La Côte d'Ivoire, nouveau terrain de jeu de l'extrême droite française ?

La crise en Côte-d’Ivoire qui oppose Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, n’a pas que des enjeux africains. La partie se joue aussi en France où la communauté ivoirienne est importante et où les partisans des deux camps font monter la tension.

Explicaition rapide. M. Gbagbo refuse de céder le pouvoir après le second tour de l’élection présidentielle du 28 novembre 2010, qui a vu la victoire d’Alassane Ouattara selon des résultats reconnus par la communauté internationale. Depuis, le pays est au bord de l’embrasement.

La situation est compliquée. Laurent Gbagbo et son parti le Front populaire ivoirien appartiennent à l’Internationale socialiste (IS), tout comme le PS français. L’IS a cependant pris ses distances avec M. Gbagbo.

Ainsi, dans le personnel politique, Henri Emmanuelli, tenant de l’aile gauche du PS,soutient ouvertement M. Gbagbo. Il est presque seul à le faire, mis à part… les Le Pen père et fille qui ont publiquement apporté leur soutien au président sortant. Ainsi, Marine Le Pen a déclaré lors du Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro du 19 décembre qu “il y a eu des contestations. Ces contestations n’ont pas fait l’objet d’une instruction de la part des instances internationales qui ont décidé quelques heures après la fin de l’élection que l’élection devait être entérinée. Je pense que ça aurait mérité à tout le moins un examen”.

Le lendemain, Jean-Marie Le Pen attaquait la gestion française de la crise en Côte-d’Ivoire et les déclarations de Nicolas Sarkozy: “On ne donne pas de leçon de démocratie quand on a bafoué cyniquement la volonté du peuple français exprimée dans le référendum sur l’Europe”. Lors de ses voeux à la presse le 6 janvier, M. Le Pen a “condamné sans réserve la position du président Sarkozy dans la crise ivoirienne”, estimant que sa “politique est celle de Gribouille”.

“Nous sommes en Côte d’Ivoire devant deux légitimités contradictoires, condition suffisante pour une guerre civile. Celle de Ouattara, assise sur la commission électorale de l’ONU qui a proclamé élu son candidat sans même prendre acte des réserves exprimées sur la sincérité du scrutin dans le Nord. Celle du Président sortant Gbagbo, assise sur la décision d’un Conseil Constitutionnel qui n’est ni plus ni moins indépendant que le nôtre”,a ajouté Jean-Marie Le Pen.

GUD

Surtout, derrière M. Gbagbo se profilent certains réseaux de l’extrême droite française. Comme Bernard Houdin. “Conseiller spécial” de Laurent Gbagbo “chargé de l’environnement et la salubrité”, c’est lui qui représente le président sortant en France. C’est aussi l’ancien dirigeant du GUD au début des années 1970 où il s’est fait remarquer dans ses bagarres avec les étudiants d’extrême gauche (Voir le chapitre 3 des Rats Maudits, publié aux Editions des Monts d’Arrée).

Autre soutien de Laurent Gbagbo, Marcel Ceccaldi. “Conseiller de plusieurs chefs d’état africains” selon Rue 89, M. Ceccaldi a longtemps été proche de M. Le Pen avant de s’en éloigner. Il a été conseiller juridique du Front national.
Les deux autres soutiens médiatiques de Laurent Gbagbo, Me Jacques Vergès et Roland Dumas, ont aussi des liens plus ou moins distendus avec l’extrême droite. Jacques Vergès, ancien avocat de Klaus Barbie et de Slobodan Milosevic, était, entre autres, un ami du banquier suisse néonazi François Genoud.

Roland Dumas,-ancien ministre des affaires étangères de François Mitterrand et ancien résistant- lui, est de plus en plus visible aux côtés de certains militants d’extrême droite. On l’a vu aux côtés de Bruno Gollnisch, Jean-Michel Dubois, Alain Soral et Dieudonné, dans les coulisses du spectacle du fantaisiste en 2008. Plus récemment, il a “recommandé” Louis Aliot , ancien secrétaire général du FN et proche de Marine Le Pen, pour le barreau. Selon Libération du 7 janvier, c’est Marcel Ceccaldi qui a “contacté” et a “persuadé” M. Dumas de venir en Côte-d’Ivoire.

Dans le numéro du 5 janvier de  Minute, est aussi évoqué le cas de Samuel Maréchal. Ancien président du FNJ, ancien mari de Yann Le Pen et père de Marion Le Pen, M. Maréchal est remarié “avec une arrière petite-nièce de Felix Houphouët-Boigny”. Selon l’hebdomadaire d’extrême droite, M. Maréchal “s’est spécialisé dans le conseil aux entreprises ivoiriennes” et a “même procédé, fin 2007, à l’entrée en Bourse de Paris de la première entreprise à capitaux 100% ivoiriens.” Son entreprise “M & A finances” disposerait “de deux bureaux, l’un à Paris, l’autre à Abidjian”.

Le monde.fr, 07 janvier 2011

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