L'Houphouétiste de la dernière heure

Venance Konan email : venancekonan@yahoo.fr
In L’Inter

Ils étaient sympas, les amis qui se sont récemment réunis dans le village du vieil homme. La bouche en cul de poule, ils ont proclamé leur amour pour le grand homme, leur fidélité à ses idéaux, leur ardent désir de poursuivre son action, de consolider la paix et patati, et patata. Et surtout leur besoin de voir élu leur idole, c’est-à-dire moi. Eh oui ! Ils sont donc tous venus. Il y avait celui qui change de veste plus vite que son ombre, ses affidés, le grand Actionnaire, le frère de l’autre, le plus fidèle des compagnons du vieil homme, celui avec qui on le vit durant 33 ans. Il faut utiliser tous les symboles qu’on peut. A défaut du grand frère, qui tient à rester chez les autres (il n’a même pas voulu travailler avec moi, vous vous rendez compte ?) il faut se contenter du petit frère. Comme il a une équipe de football, qui sait s’ils ne viendront pas tous derrière moi ? Une voix est une voix. L’idole que je suis vint donc, et proclama qu’elle était la copie conforme du vieil homme. Vous avez vu non ? Je m’habille comme lui, je porte les mêmes lunettes que lui, je dors dans les maisons qu’il a construites, sa femme est ma grande amie, vous voulez quoi encore pour savoir que lui, c’est comme moi et vice versa ? Qui lui ressemble plus que moi ? Le gros ? Celui dont le certificat de nationalité n’a qu’une validité de trois mois ? Non, c’est moi, et moi seul qui lui ressemble. Souvenez-vous de ce que je vous avais raconté une fois.

Il m’avait dit « tu me ressembles, hélas ! » Je ne sais d’ailleurs pas pourquoi il a ajouté « hélas », mais c’est le début de la phrase qui compte. Vous ne le savez peut-être pas, mais les temps sont durs. Alors on ne va pas pinailler sur un dernier reniement. Bien sûr, j’en entends qui disent que je l’ai insulté, que j’ai déjà dit que lui et moi c’était chien et chat, qu’il m’avait mis en prison, que je ne l’aimais pas à cause de ça, mais que voulez-vous ? Les camarades, ceux du clan, ces enfoirés, ont oublié d’aller s’inscrire sur les listes. C’est vrai qu’on leur avait dit de traquer tous les porteurs de boubou venus de l’autre côté qui tenteraient de voler notre belle nationalité. Mais ils sont tellement idiots qu’ils n’ont pas pensé qu’il fallait qu’ils commencent par s’inscrire eux-mêmes d’abord. Maintenant on est bien embêté. Pendant qu’on se bat contre leur liste qui ne nous arrange pas, il faut donc aller pêcher les voix où l’on peut. Et il faut prendre l’habit qu’il faut. Et là-bas, chez le vieil homme, ils ne sont pas compliqués. Idéologie, conviction, fidélité, dignité, tout ça, ils ne connaissent pas. Comme ils se détestent tous entre eux, il suffit de faire manger quelques uns et ils te suivent comme des chiens. Tu peux les insulter après, faire tirer sur eux, piquer tous les sous de leurs paysans, piétiner tous leurs symboles, ils s’en foutent. Des vrais couillons ! Donc, gare à celui qui ne me reconnaitra pas comme le plus fidèle des disciples du vieil homme et le plus ressemblant de tous ses fils, vrais et faux. Vous-mêmes, vous voyez que je suis en train de terminer ce qu’il a commencé. Comme on ne peut pas tout faire à la fois, je ne peux pas en même temps m’occuper de ce qu’il a laissé. Les rues dégradées, son palais et ses grandes écoles abandonnés, on verra tout ça après. Donnez-moi vos voix d’abord. Je vous aime, gens de chez le vieil homme ! Vous avez vu la chinoiserie que je vous ai offerte pour que vos représentants puissent aller reposer leurs augustes corps, même s’ils ne servent pas à grand’chose ? Ce n’est pas beau ? Non ? Ah bon ? Moi, ça me plaît pourtant. Et vous trouvez que ça ne sert à rien ? Ecoutez, vous n’allez quand même pas jouer aux difficiles ! Vous vous y habituerez. Vous ne saviez pas que le béton était noble ? Celui à qui je ressemble, lui, préférait le marbre. Moi, le béton me suffit. Lui, il est né dans l’or, moi, euh… Bon, quoi d’autre ? Les grandes écoles ? Le lycée scientifique ? Vous allez arrêter de me casser les pieds avec cette histoire ? Il commence à me gonfler à la fin, ce chroniqueur tribaliste, aigri, haineux, de surcroît agent de la France, avec ses histoires d’école. Que me veut-il ? Il commence sérieusement à me taper sur le système. Il a la chance que je sois devenu houphouétiste, malgré moi, je le concède, et que mon bon petit, celui du clan, ait en ce moment ce gros boulet onusien au pied. Mais il ne faut pas me pousser à bout. Il doit savoir que le naturel, on a beau le chasser pour cause électorale, il revient très vite au galop. Surtout que maintenant, il dispose d’une Mercedes Maybach. Quant à vous autres, vous qui l’écoutez, soyez réalistes une fois dans votre vie tout de même ! A quoi sert l’école quand les diplômes sont vendus ? Est-ce que tous ceux qui sont dans ma police vous ont dit qu’ils sont allés à l’école ? Est-ce que tous ceux qui sortent de mon ENA vous ont dit qu’ils ont passé des concours ? Est-ce que ça les empêche d’être policiers, administrateurs, douaniers, sous-préfets, magistrats ?

Alors ! Au lieu de gaspiller de l’argent dans des écoles qui ne vous apporteront rien, allez dans les Sorbonne, Agoras et Parlements que j’ai créés pour vous, et vous aurez gratuitement votre diplôme de jeune patriote. Prévoyez quand même quelques billets pour mon bon petit et ses camarades. Avec ça, vous passerez tous les concours que vous voudrez pour tous les boulots que je vous ai réservés. Maintenant, si vous voulez de vrais diplômes pour je ne sais d’ailleurs quel travail, vous n’avez qu’à faire comme nous. Envoyez vos enfants à l’étranger. Le Ghana n’est pas loin, pour les plus fauchés d’entre vous. La France a dit qu’elle cherche les meilleurs cerveaux de chez nous. Ils auront du travail là-bas.

avril 22, 2010

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site