L’Apo, trois ans après

 Dans la capitale du Burkina Faso, le 4 mars 2007, les deux parties ivoiriennes en conflit se rendaient compte de la limite des armes. A défaut d’une victoire militaire que chacun souhaitait et voulait par tous les moyens, la solution négociée, et une sortie politique du bourbier faisait l’affaire du chef de l’Etat Laurent Gbagbo et du patron des ex-rebelles des Forces nouvelles, Soro Guillaume. L’un et l’autre tenait là, la possibilité d’une sortie honorable de la guerre. Et, comme en politique, jamais n’est jamais de mise, les deux ex- belligérants ivoiriens, par la signature de l’Accord politique de Ouagadougou, Apo, s’ouvraient des perspectives nouvelles dans le destin du pays. Les Ivoiriens, passé le moment de doute et de scepticisme, ont observé des avancées notables avec ce dernier né des multiples accords de sortie de crise dans leur chère Côte d’Ivoire depuis le 19 septembre 2002, date du déclenchement des hostilités entre le Mouvement patriotique ivoirien, Mpci, colonne vertébrale de la rébellion armée et le gouvernement issu du Front populaire ivoirien, Fpi.
Les audiences foraines sur lesquelles le gouvernement précédant du banquier Charles Konan Banny a buté ont pu être menées à bien. Malgré des perturbations importantes. Dans la partie Centre, Nord et Ouest du pays tenue par les ex-rebelles, les services publics de base, santé, école se sont réinstallés. Les banques et l’administration centrale ont fait un retour remarqué, offrant aux populations durement éprouvées, un bol d’oxygène non négligeable. La matérialisation de la partition du pays par la ligne de confiance, en réalité ligne de défiance, entre les forces de défense et de sécurité gouvernementales, et les forces armées des Forces nouvelles de la rébellion, a disparu. Un flux de populations sur l’ensemble du territoire dans tous les sens est le signe palpable d’une certaine liberté de mouvement dans laquelle les partis politiques, tous bords confondus, et la société civile se sont engouffrés. Donnant au pays, en ces trois dernières années, le sentiment d’être dans une campagne électorale sans fin. Les percées en termes de normalisation visibles, l’Apo en a dans son escarcelle. Et c’est tout à son honneur. Un accord qui a « africanisé » ces devanciers vécus comme des camisoles de force imposées de l’extérieur par les nationalistes ivoiriens ne pouvait pas se payer le luxe de ne rien porter de positif à son bilan. En effet, le jardin des acquis, ne peut masquer la cour des ratés et des déceptions. Le 4 mars 2010, trois ans, jour pour jour, après la naissance officielle de l’Apo, les Ivoiriens se réjouissaient de la formation d’un nouveau gouvernement au complet. Un gouvernement formé aux forceps par le Premier ministre Soro Guillaume suite à une grave crise entre le chef de l’Etat Laurent Gbagbo et l’opposition incarnée par le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix, le Rhdp. Au niveau politique, le gentleman agreement de la capitale du pays des Hommes intègres n’a pas pu jusque là ramener la sérénité et la confiance.

Des questions légitimes
De sorte que les marches accomplies, et les étapes franchies restent fragiles et précaires. La preuve, les listes électorales établies en trois volets, la sûre, la douteuse et la rejetée, est en plein dans la contestation. Il y a une forte volonté du camp du chef de l’Etat de tout remettre en cause. Et de revenir à la case départ. La conduite du processus de sortie de crise dans son ensemble qui paraissait se réaliser dans un cadre consensuel, en témoigne notamment l’existence du Cadre permanent de concertation, Cpc, est désormais dans un flou artistique. Laurent Gbagbo manœuvre pour s’arroger les pleins pouvoirs et agir en chef d’Etat légitime. Lui qui est maintenu en place par des arrangements politiques après la fin légale de son mandat en octobre 2005. C’est dans cette logique qu’il a dissout le gouvernement et la Commission électorale indépendante, le 12 février, de façon cavalière et unilatérale. Un acte qui a plongé le pays dans des violences inouïes. Initialement signé pour organiser des élections libres et transparentes dans un délai de dix mois, l’Apo a donc soufflé sa troisième bougie. Trente six mois de vie, sans que personne ne puisse raisonnablement entrevoir pour bientôt le bout du tunnel. Un accord essoufflé ? Faut-il le ranger au placard de l’histoire comme les autres ? Y a-t-il un espoir de sortie de crise effective avec cet accord ? Des questions légitimes ! Les réponses sont en grande partie aux mains du Premier ministre, le dépositaire et le maître d’œuvre de l’Accord politique de Ouagadougou. De la capacité de Soro Guillaume à négocier favorablement le virage critique du contentieux de la liste électorale et la fixation rapide de la date, cette fois de rigueur, du premier tour de la présidentielle, dépendent l’entrée de l’Apo dans l’histoire. Elle se fera par la porte ou par la fenêtre.
D. Al Seni ; lundi 8 mars 2010 - Par L'expression

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