En Côte d’Ivoire, la guerre économique du président élu Ouattara donne des résultats

                                                                                  

Le président reconnu par la communauté internationale a choisi d’assécher le régime du président sortant Laurent Gbagbo

La guerre économique lancée par Alassane Ouattara devient une réalité, mais elle est difficile à vivre pour les Ivoiriens. Depuis l’hôtel du golf où il est reclus, le président reconnu par la communauté internationale a choisi d’assécher le régime du président sortant Laurent Gbagbo, plutôt que de prendre le pouvoir par la force.

Il a décrété un embargo sur les exportations de cacao, en pleine récolte de la fève dont le pays est le premier exportateur mondial. Il a été soutenu par la décision européenne d’interdire aux sociétés européennes d’avoir des relations avec le port d’Abidjan.

Il a obtenu le départ du président de la banque centrale des États de l’ouest africain (BCEAO), favorable à son rival, pour bloquer les comptes ivoiriens et la compensation entre banques.

La BNP et Citibank suspendent leurs activités
« Les guichets des principales banques ferment. Les distributeurs automatiques ne sont pas réapprovisionnés. La pénurie d’essence est proche. Les salariés du public comme du privé se demandent comment ils seront payés à la fin du mois », raconte un habitant d’Abidjan. « Certains estiment que c’est à cause de Ouattara. L’hostilité monte aussi contre la France. »

Les succursales des banques sont en train de fermer. Lundi 14 février, la Bicici, filiale de BNP Paribas, a indiqué qu’elle suspendait « provisoirement » ses activités. La Citibank fait de même. La filiale ivoirienne de la Société générale devrait emboîter le pas.

« Il n’y a plus aucune sécurité juridique pour les banques. Afin de ne pas avoir à signer la procédure de compensation que le camp Gbagbo voulait mettre en place pour pallier à l’arrêt des relations avec la BCEAO, les dirigeants expatriés de la banque ont quitté la Côte d’Ivoire » livre un observateur étranger.

Depuis Dakar, la banque centrale a menacé de « sanctions » les banques opérant en Côte d’Ivoire qui travaillerait avec le camp du président sortant Laurent Gbagbo. Tous les règlements commerciaux se font en espèces. « Les gens sont terrorisés et essaient de conserver leurs liquidités le plus possible » livre l’habitant d’Abidjan.

Les fèves de cacaco stockées perdent du poids
Sur le front du cacao, le gel des exportations pour un mois, demandé le 24 janvier par Alassane Ouattara, est effectif. Il envisage de le prolonger. Les exportateurs américains, comme Cargill, semblent avoir prévu ce gel en achetant en grande quantité, en novembre, au début de la campagne.

Aujourd’hui, 300 000 tonnes sont stockées dans des entrepôts à Abidjan. Elles ont déjà fait l’objet de déclarations auprès des autorités portuaires et ont été réglées aux producteurs.

« Il y a quelques jours, le camp Gbagbo a fait le tour des entrepôts pour voir si les fèves étaient bien là. Il menace les exportateurs de saisir ces stocks et de leur faire payer une amende » assure un opérateur économique. « Les fèves de cacao peuvent se garder pendant deux mois sans se détériorer. Mais, elles perdent de leur poids, ce qui n’est pas neutre étant donné les cours élevés du cacao. »

Pénuries de produits de première nécessité
Au port d’Abidjan, l’embargo demandé par l’Union européenne produit aussi ses effets. Le trafic est très réduit. Certaines compagnies, comme l’armement danois Maersk, continuent à opérer, via sa filiale sud-africaine.

Quant à la société française Bolloré, qui exploite le terminal à conteneurs du port, « elle vient d’arrêter cette semaine la manipulation des conteneurs. Cela a été décidé à la suite de discussions longues et à très haut niveau à Paris, car cela est pénalisant pour l’entreprise » confie un responsable économique à Abidjan. Conséquence de cette baisse du trafic, les pièces de rechange, les biens de consommation courante importés commencent à manquer.

Depuis deux mois, le consommateur ivoirien observe des pénuries temporaires de produits de base, comme le sucre ou le riz. Les prix flambent et les légumes ne descendent plus du Nord du pays. Les Ivoiriens redoutent maintenant la pénurie d’essence. La société ivoirienne de raffinage (Sir), qui fait l’objet de sanctions européennes, n’aurait plus d’argent pour acheter du brut et ses stocks seraient au minimum.

Pierre COCHEZ
la-croix.com ; mercredi 16 février 2011

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