La mise en marche de l’appareil sécuritaire, défi majeur pour le nouveau régime

Xinhua -

Près de 50 jours après sa prise du pouvoir en Côte d’Ivoire suite à la capture le 11 avril de son rival Laurent Gbagbo, le nouveau président ivoirien Alassane Ouattara est toujours confronté à l’épineuse question sécuritaire, un des défis majeurs pour son régime et la condition sine qua non pour la reconstruction nationale.

A Abidjan, la capitale économique ivoirienne comme partout ailleurs sur le territoire national, il est très rare de croiser des agents de police ou des gendarmes en fonction pour le maintien de l’ordre, la protection des biens et des personnes.

LA DIFFICILE PACIFICATION

« La vie reprend peu à peu son cours normal après la guerre, mais on a encore peur à cause de tous ces hommes armés qui circulent dans la ville, on ne sait pas qui est qui et qui fait quoi, qui est militaire ou non », déplore Mélanie Assié, une coiffeuse de Yopougon.

De fait, dans les commissariats et les camps militaires ne sont visibles que les éléments des Forces républicaines de sécurité (FRCI, pro-Ouattara).

De même, dans les rues, ils ne passent pas inaperçus, en treillis ou dans des tenues bigarrées, à pieds ou dans des véhicules arrachés à leur propriétaire, kalachnikov au poing ou en bandoulière.

« J’ai toujours peur quand je les rencontre », affirme Mme Rose Guéï, une fonctionnaire, qui pense que « même si la sécurité revient progressivement, il y a encore des exactions, des pillages ».

« Il faut que les commissariats reprennent du service pour que les choses redeviennent normales », estime-t-elle.

Malgré l’appel des nouvelles autorités, la majorité des policiers et gendarmes qui ont pris la clé des champs lors de l’offensive des FRCI n’ont pas encore repris le travail, laissant le terrain libre aux milliers de bandits évadés des prisons ainsi qu’aux nombreux jeunes qui ont rejoint le mouvement pour voler, se livrer à des pillages systématiques de domiciles, à des représailles ou au racket.

« Sous prétexte de rechercher des armes, ces éléments entrent dans des maisons suspectées d’être habitées par des miliciens (partisans de Laurent Gbagbo), volent et n’hésitent parfois pas à tuer », dénonce Adrien Gnahoré, un étudiant habitant Yopougon.

« Même dans les rues, les règlements de compte continuent, les exactions contre les partisans de Laurent Gbagbo se poursuivent », ajoute-t-il amer.

Du côté du gouvernement, on se veut rassurant. « La sécurité est bonne par rapport à il y a trois semaines où on dénombrait des centaines de pillages de magasins, de domiciles et de vols de voitures par jour », affirme le ministre de l’Intérieur, Hamed Bakayoko.

« Les FRCI vont rentrer dans les casernes pour laisser la place aux policiers et aux gendarmes », indique-t-il, soulignant que « l’opération pourrait durer trois à six mois, certains policiers et gendarmes ayant été agressés ont peur d’aller dans les commissariats et brigades tenus par les FRCI ».

« Il faut qu’on retrouve la légalité des choses, le processus de repli dans les casernes doit avancer pour que tout le monde puisse vaquer à ses occupations », soutient Armel Kodjo, enseignant.

L’encasernement des combattants doit déboucher sur la formation de la nouvelle armée, un travail titanesque pour le pouvoir d’Alassane qui doit réunifier les « vaincus » et les « vainqueurs », respectivement 50 000 ex-Forces de défense et de sécurité (FDS, pro-Gbagbo) et 10 000 ex-rebelles du nord auxquels sont venus s’ajouter des milliers de jeunes partisans de M. Ouattara et de miliciens favorables à son rival.

Pour bon nombre d’observateurs, la sécurité devrait permettre de remettre l’économie sur les rails et de reconstruire le pays mis à mal par cinq mois d’impasse politique et deux semaines de guerre dans la capitale économique.

ECONOMIE ET COHESION NATIONALES A RECONSTRUIRE

L’économiste Alassane Ouattara, ancien directeur général adjoint du FMI, est attendu pour donner un nouveau souffle à l’économie ivoirienne.

Les entreprises privées ont été toutes pillées et le patronat évalue les dégâts à plus de 1 000 milliards de franc CFA (2 milliards de dollars).

Le gouvernement a déjà annoncé le déblocage de six milliards de franc CFA (12 millions de dollars) pour permettre aux entreprises de reprendre leurs activités et embaucher le maximum de jeunes diplômés.

« Il doit aussi faire de la redistribution des richesses une réalité qui permettrait d’atténuer les inégalités sociales », estime un analyste.

Mais plus que tout, le président Ouattara doit réussir à réconcilier les Ivoiriens, une tâche qu’il considère comme « la première des priorités ».

M. Ouattara a mis en place une Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation qui « va contribuer à panser les plaies et permettre à tous les Ivoiriens de revivre ensemble en regardant dans la même direction ».

Le principal défi du président Ouattara « démocratiquement élu mais militairement installé » sera de raffermir la cohésion sociale éprouvée par plus de 10 ans de crise militaro-politique à relent ethnique.

« Il ne faudrait pas remplacer une politique tribale par une autre », conseille un autre analyste qui appelle à « réunir tous les Ivoiriens » dans le gouvernement d’union nationale annoncé par le président Ouattara.

UNE AUTRE CRISE INSTITUTIONNELLE N’EST PAS A EXCLURE

Un échec de la réconciliation nationale ou la « guerre de succession » à M. Ouattara pourrait ouvrir le champ à une autre crise institutionnelle, prévient un politologue.

« Si elle venait à prendre une forme militaro-civile, il est à craindre que le déchaînement de violence ait des conséquences bien plus graves que les précédentes », ajoute-t-il expliquant que « malgré les apparences, la configuration politique actuelle du pays est propice à l’éclosion des ambitions personnelles ».

Selon lui, seule une trêve politique de 10 ans peut garantir la stabilité du pays.

« Pour relever le défi de la démocratie, il est impératif qu’Alassane Ouattara mène son quinquennat à terme, mieux, qu’il réédite l’exploit d’une élection démocratique », soutient le politologue.

« Ainsi, il pourra achever son œuvre et ouvrir le bal des transitions démocratiques en Côte d’Ivoire », souligne-t-il.

PUBLIÉ PAR CONNECTIONIVOIRIENNE.NET LA RÉDACTION · 3 JUIN, 2011

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