La Côte-d’ivoire victime de sa culture politique

La scène politique ivoirienne vibre actuellement à l’unisson de l’actualité courante et même les esprits avertis auraient assez de mal à trouver une explication non seulement objective mais tant soi peu tranquillisante. Même si ce qu’on appela banalement le gbagban s’est relativement calmé, force est de constater qu’il continue sous diverses formes ; car ce qui importe en la matière, ce n’est pas l’expression matérielle du phénomène, mais plutôt l’esprit qu’il camoufle et qui est son principal véhicule. Le gbangban des kalach s’est tu, mais celui des sources de conflits bat son plein.

La fièvre du 12°congrès du PDCI dévoile au grand jour l’immaturité démocratique de ce vieux parti et malgré l’hypocrite fair-play de ses dirigeants, il faut dire avec courage que le spectacle qu’ils offrent à la nation et à l’opinion internationale n’est point un bon diagnostic pour la Côte-d’Ivoire actuelle. Le parti de feu Houphouët, censé être le berceau de la conscience politique nationale se dévoile incapable de donner ne serait-ce qu’une leçon de respect des textes en vigueur. Malgré leur antagonisme, au sein de ce parti, tous les responsables ne réussissent plus à cacher que les textes y ont toujours été contournés. Etait-ce cela aussi une expression de l’houphouétisme ? Cesse-t-on d’être houphouétiste si on opte désormais pour l’abandon des coutumes qui ne répondent plus aux réalités actuelles ? Toute tentation de rupture serait alors « pédécéiquement » incorrecte ?

La libération à compte-goutte des prisonniers politiques redonne au FPI du souffle nouveau et de l’espérance. Quoi de plus normal et de plus naturel ? Pour eux, c’est une nouvelle aurore. L’apothéose, ce sera le retour triomphal de l’ex président Gbagbo Laurent. Il faut qu’il soit libéré. L’homme n’est plus tellement jeune et sa maman, très vieille est encore vivante.

Le coût de la vie galope, donc le panier de la ménagère du bas peuple devient de plus en plus vide, et le bétail électoral de plus en plus affamé. Le premier ministre proclame que les retombées de la croissance seront effectives en 2014. Economiquement correct. Mais pendant ce temps ?

Le président de la République travaille, ouvre de nouveaux chantiers tous les jours, voyage pour chercher et attirer les capitaux et investisseurs intéressés. Puisqu’il est candidat à sa propre succession, il n’oublie pas qu’il aura un bilan à défendre et des alliances à curer, voire à bercer. Mais il aura aussi à défendre son projet de société, le « VIVRE ENSEMBLE ». Là il ne s’agit plus de réalisations matérielles. La question est plus délicate, plus spirituelle, immatérielle, psychologique. Car la convivialité ne dépend pas que du matériel. Le plaisir de vivre ensemble se nourrit de beaucoup d’autres choses.

Au-delà de tout ce décor, la toile de fond est grise. Les calculs électoralistes dans tous les cas d’espèce entrevoient toute sorte d’amalgames, mais en même temps légitiment des exclusions, portant ainsi le discours politique sur des terrains peu politiques. Si le discours politique par excellence est devenu illogique, chez nous, il frise l’absurde. C’est notre discours et il ne peut que refléter nos mentalités, filles de notre culture politique.

C’est nous qui, pendant que nous luttons pour nous affranchir du passé, nous éprouvons du mal à regarder devant. Nous regardons toujours derrière, parce que nous croyons aux destins exceptionnels, aux hommes providentiels, aux oints de Dieux. Tous les ivoiriens voudraient faire revivre Houphouët. Au PDCI on considère que Bédié, c’est Noé qui sauve du déluge. Au FPI, c’est Gbagbo ou rien. Beaucoup de faux serviteurs de Dieu concordent aussi dans ce sens.

L’absurde, chez nous, c’est que nous considérons nos leaders politiques comme des élus de Dieu mais nous ignorons que Dieu ne soutient jamais de leader qui ne soit pas une source de bénédiction pour son peuple. Le livre des Rois est là pour le confirmer dans la Bible. C’est pour n’avoir pas encore compris cela que nous nous battons, violons les lois, tuons et nous faisons tuer pour des causes qui n’en valent pas la peine. Le jour que nous le comprendrons, nous amorcerons un véritable décollage vers le progrès. Cela nécessite volonté et courage.

Christian Félix TAPE

Article publié le: 06 Septembre 2013 ; Source: Lebanco.net

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