Côte-d'Ivoire: Des coups d'épée dans l'eau.... la présidentielle s'éloigne

Compaoré - Gbagbo - Soro  Décryptage – Par Gbansé Douadé Alexis – Le Journal de Connectionvioirienne.net

Les Ivoiriens seront-ils un jour à mesure de prendre part à l’élection présidentielle, incessamment reportée depuis 2005 ? La réponse à cette question est sans aucun doute OUI. Cette réponse par l’affirmative à notre question initiale accouche de façon automatique d’autres interrogations. Quand se tiendra l’élection présidentielle, dans quelles conditions et avec quelles conséquences ?

Nous nous posons ces questions parce que le statut quo entretenu depuis 2005, selon les informations qui filtrent n’est pas prêt à être levé de sitôt.

Le coup d’épée dans l’eau du CNRD et du RHDP

Tout indique ces derniers jours une « sortie », dans le cadre des accords de Linas-Marcoussis, de la crise née le 9 janvier 2010, Accords repris à Accra, Pretoria puis Ouagadougou. Les différentes positions maximalistes des camps opposés que sont le CNRD et le RHDP, semblent une fois de plus avoir été résorbées par une attente parfaite pour le partage du gâteau tel que définit dans les accords qui, 7 années maintenant peinent à résoudre la crise née de la tentative de coup d’Etat du 18 septembre 2002. Nous savons aussi désormais ce que chacune des deux parties a, depuis le 12 février dernier demandé et pu obtenir.

Le Congrès National pour la Résistance et la Démocratie (CNRD)

Pour Laurent Gbagbo, candidat à sa propre succession, dans sa déclaration fracassante et « irresponsable » du 12 février 2010 dernier, il s’agissait de deux objectifs à atteindre, objectifs selon des sources introduites, décidés dans la précipitation. D’un, former rapidement un gouvernement de technocrates en 72 heures avec injonction faite au Premier Ministre sortant reconduit, Soro Guillaume. De deux, restructurer profondément la Commission Electorale Indépendante. Tout devait être mis à plat et repris à partir de zéro, si nous lisons bien dans l’esprit du discours du 12 février dernier. A l’arrivée le constat est amer pour les partisans de Seplou. Physiquement amaigri et visiblement épuisé durant ce bras de fer né de la double dissolution, c’est un président affaibli politiquement qui a été rattrapé par les nombreux accords signés de lui-même, depuis janvier 2003. Des sources diplomatiques, approchées ont été très claires sur le respect des accords signés et la mise en veilleuse du fameux article 48 de la constitution ivoirienne, « abusivement » cité par le candidat Koudou Gbagbo Laurent. « Ou Gbagbo respectait les accords qu’il a signés ou il rendait le pouvoir » nous nous sommes entendus dire par de nombreux diplomates africains mais aussi occidentaux en poste à Abidjan et dans la sous-région CEDEAO. Message reçu 5 sur 5 par celui qui, pour se redonner du tonus et espérer reprendre du poil de la bête, s’apprête à lancer ses troupes dans les rues, les jours et semaines à venir.

Le Rassemblement des Houphouëtistes (RHDP), vous avez dit Mambé ou rien ?

Essy Amara, René Amani, Seydou Diarra, Gervais Kacou pour aboutir à… Youssouf Bakayoko et 10 postes ministériels, quatre respectivement au Rassemblement des Républicains (RDR) et au Parti Démocratique de Côte-d’Ivoire (PDCI) et 2 postes à se partager pour le Mouvement des Forces pour l’Avenir (MFA) d’Anaky Kobena et l’Union pour la Démocratie et la Paix en Côte-d’Ivoire (UDPCI) du Dr Abdallah Mabri Toikeuse. Au passage le RHDP aura fait une moisson macabre, faite de casses, d’incendies, de destructions… et d’au moins sept morts parmi ses milliers de militants appelés à manifester contre la double dissolution prononcée par Laurent Gbagbo. Comme par magie, Gbagbo « le diable » est redevenu fréquentable au point même d’émettre des vetos aux entrées de certains cadres de premier plan du RHDP dans le gouvernement Soro Guillaueme II. Ces personnalités recalées (mais jusqu’à quand ?), sont : Dagobert Banzio, Hamed Bakayoko, Gon Coulibaly et Patrick Achi. Les quatre (4) ex ministres cités étant pour le chef de l’Etat sortant, les accompagnateurs désignés de Robert Beugré, Hubert Oulaye, Léon Emmanuel Monnet, Danon Djédjé, Fatoumata Traoré, Jean-Baptiste Gomis dans leurs déchéances.

Fin du statut quo et cap sur la présidentielle ?

Les Ivoiriens et Ivoiriennes que nous avons interrogés ces dernières semaines n’y croient vraiment pas. Et ils ont parfaitement raison…En effet, aussi surprenant que cela pourrait paraître, l’élection du diplomate et ex-ministre des affaires étrangères Youssouf Bakayoko en remplacement de Beugré Mambé, renferme en elle-même les germes du prochain blocage le plus imminent.

De sources concordantes, jusqu’à 15.30 le jeudi 25 février 2010 dernier, l’Ambassadeur Gervais Kacou (PDCI) était supposé être le tout nouveau président de la Commission électorale et indépendante (CEI). A la surprise générale de tous les concernés, cet ex ambassadeur de la Côte-d’Ivoire en France, durant le règne de feu Félix Houphouët Boigny, sera peu avant 16 heures récusé par le chef de l’Etat, Laurent Gbagbo. Raison avancée, les liens supposés ou avérés de Gervais Kacou avec la françafrique. Pour le président sortant de la Côte-d’Ivoire, un diplomate ayant servi à un si haut poste, sous Houphouët à Paris, ne peut être qu’un des éléments de première main de la droite française, symbolisée actuellement par le président Nicolas Sarkozy. C’est en effet seulement à partir de ce braquage de dernier moment que, Désiré Tagro, ministre de l’Intérieur mettra le premier ministre Soro Guillaume sur la piste du diplomate Youssouf Bakayoko. Le premier des policiers ivoiriens, prendra tout de même le soin de conditionner le choix de M. Bakayoko à un deal que les responsables du RHDP se devraient d’accepter si leur volonté était de voir l’un des leurs présider aux destinées de la Commission Electorale indépendante (CEI). Cette condition fut l’acception par le RHDP d’un audit complet de la gestion mais aussi de la liste électorale faite sous la présidence de Beugré Mambé. Et, c’est ce préalable que les représentants du camp présidentiel (CNRD), au sein de la commission centrale de 31 membres, s’apprêtent à introduire, lors de la toute première réunion de la « nouvelle » CEI.

Le contentieux sur la liste électorale loin d’être levé – la victoire de Ouattara


Bédié - Ouattara Certains observateurs du marécage politique ivoirien se demandent bien ce qui explique le militantisme ces dernières semaines du Dr. Alassane Ouattara, président du RDR en faveur d’une présidentielle ici et maintenant. Selon certains réseaux généralement bien informés, M. Ouattara se dit même prêt à aller aux élections avec la liste des 5.300.586 personnes reconnues comme électeurs ivoiriens sur la liste électorale provisoire. Les élections pourraient donc se tenir sans les cas litigieux, évalués à 1.034.000.

Le CNRD de Laurent Gbagbo dit avoir trouvé la réponse à cette question: «Ouattara et la Sagem ont fraudé de telle sorte qu’organiser des élections avec la liste actuelle de 5.300.586 ou avec celle peut-être définitive de 6.384.000 personnes, signerait la victoire de Ouattara» Pourquoi ? « Parce que nous avons le plus grand nombre d’inscrits sur la liste électorale » nous rétorquent les responsables du RDR, « nous avons mobilisés nos électeurs pendant que le camp présidentiel dormait sur ses prétendus lauriers ». « Non, c’est faux, le RDR et le RHDP ont fraudé, d’où la grande confiance qu’ils affichent en ce moment, toute leurs histoires de sondages qui donnaient Gbagbo gagnant, étaient fait pour nous berner et masquer les fraudes qui avaient cours dans la même période. »

Le ton est ainsi donné pour les blocages et troubles durant les semaines à venir. Une chose demeure tout de même certaine, la Côte-d’Ivoire s’enlise encore plus dans la crise militaro-politique, née un certain 24 décembre 1999.

Les Forces de défenses et de Sécurité (FDS-CI) et le nouveau rapport de force

L’autre imprévue dans le tableau ainsi planté, est inévitablement l’attitude qu’adoptera l’armée ivoirienne (pas la vieille garde svp), mais les jeunes officiers et sous-officiers, face au nouveau rapport de force, né de la décision hasardeuse de dissolution du 12 février 2010 dernier. Point n’est besoin d’être un stratège militaire pour comprendre que l’Armée dans une République, analyse toujours les rapports de force avant de s’introduire dans le jeu politique. Face à une classe politique qui n’en finit point de se ridiculiser depuis une vingtaine d’années, un président « mal » élu en 2000, non réélu en 2005 et sorti politiquement affaibli du bras de fer récemment engagé avec son opposition toutes tendances (militaire et civile) confondues, l’Armée ivoirienne dans sa frange la plus jeune saura-t-elle résister à l’appel de cette frange grandissante de la population lui demandant de venir mettre de l’ordre dans le paysage politique ivoirien ?

Reprendre tout le processus à partir de zéro, le vrai objectif du Front Populaire Ivoirien et du CNRD

Le compte à rebours pourrait débuter dès le 6 mars prochain, avec la manifestation prévue par les partisans de l’actuel chef de l’Etat, conduits par un Charles Blé Goudé qui visiblement, a hâte de remettre au goût du jour, son appel foiré à une CEI non politisée. Cet appel fut ironiquement lancé le jour même de l’élection de M. Youssouf Bakayoko (PDCI) à la tête de la Commission Electorale Indépendante et de la recomposition de la CEI suivant le schéma arrêté par l’Accord de Pretoria 2.

Entre temps le fantôme de l’ivoirité lui, est en fonction des différents agendas, méthodiquement remis au goût du jour.

Le Journal de Connectionvioirienne.net

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