Crise post-electorale : Ces intellectuels qui défendent Ouattara sur le net

•Leurs arguments contre les thèses panafricanistes du camp Gbagbo

Plusieurs intellectuels africains ont pris fait et cause pour Alassane Ouattara dans la crise post-électorale qui secoue la Côte d'Ivoire. Ils ont décidé de démonter les thèses panafricanistes que le camp Gbagbo utilise pour expliquer « le complot international » dont il dit être victime.

Ces intellectuels n'y vont pas de mains mortes, dénonçant ce qu'ils qualifient « d'escroquerie intellectuelle » du camp du rival d'Alassane Ouattara sur des sites internet tels que « connectionivoirienne.net » et « lebanco.net ». Parmi ces avocats de M Ouattara, nous avons Franklin Nyamsi, professeur de philosophie au Canada, Alexis Dieth, professeur de philosophie en Autriche, Dr Alexis Kumalo, intellectuel en Afrique du Sud, Dr Famahan Samaké, résident au Royaume Uni, Guibessongui N'Datien Séverin, Docteur en Droit des Télécoms (Consultant international), Soilé Cheick Amidou, professeur de lettre, Bailly Célestin, Eugène Yobouet et Gilles Farese. Sans oublier Venance Konan et Tiburce Koffi qui s’étaient déjà engagés contre le régime de Laurent Gbagbo, bien avant le scrutin présidentiel. C’est Franklin Nyamsi, d’origine camerounaise qui donne le ton. Ce professeur, qui dit suivre Laurent Gbagbo depuis son accession au pouvoir, doute des qualités que ses partisans lui attribuent, notamment le panafricanisme et le nationalisme. Et sur ce sujet, voilà ce qu’il dit : « Ni panafricaniste – il (Gbagbo) ne s’est investi sérieusement pour aucune cause panafricaine-, ni nationaliste – il a exclu du vote la presque totalité de ses compatriotes vivant dans le Nord-, encore moins sérieusement socialiste, la politique de Gbagbo est celle de la caricature, de la violence et du mensonge abjects ». Des thèses renforcées par le Dr Famahan Samaké qui cite des exemples d’entreprises que Laurent aurait bradées aux Français : « Bolloré a obtenu, sous Laurent Gbagbo et de gré à gré, le contrat d'exploitation du terminal à conteneurs du port d'Abidjan ; Euro RSCG a empoché 2 millions d'Euros, soit 1,3 milliard de francs CFA pour conduire la communication du candidat 100% Ivoirien lors de la présidentielle passée ; le contrat d'exploitation des secteurs de la téléphonie, de l'eau et de l'électricité a été renouvelé au profit de Martin Bouygues ; ce dernier s'est aussi adjugé la construction du 3ème pont d'Abidjan ; Vinci construit le palais présidentiel et le siège du gouvernement à Yamoussoukro ;Total vient de bénéficier en octobre dernier d'un permis d'exploitation de pétrole aux larges d'Abidjan ; Saco, ADP et l'américain Cargill ont le contrôle de la quasi-totalité du cacao ivoirien ». Vrai ou faux? Difficile à dire.

« Toutes les richesses aux mains des étrangers »

Toujours est-il que ces défenseurs de Ouattara sont précis dans leurs argumentations, allant jusqu'à dévoiler des contrats juteux que Laurent Gbagbo aurait passés avec plusieurs multinationales. « Sur le plan agricole, les multinationales font la pluie et le beau temps. Adm (Archer Daniels Midland) et Cargill sont américaines, Barry Callebaut, suisse, Cemoi, française et Armajaro, britannique. Ces firmes ont englouti dans leur panse immense tout le secteur, allant jusqu'à devenir productrices avec le système des plantations financées pour les agriculteurs », soutient Soilé Cheick Amidou, avant d'enfoncer le clou: « Anthony Wald, propriétaire d'Armajaro est un homme d'affaire très proche de Bohoun Bouabré. Il a près de 50.000 producteurs sous sa coupe. Adm arrose environ 24.000 paysans ». Il dévoile, par ailleurs, des contrats relatifs aux ressources pétrolifères: « Les Anglais de CNR Ranger Oil et le Groupe Tullow se sont accaparés le champ offshore Espoir. C'est le très riche Bloc C-26. Il regorge aussi bien du pétrole que du gaz.

Les Anglais ont de quoi savourer leur succès puisqu'ils sont assis sur 81 millions de barils d'or noir et 175 milliards de pieds cubes de gaz! Quant aux Russes, ils ne sont pas en reste. La Lukoil Holding Limited de Kuzyaev Andrey a injecté 112 milliards FCFA dans le secteur. La totale, c'est avec Total. (…) Il est désormais dans l'extraction du pétrole en Côte d'Ivoire. Le Bloc CI-110 estimé à 1 milliard de barils (...) » Pour le Pr Alexis Dieth, Laurent Gbagbo est dépité d'autant plus que, argumente-t-il, il a tout bradé sans rien recevoir en retour : « Le slogan final du ''complot international contre Gbagbo'' révèle plus la colère d’un acteur agissant dans la tromperie, qui a été lui-même trompé dans une transaction et un marchandage, que la révolte d’un révolutionnaire sincère affrontant l’injustice de l’ordre du capitalisme international ». A ses yeux, « Le fait donc que ceux-ci l’aient abandonné aujourd’hui, alors qu’ils ont pourtant accepté des élections truquées ailleurs, justifient la colère de Laurent Gbagbo ». D’où ses réserves sur les qualités anticolonialistes du locataire du palais présidentiel. Gilles Farese, très amer, ne dit pas autre chose : « comment expliquer que la majorité des importants contrats du port d’Abidjan soient tous aux mains des grands groupes étrangers comme Bolloré et Bouygues? Est-ce cela une attitude anti-néocolonialiste? Comment comprendre qu’un anti-néocolonialiste puisse brader les contrats d’exploitation du pétrole à des entreprises étrangères Total, BNP Paribas, entre autres, à tel point qu’en Côte d’Ivoire, le carburant coûte plus cher que dans les pays comme le Mali et le Burkina Faso qui n’en produisent pas ? ». Pour lui, « la tentative de brigandage du pouvoir par Laurent Gbagbo et Yao Ndré du Conseil constitutionnel n’a rien à voir avec une quelconque attitude anti-néocolonialiste ». Quant au Dr Famahan Samaké, il a rappelé un article de la Constitution ivoirienne qui consacre la primauté des traités internationaux sur les lois internes : « De plus, la Constitution ivoirienne de juillet 2000, en son article 87, reconnaît la primauté des accords et traités sur nos lois nationales: ''Les Traités ou Accords régulièrement ratifiés ont, dès leur publication, une autorité supérieure à celle des lois [nationales], sous réserve, pour chaque Traité ou Accord, de son application par l'autre partie''. C'est pourquoi, toute affirmation selon laquelle l'ONU veut décider qui a été élu en Côte d'Ivoire, ou qu'elle veut recoloniser ce pays, consacre une méconnaissance de la loi fondamentale ivoirienne et des accords de paix signés par les leaders politiques ivoiriens eux-mêmes ». A la lumière de toutes leurs analyses, ces intellectuels se sont demandé s' « il y a encore des richesses qui n'ont pas été bradées et que Ouattara voudrait vendre aux multinationales ». « En dix ans de pouvoir, Gbagbo a plus livré la Côte d'Ivoire à l'étranger qu'Houphouët, Bédié et Gueï en 40 ans! Un record », concluent-ils, pour la plupart.

Y.DOUMBIA

Publié le jeudi 17 fevrier 2011   |  L'Inter





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