LE CINQUANTENAIRE DE LA CÔTE D’IVOIRE VU PAR LA SOCIETE CIVILE, CONDITIONS ET ELEMENTS D’UN CONTRAT SOCIAL POUR LA RENAISSANCE IVOIRIENNE

CONTRIBUTION DE LA CSCI A LA CELEBRATION DU CINQUANTENAIRE
DE L’INDEPENDANCE DE LA CÔTE D’IVOIRE

Dr Ngouan

CONVENTION DE LA SOCIETE CIVILE IVOIRENNE

CONFERENCE PUBLIQUE

THEME : LE CINQUANTENAIRE DE LA CÔTE D’IVOIRE VU PAR
LA SOCIETE CIVILE, CONDITIONS ET ELEMENTS D’UN CONTRAT SOCIAL POUR LA RENAISSANCE IVOIRIENNE

Abidjan, le 03 Août 2010

Dr N’Gouan Patrick
Coordonnateur National de la CSCI

Introduction

La Côte d’Ivoire, comme la plupart des pays africains francophones, célèbre le cinquantenaire de son indépendance en cette année 2010. Ce cinquantenaire comporte 23 ans de croissance du PIB par tête réalisée sur les périodes de 1960 à 1978 puis de 1994 à 1998 et 27 ans de crise économique caractérisant les périodes de 1979 à 1993 et de 1999 à 2010. Il apparaît donc que les gains de croissance économique ont été plus qu’absorbés par les longues années de crise.
Le pays a également vécu pendant 30 ans (1960-1990) sous un régime de monopartisme et durant ces deux dernières décennies (1990-2010) dans le multipartisme. L’expérience démocratique est encore en deçà des survivances du monopartisme.
Ainsi, malgré des succès réalisés dans plusieurs domaines, l’histoire du pays semble marquée par deux déficits : celui de la croissance économique et celui la culture démocratique.
Comment combler ces deux déficits pour renforcer la construction d’une nation libre, égalitaire et pacifique ? Comment aider ce pays à accroitre sa contribution au développement sous régional, à l’unité africaine et à la paix internationale et à l’enrichissement de la civilisation de l’universel ?
Les réponses à ces interrogations amènent à esquisser un bilan du cinquantenaire et à se projeter dans le futur sur la base d’un contrat social sont l’objectif est la renaissance de la Côte d’Ivoire.
Par rapport à cet objectif, trois axes de réflexions se présentent :
- le cinquantenaire observé par la société civile ;
- l’identification des conditions d’un contrat social pour la renaissance ivoirienne ;
- des propositions d’éléments de ce contrat social pour la renaissance ivoirienne.

I- LE CINQUANTENAIRE DE LA COTE D’IVOIRE VU PAR LA SOCIETE CIVILE

Les cinquante ans d’indépendance peuvent être divisés grosso modo en trois étapes essentielles : deux décennies de développement économique et de stabilité politique (1960-1980), deux décennies de difficultés d’adaptation aux nouvelles exigences économiques, sociales et politiques (1980-2000) et une décennie d’entrée douloureuse dans le 21ème siècle.

1-1- L’âge d’or de la Côte d’Ivoire durant les deux premières décennies de son indépendance

Après son indépendance, la Côte d’Ivoire a opté pour un système politique et économique fondé sur le capitalisme, l’ouverture sur l’extérieur et un partenariat privilégié avec l’ancienne métropole, la France. Cette option est étroitement orientée et encadrée par l’Etat qui, lui-même, fonctionne selon les principes du monopartisme qui veut assurer la construction d’une nation naissante.
Ainsi, l’Etat, dans le cadre de plans quinquennaux de développement, a adopté une politique volontariste qui a impulsé la croissance économique essentiellement basée sur l’agriculture. Par diverses formes d’incitations publiques, d’encadrement des producteurs et de diversification agricole, la Côte d’Ivoire a obtenu des résultats remarquables en se classant par exemple, au cours des années 1980 jusqu’aujourd’hui, premier producteur de cacao et de café respectivement aux plans mondial et africain.

La politique d’ouverture sur l’extérieur a favorisé l’entrée massive de capitaux. L’Etat a capitalisé tout cela pour orienter voire conduire le financement de l’industrie et le développement des infrastructures. Ainsi, de 1965 à 1980, les investissements publics en termes d’action directe sur le capital productif (prises de participation, créations d’unités industrielles…) et d’infrastructures représentent plus de 60% de l’investissement national. Le développement d’infrastructures routières, portuaires et ferroviaires et la coopération sous régionale ont permis la floraison d’activités commerciales.

Les excellents résultats économiques (le taux de croissance moyen est de 7% en valeurs réelles de 1960 à 1978) ont procuré à l’Etat des ressources substantielles pour assurer ses fonctions régaliennes, tutélaires et économiques. Il a pu satisfaire l’essentiel des besoins collectifs, protéger l’emploi, mettre en place des transferts sociaux et assurer une redistribution des fruits de la croissance en vue de réduire les inégalités sociales et régionales.

Le régime de parti unique, confondu de fait aux institutions de l’Etat, a favorisé la promotion de la cohésion nationale. Hormis quelques velléités régionalistes voire sécessionnistes dans le Sanwi et le Guébié sévèrement réprimées, l’unité nationale et la stabilité politique ont été globalement préservées.

Les succès économiques, la stabilité politique et le modèle d’intégration sociale et culturelle ont fait de la Côte d’Ivoire un pays d’attraction sous régionale et lui ont conféré une image internationale nettement supérieure à la moyenne prévalant en Afrique.
Cependant, cet âge d’or va s’estomper à la fin des années 1970 pour laisser entrer le pays dans une longue période de transition vers une crise multiforme à cause du manque d’anticipation et d’adaptation aux nouvelles exigences économiques, sociales et politiques.

1-2- Deux décennies de difficultés d’adaptation aux nouvelles exigences économiques,
sociales et politiques (1980-2000).

Les systèmes économique et politique mis en place depuis l’indépendance vont révéler leurs limites mais surtout leur inaptitude à générer des mécanismes rationnels d’adaptation durant les deux décennies 1980-2000.
Certes, sur le plan économique, la politique de diversification agricole s’est poursuivie. La Côte d’Ivoire a conservé ses places de premier producteur mondial et africain respectivement de cacao et de café. L’industrialisation a connu un ralentissement à cause des difficultés de financement de l’investissement ; mais elle a repris son évolution pour atteindre des taux d’investissement supérieurs à 16% entre 1994 et 1999.
Mais, l’économie ivoirienne comporte deux faiblesses fondamentales qui sont sa trop grande dépendance à l’égard du financement extérieur et les problèmes de gestion interne. Au plan international, elle est régulièrement exposée aux chocs sur les marchés des produits primaires, pétroliers et financiers.
Au plan interne, les faiblesses dans la gestion économique sont manifestes. Outre la forte dépendance de l’agriculture, base de l’économie, aux aléas climatiques, le secteur traduit un mécanisme de croissance appauvrissante à plusieurs titres. L’excès d’offre sur les marchés internationaux de produits primaires a un effet dépressif sur les termes de l’échange. En outre, la déforestation massive pour la culture extensive sur brûlis a des conséquences sur l’écosystème, la pluviométrie et les rendements agricoles au niveau général. De près de 15 millions d’hectares de forêt pour 4 millions d’habitants en 1960, le pays ne dispose aujourd’hui que de 2,85 millions d’hectares pour plus de 20 millions d’habitants. Les ressources forestières ont donc été divisées par 5 pendant que la population a été multipliée dans la même proportion. A ce rythme, que restera-t-il du couvert forestier dans les deux prochaines décennies ? Le troisième mécanisme de la croissance appauvrissante est résumé dans l’ensemble des problèmes d’absorption des populations allochtones et allogènes et des conflits fonciers récurrents dans les zones de l’ouest du pays disposant encore de terres fertiles.

La trop grande lenteur du progrès technologique ralentit le développement industriel en ce sens que le niveau de transformation des matières premières pour créer de la valeur ajoutée et de l’emploi, sources de croissance, est bas. Elle maintient élevés les coûts des facteurs au regard de la concurrence internationale, celle des pays émergents en particulier ; d’où le problème crucial de compétitivité.

Bien plus, le manque de rigueur dans la gestion des affaires publiques, propre à tout régime de monopartisme, a engendré des comportements rentiers chez une bourgeoisie d’Etat qui tire profit de situations de monopoles et d’oligopoles et multiplie les sources de distorsions et d’inefficacité économique.

Au lieu de prendre des mesures pour corriger les faiblesses des politiques de développement, les Autorités Ivoiriennes abandonnent les plans quinquennaux de développement pour ne se concentrer que sur les programmes d’ajustement structurel (PAS) à partir de 1981. Les résultats économiques et financiers des PAS sont mitigés en Côte d’Ivoire. L’équilibre extérieur est réalisé. Le solde positif de la balance globale depuis 1994 suite à la dévaluation de la monnaie et la croissance régulière des avoirs extérieurs nets depuis 1996 (hormis la chute de 1999) renforcent la valeur extérieure de la monnaie à travers le volume important des réserves de change. Le ciblage de l’inflation et l’assainissement du secteur financier ont également atteint leurs objectifs jusqu’en 1999.

En revanche, malgré les mesures d’assainissement du secteur public, l’équilibre des finances publiques est loin d’être atteint. Quant à la croissance économique, son taux moyen est resté inférieur à la croissance démographique depuis 1981, hormis la parenthèse de 1994 à 1998. En dépit de leur rigueur apparente, les PAS n’ont pas pu corriger de manière satisfaisante la mauvaise gouvernance.

Les conséquences sociales des PAS et de la mauvaise gouvernance sont énormes. La pauvreté gagne tous les secteurs, en particulier ceux des infrastructures de base, de la santé et de l’éducation. Le taux de pauvreté monte jusqu’à 10% en 1985, puis à près de 38% en 1995 pour redescendre à 33,6% en 1998. Le malaise social, ajouté au besoin plus grand de liberté, a fortement influencé l’évolution politique.

En effet, même au sein du parti unique, une timide ouverture politique a été instaurée au niveau des élections locales en 1980 et 1985. Cependant, l’essoufflement des systèmes économique et politique ivoirien, avec ses conséquences sociales, a montré le besoin d’accélérer le rythme de la démocratisation. Le parti unique fut obligé d’accepter la réinstauration du multipartisme en 1990 sous la double pression interne (troubles sociaux) et externe (chute du mur de Berlin, discours de la Baule).

Depuis cette date, le multipartisme ayant été instauré dans l’impréparation et le désordre, le pays vit dans une situation de recherche de repères. Certains acquis du monopartisme sont mis à rude épreuve : la qualité de la formation, la recherche constante de l’unité nationale, et la stabilité politique. Au contraire, des comportements non recommandables, observés chez une grande partie de l’élite nationale de tous les bords politiques, ont entrainé de graves dérapages qui ont fait entrer le pays à pas forcés dans le 21ème siècle.

1-3- Une entrée douloureuse dans le 21ème siècle
.
La Côte d’Ivoire connaît deux véritables crises économique et institutionnel depuis le coup d’état de décembre 1999. Malgré cela, le pays a pu préserver tant bien que mal les bases de son économie durant la décennie 2000-2010. Le solde extérieur demeure acceptable ainsi que le niveau des réserves de change. Le secteur financier et le marché des capitaux sont toujours dynamiques. Le pays conserve sa place de leader dans l’Union Economique et Monétaire d’Afrique de l’Ouest (UEMOA).
Cependant le solde public est toujours déficitaire et l’encours de la dette représente plus de la moitié du revenu national. L’investissement national est pratiquement divisé par deux en passant de près de 17% dans la deuxième moitié des années 1990 à moins de 9% aujourd’hui. Le taux de croissance économique est redescendu en dessous du taux de croissance démographique.

Ce bas niveau d’investissement est lié à celui des ménages et des entreprises et au rétrécissement des investissements directs étrangers. Mais l’une des raisons principales est l’aversion manifeste des banques pour le risque pour des motifs d’aléa moral et de sélection adverse et cela, malgré leur surliquidité. L’analyse des contreparties de la masse monétaire révèle une croissance des avoirs extérieurs nets et du crédit à court terme. En revanche, le crédit à moyen et long terme et, dans une certaine mesure, la position nette du gouvernement (PNG), qui ont un impact puissant sur l’investissement et la croissance, connaissent une baisse sensible depuis 1998. Selon les statistiques monétaires de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), le taux de liquidités bancaire est passé de 87% en 1996 à 100% en 2002 et à 103% en 2006. Tout cela dénote de l’aversion du système bancaire pour le risque au grand préjudice de l’investissement productif et de la croissance. Ainsi, la politique monétaire de l’UEMOA, par son caractère trop déflationniste, semble avoir plutôt pénalisé la croissance par l’accentuation du vide de financement de l’économie.

Au niveau politique, malgré la crise et la partition du pays, les institutions fonctionnent tant bien que mal. Les différents accords de paix ont permis d’arrêter la belligérance sans pouvoir ramener la paix ni faire sortir le pays de la crise. Le partage du pouvoir dans les gouvernements d’union instaurés depuis 2003 garantit un équilibre précaire.

Cet équilibre est d’autant plus précaire qu’en dépit de l’instauration du multipartisme en 1990 et du changement de régime politique en 2000, la gouvernance ne s’est pas améliorée. Selon le classement fait par les institutions internationales, elle a même empiré des années 1990 aux années 2000. Le clientélisme, le népotisme, les affinités et les abus de toutes sortes semblent surpasser la compétence et l’expertise. Les voies informelles sont autant empruntées que les relations hiérarchiques formelles.
Bien plus, il s’est développée en Côte d’Ivoire la culture de la violence et du désordre. Le multipartisme, étant intervenu dans un contexte de contestation et de répression, sans préparation ni consensus, beaucoup de politiciens, de dirigeants et de leaders d’opinion ont une inclination pour les rapports de force. On gouverne par la violence et on revendique par la violence. Cet état d’esprit est fortement déterminé l’idée que, face à l’amenuisement des opportunités économiques, la politique reste la voie la plus sûre d’enrichissement . La lutte pour l’accès au pouvoir politique ou pour sa conservation devient une question de vie ou de mort politique et sociale.
Par ailleurs, face au blocage de l’alternance politique en Afrique, des partis d’opposition sont amenés à penser que seule la contestation, parfois violente, peut permettre d’accélérer l’avènement d’une démocratie réelle.

Les pratiques ci-dessus décrites constituent la principale cause, en plus de l’irruption des militaires dans la politique, de la fragilisation des institutions étatiques qui a donné libre cours à toutes sortes d’irrationalités, d’abus, d’impunité, de désordre et de déstructurations socio politiques.

Tableau 1 : Comparaison des performances en matière de gouvernance
entre la Côte d’Ivoire et le Ghana en 2006
Indicateurs

Côte d’Ivoire Ghana

Voix et responsabilité

8,7 60,1
Stabilité politique et absence de violence 2,9 54,8
Efficacité gouvernementale 4,7 57,3
Qualité du cadre réglementaire 14,6 50,7
Etat de droit 3,3 51
Contrôle de la corruption 8,3 55,3

Source : Banque Mondiale.
Note : Plus le pays fournit des efforts, plus l’indice est élevé.

La fragilisation des institutions républicaines et étatiques a été accentuée par les irruptions de l’armée dans la vie sociopolitique. Les renforts apportés par l’armée à la police et à la gendarmerie pour réprimer des manifestants , l’intervention de l’armée pour faire appliquer la constitution en vue de régler le problème de succession à la mort du Président Houphouët-Boigny en décembre 1993 , le coup d’état de décembre 1999, l’intervention de l’armée pour faire investir le président élu en octobre 2000 et la crise militaro politique de septembre 2002 et les différents accords de paix ont achevé de fragiliser les institutions républicaines par la consécration du déclin du constitutionnalisme et de la légalité.

La fragilisation des institutions nationales, comme dans tous les pays africains instables, tire aussi sa source dans la relativisation de la souveraineté nationale par des pays voisins ou étrangers, par les trafics de toutes sortes, notamment ceux des armes qui entament la sécurité et la paix en Côte d’Ivoire, carrefour de toute l’Afrique de l’ouest.

Quant à la société civile ivoirienne, elle n’apparaît pas encore comme une sphère bien structurée. Elle souffre d’une insuffisance d’organisation, de financement, de crédibilité et d’assise sociale. En effet, au-delà de leurs divisions internes, le seul point d’accord tacite entre les partis politiques ivoiriens est leur peu d’intérêt pour l’émergence d’une société civile indépendante et responsable.
La fragilité des institutions nationales et de la société civile constitue un terrain fertile au développement de la mauvaise gouvernance. La Côte d’Ivoire est classée parmi les pays ayant les plus faibles performances en matière de bonne gouvernance, notamment en ce qui concerne le niveau de corruption, de violence, d’instabilité politique et sociale, d’inefficacité du gouvernement sur les questions de développement, de l’Etat de droit et de la responsabilité.
Tableau 2 : Quelques résultats en termes d’indicateurs de développement humain.
Indicateurs Dans les années 1990 Dans les années 2000 Moyenne PVD années 2000
Taux de croissance 3% en moyenne -1,5% Plus de 3%
Indicateur de Développement Humain (IDH) 44% Moins de 42% 68% en 2004
Classement mondial IDH Entre 140ème et 150ème 164ème en 2007 106ème (Cap Vert) et 177ème (Niger)
Espérance de vie à la naissance 52 ans en 1995 46 ans 65 ans
Taux de pauvreté 33,6 % en 1998 49% en 2007 Moins de 30%
Taux de mortalité infantile (pour 1000
naissances vivantes) 90 117 57
Taux brut de solarisation combiné (primaire, secondaire, supérieur) 39% 40% 63%

Sources : PNUD, Rapports mondiaux sur le développement humain de 1998 à 2008 et DSRP 2008
Le classement fait par la Banque Mondiale est corroboré par les résultats de la dernière enquête sur l’état de la gouvernance en Côte d’Ivoire réalisée par le Secrétariat National à la Gouvernance et aux Renforcement des Capacités rapportés dans le DSRP. En effet, les taux d’insatisfaction des populations enquêtées sont les suivants : gouvernance institutionnelle (70%), gouvernance administrative (70%), gouvernance économique (85%).
La mauvaise gouvernance, à son tour, contribue substantiellement à l’accroissement de la pauvreté. Le taux de pauvreté est passé de 33,6% en 1998 à 38,4% en 2002, puis à 48,9% en 2008. Le tableau ci-dessous présente la dégradation des indicateurs sociaux.

Enfin, la répartition des revenus est fort inégalitaire. En Côte d’Ivoire, les 10% les plus riches détiennent en 2008, à eux seuls, le tiers (32,8%) du revenu national pendant que les 10% les plus pauvres n’ont droit qu’à 2% ; et 60% les plus pauvres reçoivent 30,4% du revenu total. La Côte d’Ivoire apparaît aujourd’hui, après l’Afrique du Sud, comme le pays le plus inégalitaire sur le continent africain. Pire on assiste, impuissant, à la déliquescence de l’école ivoirienne ; c’est-à-dire à la compromission des chances des futures générations.

Au total, la Côte d’Ivoire dispose d’un potentiel économique qui lui permet de résister tant bien que mal aux crises économiques, sociales et politiques. Cependant, par manque d’anticipation, le pays n’a pas su prévenir ou endiguer les crises majeures intervenues en 1979, 1990, 1999 et 2002. A chaque fois, des solutions de court terme voire conjoncturelles sont utilisées pour tenter de résoudre des problèmes structurels. Le pays se trouvant aujourd’hui dans l’impasse, il apparaît nécessaire de conclure un nouveau contrat social.

II- CONDITIONS D’UN CONTRAT SOCIAL POUR LA RENAISSANCE IVOIRIENNE

Les conditions d’un contrat social pour la renaissance ivoirienne apparaissent à trois niveaux : la sortie de la crise, la rectification de certaines conceptions et la définition d’une vision partagée. Les deux premiers sont tirés des Actes des Journées de Consensus National et le troisième des études nationales prospectives.

2-1- La sortie rapide, pacifique et définitive de crise.

La fin de la crise ne peut être profitable au peuple de Côte d’Ivoire et à la sous région ouest africaine que si elle est rapide, pacifique et définitive.
La sortie rapide suppose l’appropriation du processus de paix par les ivoiriens en vue de l’accélérer. Les accords de paix se succèdent, mais connaissent des fortunes diverses. Linas Marcoussis, Accra 1, 2, 3, Pretoria 1, 2 et plusieurs résolutions des Nations Unies dont la 1633 et la 1721, ont eu des effets limités. L’Accord Politique de Ouagadougou (APO), signé le 4 mars 2007 sous l’égide de M. Blaise Compaoré, prévoyait un délai de dix mois pour faire sortir le pays de la crise par des élections. Depuis lors, les signataires de l’APO estiment que cet accord a permis de faire des progrès en matière de sortie de crise.
Pourtant, l’APO, dans sa gestion, manque de transparence comme les accords précédents. Le délai initial annoncé par les signataires a été multiplié par quatre et le processus de sortie de crise manque toujours de lisibilité pour le citoyen moyen.
Tirant les leçons des non aboutissements des précédents accords, la CSCI pense qu’il serait plus efficace de rendre davantage transparentes toutes les clauses ainsi que les modalités et moyens d’application de l’APO. Cela permettrait à la société civile et aux citoyens de se l’approprier pour suivre son application, proposer des arbitrages et faciliter son application si vraiment cet accord s’avérait incontournable.

La sortie pacifique de crise requiert la tenue d’élections sécurisées, démocratiques, justes et équitables. A cet effet, il apparaît nécessaire que des organisations de la société civile qui ont une expertise et des partis politiques aient la possibilité de suivre les opérations d’identification, de désarmement, de démantèlement des milices et de redéploiement de l’administration qui doivent avoir atteint un niveau jugé globalement satisfaisant avant la tenue des élections.
Les organisations de la société civile (OSC), poursuivront leurs activités de sensibilisation des populations sur les différentes étapes du processus électoral à l’effet d’obtenir leur adhésion et leur participation. Certaines OSC qui ont déjà mis en place un dispositif d’observation de long terme, seront soutenues afin de faire des certifications indépendantes de chaque étape du processus, en appoint de celles des Nations Unies. Elles seront également appuyées afin d’assurer leur présence dans le maximum, sinon dans tous les centres de vote pour l’observation de court terme. Elles doivent avoir la possibilité d’être plus présente dans les media publics.

La sortie définitive de crise demande la mise en place d’un dispositif indépendant de réconciliation post électorale. Les élections, dans un pays africain sortant de crise, ne sont pas une garantie totale de guérison de toutes les fractures. Les exemples de rechute sont nombreux en Afrique. Dans le cas ivoirien, les grands problèmes de cohésion sociale et de réconciliation n’ont été pas été véritablement traités par les différents accords de paix.
Certains problèmes restent encore entiers : le sort des déplacés de guerre, l’indemnisation même symbolique des victimes de guerre, les cas de violations graves de droits de l’homme, les rancunes accumulées à l’occasion des dérapages politiques etc.

En conséquence, les élections seront une condition nécessaire mais non suffisante de sortie de crise. Il est sage de rechercher la satisfaction des conditions de sortie définitive de crise. A l’issue de toutes les élections (présidentielle, législatives, municipales, régionales), pendant que le nouveau gouvernement s’attèle aux missions de reconstruction, de relance économique et de lutte contre la pauvreté, une structure indépendante devra être très rapidement mise en place pour concevoir et faire appliquer toutes les stratégies, méthodes et modalités de réconciliation véritable, de cohésion sociale et de paix durable. Cette structure sera, de préférence, composée d’institutions de la société civile (religieux, centrales syndicales, ONG, structures de développement à la base…), de la chefferie traditionnelle et des groupements professionnels. Chaque grande institution de la République y serait également représentée.

2-2- La rectification de certaines conceptions de certains africains

Dans l’optique de la renaissance ivoirienne, voire africaine, nous avons relevé dix options décisives à faire pour rectifier certaines conceptions relatives au développement du continent.

1- Rectifier la tendance à s’installer dans des certitudes
On entend souvent dire que la Côte d’Ivoire est un pays béni de Dieu qui attire la jalousie en Afrique de l’Ouest et la convoitise des Occidentaux. Plusieurs questions se posent parmi lesquelles celles-ci : les ivoiriens auraient ils plus de mérite aux yeux de Dieu que les autres peuples du monde ? En quoi un pays pauvre très endetté (PPTE) en 2009 peut il autant s’auto célébrer ?

2- Rectifier la tendance au messianisme politique
Une grande partie des populations attend un président messie sortant des prochaines élections et qui, par un coup de baguette magique, résoudra tous les problèmes ? Une conception contraire est considérée comme un anticonformisme digne des illuminés. La question est celle-ci : entre ceux qui attendent leur salut d’un président venant comme un messie sauveur et ceux qui pensent que les ivoiriens sont suffisamment intelligents, si une opportunité leur est donnée dans un cadre consensuel, pour tirer les leçons des crises et définir un avenir partagé du pays, qui sont les plus illuminés ?

3- Rectifier la tendance aux vérités unilatérales
Depuis 1990, les régimes qui se sont succédé au pouvoir et, en face, leurs oppositions ont tenté, chacun selon ses méthodes, de faire admettre à la communauté nationale des vérités unilatérales. La persistance dans le dogmatisme politique, même au prix de la violence, apparaît comme une survivance du monopartisme et constitue un blocage réel sur la voie de la modernisation politique de la Côte d’Ivoire. L’une des manifestations les plus évidentes de cette tendance est le refus de la moindre concession à l’autre, en particulier à la société civile. Comment libérer certains politiciens ivoiriens des réflexes de la pensée unique ?

4- Rectifier la tendance au sectarisme
La crise économique et socio politique a favorisé le développement d’esprits et de comportements sectaires. Le refuge dans le communautarisme et la défense d’intérêts de camps, de partis, de clans, de religions, de régions et/ou d’ethnies ou même de personnes considérées comme des icônes se présentent pour certains comme les meilleures sécurités dans les méandres des crises dans lesquelles se perdent les individus et les familles.
Comment arriver à placer l’intérêt général au dessus des préoccupations sectaires et de court terme ?

5- Rectifier la tendance aux excuses faciles
Les Ivoiriens ont souvent tendance à se dédouaner trop facilement en rejetant la faute sur les autres : les enfants et les parents, les élèves et les maîtres, les enseignants et le système en place, le secteur privé et l’Etat, le gouvernement et les bailleurs de fonds …
Finalement, quelles sont les causes du mal ivoirien et qui en sont les responsables ?
Une version plus dramatique des excuses faciles consiste à vouloir s’accorder suffisamment du temps pour rattraper son retard de développent dans des termes comme celui-ci : « Les Européens ont passé des siècles avant de s’industrialiser. Il faut laisser du temps aux Africains pour assimiler la gouvernance, la démocratie et le développement ». La mondialisation attend elle les Africains ?

6- Rectifier la tendance au refus d’assumer son retard historique.
Tout retard de paiement expose le débiteur à la contrainte du créancier. Tout retard de développement est comme une dette envers l’histoire qui se rembourse sur plusieurs générations. Ainsi, les peuples ayant accusé un retard scientifique, technologique, culturel, militaire ou même religieux l’ont payé très sévèrement en termes d’asservissement sous différentes formes. Même le message de Dieu a été enseigné parfois sur fond de violences culturelles. Comment alors s’étonner que l’avance technologique soit vendue aux peuples en retard sous forme de domination économique, militaire et politique ? Quelle est alors l’efficacité des condamnations et des insultes du peuple africain à l’encontre des puissances de domination internationale ? Quelle stratégies concertées et quels délais les africains se donnent ils pour rattraper absolument leur retard historique ?
7- Rectifier la tendance à la fatalité
Même si l’écriture est née en Afrique dans l’antiquité, sa disparition dans l’histoire n’a pas permis à l’Africain de capitaliser son savoir et de faire des projections lointaines dans le temps et dans l’espace. Ses capacités d’anticipation, de pro activité et de conquête étant réduites, il se retrouvera livré aux lois de la nature dans son espace géographique et à celles des cultures étrangères. La conséquence est que depuis plus de cinq siècles, l’Afrique sort généralement perdante de la compétition internationale des civilisations.
Doit-on pour autant s’abandonner au fatalisme ? Que peut on tirer de meilleur comme enseignement de ces passés et présents douloureux ? Ayant retrouvé l’écriture, la science et la technologie modernes, les régimes africains post indépendance vont-ils continuer de sacrifier la science ainsi que les savants et chercheurs qui les portent au profit de la vanité du lucre et de la politique ? Qu’attend l’Afrique pour capitaliser et exploiter efficacement ses immenses ressources intellectuelles et naturelles dans la perspective de son progrès social ?

8- Rectifier la tendance aux comportements rentiers
Les comportements rentiers consistant au gain facile et sans risque constituent l’une des plaies de l’Afrique contemporaine. Le pouvoir politique est considéré comme la voix royale d’enrichissement facile et rapide. Ainsi, tout est sacrifié sur l’autel de la politique : l’école, l’université, la recherche, les services administratifs, les institutions nationales, le bien-être de la population, le pari sur l’avenir, les ressources publiques, la souveraineté et la sécurité nationales, le développement économique, la stabilité politique et la paix sociale….
Sur fond de corruption et d’impunité, les élites africaines actuelles ne font elles pas supporter aux populations des souffrances similaires à celles imposées par le colonialisme ? Quelle explication donner à l’égoïsme manifeste des élites nationales face à la misère de leur peuple ? Quels sorts pour la femme et l’enfant ? Qu’envisage-t-on pour améliorer les rangs des pays africains dans le classement mondial du développement humain ?

9- Rectifier la tendance à la confusion dans les appréciations.
Certains africains, particulièrement ceux des milieux urbains, péri urbains et de la diaspora, ont tendance à absorber toutes les logiques des cultures étrangères, sans discernement suffisant. Cette nouvelle forme d’aliénation culturelle, amplifiée par les technologies de l’information et de la communication, ne devrait-t-elle pas interpeller les responsables de l’éducation en Afrique ?

D’autres africains, excédés par les agressions de toutes sortes venant de cultures occidentales, optent pour de nouvelles expériences culturelles, notamment asiatiques. Dans quelques années, ne va-t-on pas encore se mettre à regretter une autre aliénation culturelle dont l’Afrique serait victime?

D’autres africains encore, par dépit face à l’envahissement des cultures étrangères, sont tentés par le repli sur soi voire par un rejet radical de toute expérience nouvelle. Cette attitude ne ressemble-t-elle pas à un racisme à rebours, à une impuissance face à la mondialisation ? Sa radicalisation ne risque-t-elle pas de conduire à terme vers l’intégrisme culturel et le terrorisme ?

Enfin, la question cruciale et récurrente qui tarde à trouver une réponse appropriée depuis cinquante ans d’indépendance est celle-ci : comment et que faire pour, d’une part, tirer avantage des cultures étrangères et, d’autre part, enrichir la mondialisation par l’apport de l’Afrique ?

10- Rectifier la tendance au complexe de supériorité culturelle
Après avoir interpellé les Africains sur neuf points, le dixième s’adresse aux puissances internationales. Au lieu de s’installer dans un complexe de supériorité, elles gagneraient à se poser sérieusement des questions sur l’aptitude du système économique néolibéral à prendre en compte les besoins et les aspirations de tous les peuples au stade actuel de l’évolution de l’humanité. Une réponse non satisfaisante à cette question conduira à rejeter la grande majorité à la périphérie et à tenter de verrouiller ou de vicier le système international au gré des intérêts des grandes puissances et parfois contre la vie et l’avis des autres peuples. Un tel déséquilibre, reposant sur des rapports de force, tiendra pendant combien de temps ? N’est-il pas plus sage de rechercher des consensus acceptables par l’ensemble des peuples sur les grands problèmes de l’humanité ? Quelle est leur part de responsabilité dans la recrudescence de la pauvreté en Afrique, un demi-siècle après les indépendances ? Les exemples donnés régulièrement par les grandes puissances sont ils réellement de nature à favoriser la construction de la paix internationale et de la civilisation de l’universel ?

Au total, la formule de consensus national, proposée par la société civile ivoirienne pour résoudre les crises en Côte d’Ivoire et en Afrique tire ses sources de la culture africaine, du besoin de transparence et de participation démocratique et de la nécessité d’avoir une approche consensuelle de la sortie de crise et de la renaissance post crise.

2-3- Définir une vision consensuelle pour un futur partagé de la Côte d’Ivoire

Le multipartisme est l’expression de la diversité d’opinions, complémentaires ou contradictoires devant être orientées sur une base consensuelle vers le bien commun afin d’assurer la pérennité de la collectivité.
Par ailleurs, la gestion d’un pays ne saurait être ramenée à des considérations de court terme. Si les PAS sont utiles pour la gestion macroéconomique, ils ne sauraient se substituer à des plans pluri annuels de développement. Il faut donc un retour aux plans quinquennaux de développement abandonnés depuis 1980. Ces plans s’inscriront eux même dans une démarche prospective menée à partir d’études appropriées.
En Côte d’Ivoire existe fort heureusement une tradition d’études nationales prospectives qui n’ont pas été toujours pleinement exploitées. Les différentes études sont Côte d’Ivoire 2000, Côte d’Ivoire 2010, Côte d’Ivoire 2025 et Côte d’Ivoire 2040 qui est en cours.
Pour que ces études atteignent leurs objectifs de projections dans le futur lointain, il faut que leurs résultats aillent au delà des seules appréciations du ministre du Plan et du Chef de l’Etat. Il faudra également les pouvoirs publics donnent des garanties quant à leur application.
Aux Journées de Consensus National, l’hypothèse retenue est la Côte d’Ivoire devienne un pays émergent entre 2025 et 2030 et industrialisé à partir de 2040. Le Bureau

III- ELEMENTS D’UN CONTRAT SOCIAL POUR LA RENAISSANCE IVOIRIENNE

Les éléments du contrat social que nous vous proposons proviennent des Journées de Consensus National (JCN) dont nous pouvons présenter l’organisation, les recommandations et les résolutions.

3-1- Organisation des Journées de Consensus National (ICN)
A l’initiative de la Convention de la Société Civile Ivoirienne (CSCI), se sont tenues les premières « Journées de Consensus National” (JCN) en Côte d’Ivoire, du 22 au 29 Mai 2009, à Abidjan.
La CSCI, la plus grande faitière de la société civile nationale, est composée de structures issues des confessions religieuses, des organisations professionnelles, des centrales syndicales, des médias et des ONG de différents secteurs.
L’objectif général des JCN est de « poser les bases solides d’un contrat social pour la renaissance de la Côte d’Ivoire ».
Les quatre objectifs spécifiques sont les suivants :
• identifier les modalités pratiques de sortie rapide, pacifique et définitive de crise, par un large consensus impliquant l’ensemble des forces vives de la nation ;
• adopter par consensus, le document-cadre du nouveau contrat social comportant les principes et valeurs à promouvoir, les réformes institutionnelles, la relance de l’économie, la bonne gouvernance et le contrôle citoyen (droits de l’homme et démocratie participative) ;
• obtenir l’adhésion de toutes les forces vives de la nation aux recommandations et résolutions issues des Journées de Consensus National avant les élections générales et au-delà ;
• obtenir l’engagement de tous les acteurs sociaux (institutions nationales, classe politique, confessions religieuses, organisations professionnelles, chefferie traditionnelle, syndicats, ONG…), à soutenir les recommandations et résolutions et leur conférer, à terme, une forme légale.

La méthodologie utilisée s’est déployée de manière progressive et participative autour de dix sujets majeurs :
1. Diagnostic des crises ivoiriennes, défis à relever et atouts ;
2. Conditions préalables du contrat social : appropriation du processus de paix en vue d’une sortie rapide, pacifique et définitive de crise ;
3. Démocratie, gouvernance en Côte d’Ivoire et stabilité politique ;
4. Réforme du système éducatif ivoirien et recherche-développement;
5. Condition pour une croissance intensive en vue du développement durable ;
6. Lutte contre la pauvreté et accroissement du bien être de la population ;
7. Politique active de l’emploi et lutte contre le chômage ;
8. Equité et genre ;
9. Culture ivoirienne face à la mondialisation ;
10. Intégration sous-régionale et coopération internationale.
Ces thèmes ont fait l’objet de travaux préparatoires d’experts nationaux. La synthèse de ces travaux a été envoyée pour observations à toutes les institutions de l’Etat, de la classe politique, du secteur privé, de la société civile et aux organisations internationales représentées en Côte d’Ivoire. La deuxième version du document de synthèse, prenant en compte les différentes observations et propositions, a fait l’objet de deux séminaires de validation. Il a été ensuite distribué à tous les participants pendant les assises. L’approche pragmatique retenue pour les travaux en ateliers et en séances plénières était fondée sur le triptyque d’identification des problèmes, d’atouts pour les résoudre et de propositions concrètes.

Les Journées de Consensus National ont regroupé au total 402 participants, dont :
- 368 délégués représentant 80 institutions et organisations nationales;
- 34 délégués représentant 19 pays et 12 organisations internationales.

Pour les pays : Afrique du Sud, Benin, Burkina Faso, Cap Vert, Ethiopie, France, Ghana, Guinée, Libéria, Madagascar, Mali, Mauritanie, Niger, République Démocratique du Congo, République Centrafricaine, Sénégal, Soudan, Tchad et Zimbabwe.

Pour les organisations internationales : Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement (CCFD) ; Electoral Institute of Southern Africa (EISA); Environnement et Développement de l’Afrique (ENDA Tiers-Monde) ; Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme (FIDH) ; Forum des Organisations de la Société Civile de l’Afrique de l’Ouest (FOSCAO) ; Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) ; Open Society Institute of West Africa (OSIWA); Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) ; Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) ; Union Africaine (UA) ; Union Interafricaine des Droits de l’Homme (UIDH) ; Réseau des Plates formes d’ONG d’Afrique Occidentale et Centrale (REPAOC).

La CSCI a été honorée aux cérémonies d’ouverture et de clôture par la présence de représentants du Président de la République, de certains membres du Gouvernement, des institutions nationales et de leaders de partis politiques. Elle a également enregistré avec fierté la présence des Représentants du Secrétaire Général de l’ONU, du Système des Nations Unies en Côte d’Ivoire, de l’Union Européenne, de l’Union Africaine, du Directeur Général du Fonds Monétaire International (FMI) en visite en Côte d’Ivoire et de plusieurs membres du corps diplomatique accrédité en Côte d’Ivoire.
Il est heureux de signaler que les travaux en ateliers et en séances plénières se sont déroulés dans un excellent esprit de convivialité, de tolérance et de compréhension qui a permis l’obtention de résultats par consensus ; aucun vote n’ayant été nécessaire pour adopter les réponses aux questions difficiles. En effet, certains points ont fait l’objet de débats particuliers par leur intérêt et la force des argumentations.
En tout état de cause, les résolutions et recommandations visent à créer des formes de collaboration nouvelles entre l’Etat, la classe politique, le secteur privé et la société civile en vue de promouvoir une dynamique démocratique et une meilleure participation de tous les citoyens au développement national à l’effet de hisser la Côte d’Ivoire au stade de pays émergent d’ici à 2025 et industrialisé à l’horizon 2040.
Au terme de ces assises, il a été enregistré plus de deux cents (200) recommandations et résolutions, résumées en cinquante (50) par souci d’efficacité méthodologique.

3-2- Les recommandations des JCN
Les 35 recommandations des JCN sont les suivantes :

3-2.1- Au titre des solutions de sortie de crise
1. Accélérer la mise en place du mécanisme de veille stratégique national.
2. Assumer son héritage de terre de rencontre tout en maîtrisant l’immigration et en cultivant chez le citoyen l’esprit d’appartenance à une nation forte.
3. Créer un Conseil National de Sortie de Crise comprenant des représentants de l’Etat, de la classe politique, du secteur privé et de la société civile pour la prise en mains du dossier de sortie de crise (désarmement, réunification du pays, redéploiement de l’administration, processus électoral, modalités de dédommagement des victimes, repentance, justice et réconciliation …).

3-2-2- Au titre de la démocratie, de la gouvernance et de la stabilité politique
4. Faire adopter une loi régissant les organisations de la société civile.
5. Réviser la constitution en vue d’établir un équilibre d’une part entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire et, d’autre part, entre la classe politique et le société civile, en vue de renforcer la démocratie et la cohésion sociale au plus tard en 2012.
6. Instituer des mécanismes d’approbation, par le Parlement, des transactions sur une partie du patrimoine national (privatisations, contrats de concessions…), des nominations aux hautes fonctions de l’Etat et de la composition du gouvernement dont l’effectif ne devrait pas excéder 25 membres (ministères et secrétariats d’Etat confondus).
7. Adopter des réformes efficaces afin de porter chacun des indicateurs de bonne gouvernance (Etat de droit, efficacité gouvernementale, satisfaction des usagers de l’administration, contrôle de la corruption, niveau de participation des populations aux actions de développement…) à 75% durant la prochaine décennie et à 90% la décennie suivante.
8. Ramener les dépenses publiques improductives et les avances de trésorerie respectivement à moins de 3% et 1% du budget de l’Etat de l’année en cours, et les dépenses de souveraineté du Président de la République et du Premier Ministre réunies, à moins de 1% du budget exécuté l’exercice précédent;
9. Adopter des lois de réformes, à l’issue d’audits, des forces de défense et de sécurité, de la justice, des concours administratifs, du fonctionnement de l’administration générale, de l’école (publique et privée) et des filières agricoles et minières.
10. Demander aux institutions de la République, à l’Administration, à la classe politique, au secteur privé et &agra

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