait à aller au travail, afin de ne pas être renvoyé et immédiatement remplacé. La grande majorité de ceux qui ont voté pour vous ou pour Gbagbo ont continué à vaquer à leurs occupations… La survie est à ce prix.

Les opérateurs économiques ont continué à payer les impôts car leur premier souci était de préserver leurs affaires. Ils se sont donc battus comme de beaux diables pour continuer d’exister, sans banques, sans sécurité et souvent sans clients…Ils ne savaient plus ou donner de la tête. Il fallait tenir coûte que coûte, sauver les emplois, sauver une vie de labeur. Aujourd’hui, vous serez content de les trouver encore opérationnels.

De la même manière que personne n’est dans le secret des isoloirs, il faut bien admettre, Monsieur le président, que chacun a ses impératifs qui l’obligent à avoir un comportement de survie quelle que soit son opinion ou son appartenance, quel que soit le bulletin qu’il a mis dans l’urne.

Français, Libanais, Marocains, Mauritaniens, etc… qui sont restés la première fois, se sont mis à douter de ce choix. Mais ils sont tellement attachés à ce pays, ils y ont construit leurs vies auprès des Ivoiriens. Peuple affable, paisible et accueillant qui a érigé la paix au rang de religion. Ceux qui sont partis malgré tout, l’ont fait avec le sentiment de trahison. Comment laisser derrière soi tant de gens dans la peur et la souffrance.

Excellence, vous êtes aujourd’hui le président de tous les Ivoiriens, de tous les fonctionnaires, de tous les opérateurs économiques. Nous vous souhaitons le succès, nos vies en dépendent. Chacune de vos décisions engagera la vie et l’avenir de millions d’entre nous. Cela donne froid dans le dos.

Le chantier est énorme. Epatez-nous, surprenez vos contradicteurs, donnez tort à ceux qui ne vous ont pas choisi, ils seront contents d’avoir tort. Les Ivoiriens sont fair-play. La Côte d’Ivoire ne peut plus se payer le luxe d’un échec supplémentaire, nous avons fini de consommer notre avance. Nous vivons depuis dix ans sur nos acquis de l’époque héroïque. Il n’en reste plus rien.

Nous sommes en train d’être dépassés par le Ghana, rattrapé par le Sénégal. Depuis 10 ans, nos usines ont délocalisé parfois partiellement, souvent totalement. Le chômage a augmenté d’autant, il augmentera certainement davantage après tous les pillages et destructions de ces derniers temps. Entourez vous de gens compétents de tous les bords. Cette main que vous tendez est celle de la Cote d’Ivoire en détresse. Tous les enfants légitimes ou adoptifs la saisiront. Ne repoussez personne, vous avez besoin de toutes les bonnes volontés. Et de la bonne volonté vous en trouverez à profusion.

Cette guerre hideuse nous aura fait tant de mal. Certains ont perdu un parent, un ami, un leader ou tout bonnement les élections. Ce fut le prix à payer. Maintenant que cette crise tire à sa fin, nous sommes situés sur la signification d’un mot galvaudé depuis trop longtemps: Patriote.

Notre presse sera patriote, nous appellerons à la paix et à la réconciliation jusqu’en perdre haleine, mais cet appel ne pourra être entendu que si l’écho de vos actes nous conforte. Nous vous avons observé ces derniers temps. A travers vos discours et vos appels, transparaît de la sincérité. Nous voulons y croire de toutes nos forces.

EN AVANT LA COTE D’IVOIRE.

 

Nady Rayess

Président-directeur

Général du Groupe Olympe

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