La réponse de Monsieur Konan Venance au Professeur Mamadou Koulibaly

Je crois que je finirai bien par aimer les Refondateurs. Des gens qui sont capables de soutenir une chose et son contraire en même temps, de critiquer une chose tout en la pratiquant, méritent parfois qu’on leur tire le chapeau.

Ainsi, ils nous disent que notre bon chef nous a délivrés des griffes de la France, à qui le pouvoir précédent avait cédé toute notre économie. Et voici que ce grand libérateur n’a pas trouvé mieux que de céder tous les travaux qu’il réalise à des entreprises françaises. Le troisième pont, le quatrième, les palais, l’hôtel Ivoire, le terminal à conteneur, tout. C’est d’ailleurs pour s’être opposé aux conditions scandaleuses dans lesquelles ce terminal à conteneur a été cédé, que Patrick Achi est devenu persona non grata au gouvernement. Il en a été de même pour l’accord de Linas-Marcoussis. Mamadou Koulibaly, vice-président du FPI et président de notre Assemblée nationale n’a pas cessé, jusqu’à ce jour, de dénoncer cet accord, oubliant qu’il a été signé par le président de son parti, et que le chef de l’Etat avait solennellement demandé aux Ivoiriens de l’appliquer.

Tiens, à propos de Mamadou Koulibaly. Il fait circuler en ce moment sur internet certains articles que j’avais écrits il y a une quinzaine d’années. Il me reproche d’avoir soutenu une idéologie qui a amené la guerre en Côte d’Ivoire, et de me renier aujourd’hui. Tout en le remerciant de contribuer à la diffusion de mes pensées, je trouve cependant dommage qu’il n’ait pas inclus dans ces textes deux de mes écrits que je trouve très intéressants. Le premier, intitulé « la passion et la raison » avait été publié dans Fraternité Matin du 12 août 2004 et se trouve à la page 219 de mon livre « Nègreries », qu’il cite abondamment. J’écrivais ceci dans ce texte : « Pendant des années, ceux qui soutenaient M. Bédié avaient tenté de démontrer que M. Ouattara n’était pas Ivoirien, mais Burkinabé. Nous étions de ceux-là. Les personnes lucides nous expliquaient que M. Bédié n’avait pas besoin de passer par cet artifice pour battre M. Ouattara, mais c’était parler à des murs. Nous étions emportés par notre passion. » Il y en a un autre que j’ai intitulé « adresse aux militants du FPI » que j’ai publié dans Le Nouveau Réveil du 1er octobre 2007, et que j’ai repris dans mon dernier livre, « Ngo n’di ou palabres », à la page 49. J’y écrivais ceci : « Je sais camarade, qu’il n’est pas facile de reconnaître qu’on s’est trompé. Mais le reconnaître n’est pas se renier. Moi-même, au temps où Bédié était au pouvoir, où je croyais qu’il était la seconde chance du pays, j’écrivais pire que pendre sur le RDR, son président, et tous ceux qui se réclamaient d’eux. Je me suis senti mieux le jour où j’ai reconnu que je me trompais et que je défendais une cause indéfendable qui conduisait mon pays dans le mur. »

Mamadou Koulibaly dit que j’ai soutenu l’ivoirité, que j’ai traité M. Ouattara d’étranger ? Oui, je l’ai fait. Donc quoi ? Il n’y a pas très longtemps, Mamadou Koulibaly avait dit à un meeting à Koumassi : « A l’indépendance, Houphouët a identifié le problème. Il a proposé la double nationalité. Les députés d’ici ont refusé et Houphouët n’a rien dit. Il a laissé la situation comme cela. Ce problème nous a rattrapés aujourd’hui. Va-t-on laisser cette situation perdurer et la léguer à nos enfants ? Et dans dix ans, ils vont continuer les palabres. Est-ce que pour construire ce pays, il n’est pas bon qu’on s’asseye et qu’on dise que si Mamadou est à Béoumi, sa maison, sa femme et ses enfants sont à Béoumi, peut-être même qu’il a épousé une femme de là-bas, on ne peut pas le chasser, on ne peut pas le tuer, est-ce que ce n’est pas mieux qu’on dise que comme son nom est sur la liste et qu’il veut voter, il n’a qu’à prendre ? … C’est important d’aller aux élections, mais la coexistence pacifique entre les populations est également importante.

Dans ce débat, celui-là est ivoirien et l’autre ne l’est pas, on ne s’en sortira pas…Si j’ai un conseil à donner, c’est de vous demander d’amener nos hommes politiques à résoudre ce problème au mieux des intérêts du peuple de Côte d’Ivoire. Si on veut résoudre ce problème par des tactiques politiciennes, par des jeux d’intérêt, on risque de proposer des solutions qui ne seront pas des solutions optimales. Cela va résoudre des problèmes immédiats, tout de suite, mais à la longue, ça va nous conduire à la guerre. Comme on a choisi rapidement la solution en 2000, cela nous a envoyé la guerre. » Je l’avais félicité dans ces colonnes pour ces propos.

Mais quel est le parti qui cherche, par des tactiques politiciennes, à exclure des milliers de personnes des listes électorales et de la nationalité ivoirienne ? C’est le parti dont Mamadou Koulibaly est le vice-président. Et, à votre avis, qui, d’entre les Kipré, Konan ou Koulibaly risque le plus de se voir contester la nationalité ivoirienne par le parti de Mamadou Koulibaly ? Alors, pourquoi continue-t-il de militer dans un parti qui l’exclut, lui ? Masochisme ? Manque de courage ? Schizophrénie ? Entre celui qui dit « j’ai pris une mauvaise voie, je rebrousse chemin », et celui qui dit « je sais que je suis sur une mauvaise voie, mais j’y reste », lequel est à blâmer ? « L’erreur est humaine, mais le propre de l’homme est de savoir la reconnaître. Et persévérer dans l’erreur est diabolique », dit-on. Koulibaly sait que son parti est en train de nous conduire vers la guerre. Et c’est celui qui dénonce ce parti qu’il blâme.

Sacré Koulibaly ! Moi, j’ai tiré les leçons de l’histoire récente de mon pays. Celui qui ne tire pas de leçon de son histoire se condamne à la revivre. Et le FPI de Mamadou Koulibaly est en train de nous condamner à revivre la guerre.

Venance Konan email : venancekonan@yahoo.fr

Le Journal de Connectionivoirienne.net

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