CÔTE D’IVOIRE: Ouattara et le pouvoir ensanglanté

 

Depuis le mercredi 27 avril 2011, le commando invisible n’a plus de chef. Le sergent-chef Ibrahima Coulibaly, alias « général IB » qui en faisait office est tombé sous les balles des Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI). A la surprise générale, la nouvelle armée ivoirienne a lancé mercredi une offensive contre le quartier d’Abobo, fief des hommes d’IB. Le chef du commando invisible serait tombé avec quelques uns de ses hommes. Du côté des forces loyales à Alassane Dramane Ouattara, on ne déplorerait que quelques blessés…

Mais au lendemain de cette nouvelle, on se demande ce qui a conduit à la mort d’IB. Car ce dernier avait, ces derniers temps, laissé entrevoir une preuve de sa bonne foi en s’engageant à prêter allégeance au nouveau président ivoirien. Il avait même accepté le principe du désarmement de ses quelques 5 000 hommes. Il voulait juste certaines doléances de sa troupe au président Alassane Dramane Ouattara.

Certains médias, qui ne se sont manifestement pas encore remis de la joie qu’ils ont éprouvée après la capture de Laurent Gbagbo, présentent Ibrahima Coulibaly comme un homme gênant et dangereux pour le régime en place. Seulement, on n’arrive pas encore à comprendre comment et pourquoi IB était gênant ? La mort d’IB est d’autant plus difficile à comprendre et à accepter que certains de ses proches disent que lui et ses hommes n’ont eu de cesse de crier leur volonté de se rendre, tout juste avant de recevoir la balle fatale.

En réalité, on a l’impression qu’Alassane Ouattara a cédé là à la volonté de son premier ministre de régler des comptes personnels. En tout cas, la seule personne qui avait intérêt à une telle issue semble bien sûr Guillaume Soro. C’est lui et IB qui étaient rivaux et qui se regardaient en chiens de faïence. Seulement, Alassane Ouattara n’avait pas à intégrer cette logique-là.

Non seulement c’est une démarche qui ne peut que desservir la réconciliation qui est perçue par tous les analystes comme le véritable chantier qu’Ouattara a en face de lui. Mais aussi, du point de vue de la communication politique, on peut en déduire que le véritable chef du nouveau régime est justement Guillaume Soro. Alassane Ouattara n’étant qu’un faire-valoir de celui qui passe formellement pour être son chef de gouvernement, en plus d’être perçu comme un pantin de la communauté internationale.

Mais par-dessus tout, l’assassinat d’IB (car c’est bien d’un assassinat dont il s’agit), vient s’ajouter à une certaine liste qui pourrait inciter à croire que le pouvoir que s’apprête à prendre Alassane Ouattara est quelque tacheté de sang. D’abord, lors de la l’offensive visant à conquérir Abidjan, les troupes du tandem Soro-Ouattara sont soupçonnées par plusieurs ONG internationales de défense et de promotion des droits humains, d’exactions dans la partie occidentale du pays et plus particulièrement à Duékoué.

Ensuite, le jour de la prise du bunker-forteresse de Laurent Gbagbo, l’ancien ministre de l’intérieur de Gbagbo, Désiré Tagro, a été mortellement atteint. Pourtant, des témoignages ont rapporté qu’il avait brandi un mouchoir blanc pour dire qu’il se rendait. De la même façon, le responsable des jeunes patriotes et autre rival de Guillaume Soro est encore introuvable. A tout cela, s’ajoutent bien entendu tous les règlements de comptes pour des raisons à la fois politiques et ethniques auxquelles se livrent certains membres des FRCI et dont on ne parle point.

Le président Ouattara devrait ne pas se laisser omnibuler par l’ivresse du pouvoir. Il devrait se tenir lucide et éviter de poser des actes qui pourraient davantage rendre ingouvernable son pays. Pour cela, il doit tout de suite faire arrêter cette frénésie vengeresse. Il doit lui-même s’affirmer comme un chef et le véritable président de la Côte d’Ivoire.

Autant cette condition est primordiale, autant elle est difficile à satisfaire. De nombreux observateurs pensent que le fait que Guillaume Soro ait été explicitement un des acteurs-clés de l’occupation effective du fauteuil présidentiel par Ouattara est en soi un handicap pour ce dernier. Il devrait alors composer nécessairement avec les humeurs de son ministre de la défense, au risque de connaître lui-même le sort qui est aujourd’hui celui d’IB ou de Gbagbo.

Mais c’est le silence relatif de la communauté internationale qui est encore plus troublant. En réalité, on a l’impression que cette communauté internationale est quelque peu embarrassée. Il lui serait malaisé de taper sur son poulain avant même que celui ne soit investi. Dans ces conditions, une démarche plus discrète serait très appropriée. Ce qui ne sera pas difficile, vu que c’est la méthode par excellence dont use la diplomatie.

Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info, 29 Avril 2011

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