Du « Devoir de Mensonges », à la « société à irresponsabilités illimitées »

Introduction

Depuis le jeudi 3 juin 2010, toute la Côte d’Ivoire vit au rythme d’une contribution dont les effets risquent de marquer de façon indélébile la vie politique marquée depuis vingt ans par l’instabilité politique qui, a relégué le pays le plus significatif de la sous région ouest africaine en un pays quelconque. La question principale de la responsabilité de la classe politique devant l’opinion publique, celle-ci entraînant plusieurs autres selon le professeur Mamadou Koulibaly, président de l’Assemblée nationale, et 3ém vice-président du Front Populaire Ivoirien (FPI) et surtout la réaction que celle-ci a provoqué dans sa propre famille politique souligne bien les antagonismes internes. Mais bien au-delà des querelles de clochers, l’intellectuel s’interroge sur la part de responsabilité de l’opinion publique nationale qui cautionne depuis des années une classe politique qu’il juge incapable de régler les préoccupations des populations.
Notre démarche dans cette contribution s’appuiera pour une grande partie sur ce que nous avions dénoncé dans ‘’ Devoir de Mensonges, crise à l’ivoirienne, éd Nei- Ceda, octobre 2008’’. La classe politique est –elle capable de sortir le pays de la crise ? Cette question nous renvoie aux réactions au sein du parti au pouvoir et ses aphidés. Nous l’aborderons sur deux aspects. Les politiciens ivoiriens ont-ils définitivement opté pour le mensonge collectif ? Est-il possible de le leur faire payer chèrement ? Les leçons que nous tirerons nous conduiront certainement à poursuivre le débat partout où le besoin se fera sentir.

Faire le tri s’impose

« La crise à l’ivoirienne permettra –elle le renouvellement de sa classe politique, avec la ferme volonté de la nouvelle génération de repenser les questions essentielles de réduction de la pauvreté et surtout de sortir du grand chantier des falsifications des faits ? Faire le tri s’impose, au risque de voir le pays perdre sa responsabilité en dépit de tout (…) » in Devoir de Mensonges, crise à l’ivoirienne p. 15
Le président de l’Assemblée nationale reconnaît que la classe politique ivoirienne a dévoyé son rôle ‘’ La responsabilité de la classe politique est d’assumer la production des biens et des services publics en conformité avec les besoins des populations et aux profit de celle-ci. Mais cette classe politique a plutôt conduit à l’instabilité chronique avec sa litanie de maux : crises à répétition, coup d’Etat, rebellions armées, défaillance voir faillite de l’Etat, violence politique, corruption, trafic d’influences (…) ».

Il ne s’agit pas de montrer du doigt ce que tout le monde sait. La classe politique ivoirienne n’a pas de programme de gouvernement pour des populations confrontées à de véritables problèmes de survie. Tous les acteurs politiques se sont arrimés au pouvoir en place pour ramener le pays dans un monopartisme dont l’une des caractéristiques est la présence dans les différents gouvernements des ministres dont la mission essentielle est de thésauriser de grosses sommes d’argent. Des exemples concrets de compromissions ne manquent pas dans un système qui refuse de briser le réflexe de la politique politicienne. Depuis le rétablissement du multipartisme en avril 1990, le déchirement de la classe politique a conduit la Côte d’Ivoire dans un chaos extrêmement juteux pour les activistes de tous bords.

« L’image donnée depuis le déclenchement de la crise par ces deux jeunes gens, Guillaume Soro et Charles Blé Goudé est caractéristique de ce que connaît la jeunesse ivoirienne dans son ensemble. Une jeunesse nombreuse, déboussolée et en quête de modèles, qui voit dans la politique le seul moyen de s’enrichir et surtout de se socialiser. La raison est toute simple : l’absence d’une classe politique en Côte d’Ivoire qui donne à la jeunesse d’autres opportunités. C’est ainsi que tous les jeunes leaders politiques sont redevables à ceux qui gèrent au quotidien leurs besoins, du reste immenses (…) » in ‘’Devoir de Mensonges, crise à l’ivoirienne’’ p.117

L’orgasme de la pagaille

En effet, ce sont sur des jeunes captifs de la propagande que comptent des acteurs politiques pour maintenir le pays dans cet état de délabrement avancé. Les ambitions des différents groupes s’apparentent comme le reconnaît Mamadou Koulibaly « à un conglomérat de chasseurs de rentes ». Il y a ceux qui ont gagné le « jackpot » des parrainages, les seuls à bénéficier de façon cumulative les aides du souverain et dont le trafic d’influences montre malheureusement que la Côte d’Ivoire est plongée dans « l’orgasme de la pagaille ». Toute chose qu’il qualifie pudiquement de « quasi anarchie ».
Dans cette atmosphère de brutes où tous les coups sont permis, la question de la capacité de la classe politique de sortir le pays de la crise demeure à notre analyse moins importante que sa volonté à faire le pas qui le sauvera. « La crise à l’ivoirienne est révélatrice de la bataille pour le contrôle du pouvoir d’Etat dans un pays où les différents protagonistes se connaissent, s’adoubent et se haïssent en permanence (…) A la vérité, l’acceptation de l’alternance est une gageure (…) » in ‘’Devoir de Mensonges, crise à l’ivoirienne’’ p.233

Affi contre Koulibaly

Les réactions au sein du parti du président de l’Assemblée nationale confirment que la démocratie n’a jamais prévalu au sein des partis politiques qui admettent que la propagande est la seule clé de leur succès. Le politologue Jean Claude St Louis soutient : « Au palmarès des mensonges en politique, ceux portant sur l’unité du parti arrivent au premier rang. Tous les partis politiques font preuve à l’endroit d’un dissident qui s’exprime publiquement d’une intolérance digne des pires dictatures ».
C’est ainsi que la conférence donnée par Mamadou Koulibaly, député de Koumassi , président de l’Assemblée nationale, à l’invitation de la Convention de la société civile en Côte d’Ivoire est qualifiée par Pascal Affi N’Guessan, président du FPI et ancien premier ministre, de « one man show de Koulibaly ». Une expression qu’il aurait pu remplacer par « faire cavalier seul » pour le respect de la fonction de celui à qui il répondait.
Jean Claude St Louis souligne : « Un député peut fort bien se dissocier d’une prise de position de son parti ; il peut manœuvrer pour la faire renverser ; il peut même comploter contre son chef. Cependant, tout cela doit se faire discrètement, dans les coulisses. Si ce député s’exprime publiquement, il s’expose aux pires sanctions et celles-ci ne viennent pas seulement du chef, mais de l’ensemble du parti, y compris de ceux qui partagent les idées du rebelle ». Il ne serait pas donc fallacieux de dire que Pascal Affi N’Guessan comprend mieux le discours de Mamadou Koulibaly que n’importe quel militant de son parti. Ce qui compte pour lui, c’est l’apparence de la loyauté au président de la République, Laurent Gbagbo, qui est le détenteur de tous les pouvoirs.

Toute chose qui fait penser que les acteurs politiques ivoiriens sont contraints de mentir aux populations. En effet, le mensonge, fait partie du quotidien de l’homme politique. Pour lui le mensonge, est indispensable à sa survie. Un politicien paresseux peut réussir, un politicien ennuyeux également, mais un politicien qui ne sait pas utiliser le mensonge est voué à l’échec selon la plupart des observateurs politiques. Mamadou Koulibaly pourrait faire les frais de cette politique d’exclusion. A la vérité, ceux qui par fidélité à leurs principes les plus sacrés, disent ce qu’ils pensent, comme c’est le cas du professeur agrégé d’économie, Mamadou Koulibaly, sont traités en parias par leur propre parti. Autrement dit, ceux qui agissent franchement, commettent un acte ignoble, tandis que ceux qui se taisent ou camouflent leurs intentions, font preuve de loyauté.

Contre-pouvoir

Il doit avoir un contre- pouvoir organisé ou pas qui doit se démarquer des politiciens dont le rôle est de tirer le pays vers le bas. Pour Mamadou Koulibaly, l’opinion publique a son mot à dire en usant de son droit de contestations multiformes. « En abdiquant son droit de contestation et de contrôle sur des personnes incapables d’assumer leurs responsabilité et de décider dans le sens du bien collectif, l’opinion publique n’aurait –elle pas une part de responsabilité à assumer ? Cette indifférence ne serait-elle pas un déni de responsabilité ? »

A cela, il est important de s’interroger sur la possibilité d’un possible changement. Il y a-t-il un mince espoir pour que la situation change ? Pour des observateurs avertis de la politique ivoirienne, la classe politique actuelle est rétrograde et demeure dans la course des prébendes et aux sinécures. L’opinion publique ivoirienne réussira –t-elle à renverser le cours de l’histoire et faire en sorte que le discours politique de nos dirigeants donne désormais des résultats différents ?
A ce niveau de réflexion, il faut que la vérité devienne rentable et non le mensonge. Au moment où cette même classe politique s’accorde à repousser indéfiniment la date de l’élection présidentielle prévue se tenir en 2005, les populations doivent se donner les moyens de sanctionner les adeptes de la propagandes et du mensonge. Seul le peuple a ce pouvoir d’effectuer ce changement, en récompensant la vérité et en punissant sévèrement le mensonge. Il faut élire des politiciens qui exposent les problèmes en toute sincérité et qui proposent un idéal à atteindre tout en présentant honnêtement les perspectives réelles de solutions.

Conclusion

L’opinion publique ivoirienne ne doit plus accepter la démagogie qui consiste à vouloir
« démoniser » systématiquement l’adversaire. Elle ne devra pas élire ceux qui proposent des solutions simplistes et qui promettent mer et monde. Ce changement d’attitude nécessite une vigilance de tous les instants, à l’endroit des politiciens et également à l’endroit de l’opinion publique qui aime trop les solutions faciles.
Si le peuple est insatisfait, il a le pouvoir de congédier et de remplacer les dirigeants. Il y a là non seulement une relation de confiance, mais aussi un contrat explicite, fondé sur le droit des citoyens à choisir leurs gouvernants. D’ailleurs, la condition de cette vigilance est la condition que la vérité fait partie des droits de l’opinion publique, que celle-ci peut l’exiger. Pourtant la problématique fondamentale est que la classe politique ivoirienne veut s’abstenir d’aller aux élections. Depuis les signatures des multiples accords de sortie de crise, tous les postes électifs sont arrimés au mandat prorogé du chef de l’Etat. Personne ne peut donc évaluer leur travail à intervalles réguliers. Toujours est –il qu’au prochain accord entre le pouvoir et les anciens rebelles, l’Assemblée nationale pourrait s’inscrire au chapitre des dissolutions.

Faustin Toha Auteur de ‘’ Devoir de Mensonges, crise à l’ivoirienne éditions Nei-Ceda, octobre 2008’’

Le Journal de Connectionivoirienne.net ; juin 15, 2010

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