Côte d’Ivoire : Ces africains qui parlent, parlent et parlent: « L’émotion est nègre, la raison hellène »

L’Intelligent d’Abidjan

Depuis la fin des élections présidentielles le 28 novembre 2010, une fois de plus, notre pays la Côte d’Ivoire se retrouve sous les feux de la rampe. En effet, depuis cette période, la Côte d’Ivoire se retrouve avec deux présidents à sa tête. L’un Alassane Ouattara, crédité de 54,10 % des suffrages, reconnu par la CEI, la communauté internationale, la Cedeao, l’Union Africaine, l’Union Européenne, le Conseil Mondial Islamique et l’autre ; Laurent Gbagbo par le Conseil constitutionnel. Il n’en fallait pas plus pour déclencher les foudres et réveiller la hargne de certains…panafricanistes. Comme si, la situation que les populations ivoiriennes vivait n’était pas assez dramatique à leurs yeux, ils donnent dans des thèses comme le néocolonialisme, l’impérialisme, le nationalisme ; toutes aussi absurdes, incongrues que dépassées les unes les autres ; parce qu’à des années lumières des réalités sociales, financières et économiques que nous vivons dans ce vaste village planétaire qu’est devenu le monde. Donnant ainsi raison à l’un des pères de la Négritude, feu Léopold Sédar Senghor qui disait que : «l’émotion est nègre, la raison hellène». Une sortie qui, à l’époque avait choqué plus d’un et lui avait valu une levée de bouclier et une volée de bois vert de tous les bien pensants et autres …intellectuels africains. Mais, ce grand Homme pour avoir été l’un des plus grands intellectuels africains et mondiaux, le seul immortel africain -c’est ainsi que sont appelés les membres de l’Académie Française-, premier Président du Sénégal, savait de quoi il parlait. Pour lui, l’Africain est un émotif au contraire de l’hellène, du caucasien ; l’homme blanc, qui lui est cérébral. En d’autres termes, l’Homme blanc à tendance à utiliser sa tête, à penser, réfléchir, analyser froidement, peser le pour et le contre, calculer ses intérêts, prendre du recul avant d’agir tandis que, le Noir lui, fera tout le contraire. Malheureusement, au regard de ce qui se passe sur le continent et à certaines prises de position au demeurant incompréhensibles, celui-ci n’avait pas tort d’affirmer que «l’émotion est nègre ». Car, à quoi assiste t- on depuis bientôt trois mois ? Non pas à des prises de position ou analyses rationnelles, constructives, impartiales basées sur des faits mais à des débats dirigés, biaisés, tronqués où l’on vient plus faire le procès de la communauté internationale surtout la France qu’on traite de néocolonialiste, d’impérialiste, de fasciste; indexer, accuser tel ou tel et où, la mauvaise foi le dispute à une rancœur sans nom. Des débats et prises de position dans lesquelles se mélangent et se font sentir et ressentir les sentiments personnels, les griefs que ces intellectuels reprochent aux occidentaux par-delà leurs ex-colonisateurs, à leurs propres dirigeants qu’ils sont dans l’incapacité de combattre ou qu’ils ont trop peur de combattre. Des dirigeants qu’ils contribuent à maintenir au pouvoir par leur silence coupable mais vivent surtout dans la hantise de voir menacer leur petit confort ou autres intérêts financiers, socio- politiques. Des débats où tout n’est qu’amalgames, propagande, animosité, hostilité, contre-vérités, amertume récitations, leçons éculées parce que si maintes fois répétées et entendues. L’émotion dans toute sa négation, toute sa laideur; tout ce qu’il y a de plus pathétique, ridicule, néfaste, nauséabond et surtout dangereux pour l’avenir du continent.

Les Africains
ne sont jamais coupables de quoi que ce soit
Mais d’objectivité point ! D’analyses à froid, de recul, d’exposés clairs, précis, impartiaux à la lumière de la politique étrangère, des enjeux économiques et financiers mondiaux, du système mondial, de la realpolitik, des défis auxquels sont confrontés nos sociétés, du nouvel ordre mondial, pas du tout sinon très peu. Ou, lorsqu’ils en parlent, c’est une occasion de plus pour déverser toute leur bile sur la communauté internationale ; une communauté internationale à la base de tous les maux de ces …pauvres africains ! Une communauté internationale si assoiffée de… « sang », leur si précieux sang et qu’elle suce au travers de « leurs » énormes et inépuisables richesses. Une société occidentale qui croit encore pouvoir les recoloniser et faire d’eux ses esclaves et ses larbins. Alors, comme possédés, tous crient au complot et haro sur le baudet ! Si tout cela n’était pas aussi pathétique, on en rirait. Mais qu’ont-ils fait ces pauvres africains pour être ainsi « dévorés » de la sorte par le grand méchant loup qu’est cette communauté internationale ? Rien ! Nous les africains, ne sommes jamais coupables de quoi que ce soit. Ce sont toujours les autres qui sont à la base de nos malheurs. Malheureusement, quand on sait que, ces propos d’un autre âge sont tenus par une certaine intelligentsia africaine en qui on a confiance et qu’on respecte, il y a de quoi désespérer de notre Afrique qui n’a pas encore compris et assimilé que les temps ont changé ; que le monde n’est plus ce qu’il était. Que malgré nos jérémiades, il ya une constance qui ne changera jamais et qui existe depuis la nuit des temps, c’est que les plus faibles seront toujours dévorés par les plus forts qu’on le veuille ou non !

«L’homme est un loup pour l’homme»
Cette citation vient du philosophe anglais, Thomas HOBBES, qui déjà à son époque au 16ème siècle (il est mort en 1679) reconnaissait que le monde est une jungle où les plus faibles sont mangés par les plus forts. En fait, Hobbes n’a fait que reconnaître une loi de la nature qui existe depuis la nuit des temps ; depuis que le monde est monde. Tous ces pays soient disant de la communauté internationale ont dans leur ensemble toutes été colonisées ou ont connu l’esclavage à un moment donné de leur histoire. C’est ainsi que, la grande Amérique a été colonisée par les Anglais, lesquels à l’instar des Français ont connu dans leur grande majorité l’esclavage. Ces esclaves d’une autre époque étaient appelés des serfs. Ces américains, eux-mêmes à l’origine pour la plupart des anglais n’ont pas hésité un seul instant à lutter pour conquérir leur indépendance face à leurs frères, brisant ainsi les chaînes de la colonisation ; quant au peuple Français, il brisera les chaînes de l’esclavage grâce à une révolution en 1789 qui fut des plus sanglantes tandis que, les Anglais luttèrent aussi à leur façon pour acquérir des droits. Une fois, l’indépendance politique en place, ces peuples vont se lancer dans des défis aussi inimaginables les uns que les autres pour acquérir l’indépendance économique. Une lutte sans merci qui laissera des milliers de morts, son comptant d’estropiés, de laissés pour compte, d’injustices, de cicatrices, de plaies mais à qui, à l’arrivée fera de ces pays les plus grandes puissances du monde jusqu’à aujourd’hui.
Une leçon que, des pays comme la Chine qui a été colonisée par le Japon, qui lui-même sera pratiquement anéanti par deux bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, l’Inde colonisée par la puissante Angleterre ; ont fini par comprendre. Au point de se sacrifier et faire fi de tout pour amorcer le développement économique de leur pays respectif. Leurs ressentiments, leur rancœur, leur douleur, leur haine leur ont servi de levier pour élever leur pays aux rangs enviables qui sont les leurs aujourd’hui. Des pays comme la Chine ou l’Inde dont on ne faisait même pas cas, il y a peu et qui aujourd’hui, sont incontournables. La chine est depuis cette semaine, la seconde puissance économique après les USA. Une place de leader qu’elle occupera en 2017 selon les experts. Comme tous ces gens aussi bien en Europe qu’en Asie, qui ont impulsé le mouvement, se sont battus pour la liberté de leurs pays et de leurs peuples ; les Pères des indépendances Africaines ont fait leur devoir : celui de redonner la dignité et à la fierté à leurs peuples. En passant le flambeau à « leurs » enfants, ils croyaient que ceux-ci rêveraient d’une africaine grande, indépendante sur le plan économique, une Afrique si forte économiquement qu’elle dicterait elle-aussi sa loi au reste du monde. Mais hélas, trois fois hélas ! Ce rêve était trop grand, trop ambitieux pour la plupart d’entre eux. Car, à quoi assiste t- on depuis plus d’une vingtaine d’années ? A un ballet d’intellectuels africains qui adorent s’entendre parler, pérorer, employer des grands mots, faire des discours grandiloquents, creux au lieu d’impulser une véritable dynamique dans laquelle pourra s’engouffrer une jeunesse africaine qui ne rêve que d’indépendance économique. Une jeunesse qui, pour avoir fréquenté les grandes universités occidentales, voyager, vu le monde, rêve d’une grande Afrique fière et indépendante qui ne sera plus la main en- dessous – celle qui demande-mais la main au-dessus ; celle qui donne. Mais peuvent-ils seulement comprendre cela ? Comprendre que le monde bien qu’ayant changé, a gardé en plus de la loi de la jungle un autre de ses principes immuables que, le Général de Gaulle n’a pas manqué de révéler à la face du monde :

Une question de vie
ou de mort
De la même façon que ces intellectuels ont rompu les amarres avec leurs aînés, si elles veulent évoluer, sortir du sous-développement économique, ne plus s’enorgueillir d’être sur des listes de PPTE (Programme des Pays très endettés) ; le temps est venu pour les jeunesses africaines de tourner le dos à ces thèses d’un autre âge. Le temps est venu pour elles de prendre à bras le corps leur destin si elles veulent voir leur continent faire partie du concert des nations, intégrer le Conseil de sécurité à l’ONU, peser sur les décisions internationales ; le temps est venu pour elle de s’élever et faire barrage à ces intellectuels si elles ont à cœur de retrouver leur dignité, leur fierté bafouée par tous ces accords bilatéraux, multilatéraux etc. qui l’endettent et l’appauvrissent encore et la maintienne dans un état de mendicité permanent. Le temps est venu pour elle de dire non à l’imposture si, elles ne veulent plus voir ces enfants bedonnants, le corps dévoré par les mouches, ces squelettes, ces cadavres vivants ; ces images de guerre livrées à la face du monde. Il est temps pour elle de comprendre et d’assimiler comme un leitmotiv que « les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts » et partant, rien ne sera jamais gratuit en ce bas-monde et, que seule la loi du donnant-donnant résistera à la fin des temps si, elles ne veulent plus risquer leurs vies dans des aventures périlleuses vers de prétendus eldorados. Mieux, elles doivent savoir que parmi tous ces intellectuels se cachent nombre de vendeurs d’illusions et de parfaits hypocrites. En effet, ne sont-ils toujours pas les premiers à célébrer les amitiés avec telle ou telle ancienne puissance coloniale ? A louer leurs performances économiques et à envier leur idéal de vie ? La preuve, tous ne vivent pas comme le colon ? Pis, ils sont nombreux ceux qui vivent ou préfèrent passer leurs vacances en France, Angleterre, Canada, USA etc. Pourquoi à votre avis ? Parce qu’en Occident, en plus de bénéficier d’un état de droit, ils peuvent eux et leurs enfants vivre confortablement dans le meilleur des mondes parce que, tout a été fait et pensé pour que cela soit une réalité. Dès lors, comment peuvent-ils comprendre nos frustrations et partager les rêves qui sont les nôtres : voir un jour l’Afrique rivaliser, être traité d’égal à égal, sur le même pied d’égalité que les autres puissances.

Briser le signe indien
Le temps est donc venu de briser le signe indien en mettant fin à cette pauvreté endémique qui n’est en aucune façon une fatalité encore moins une malédiction. YES, WE CAN ! Oui, nous le pouvons et nous le pourrons si nous mettons définitivement fin à cette mentalité d’assistés, de geignards éternels. Oui, nous le pouvons et nous le pourrons si nous décidons de nous retrousser les manches et effaçons à jamais de nos consciences ces rengaines éternelles et sempiternelles quant à « la méchanceté et la rapacité de la communauté internationale». Oui, nous le pouvons et nous le pourrons si, au lieu d’accuser, d’indexer, reconnaissons humblement nos fautes et celles de nos pères et décidons d’en tirer des leçons pour ne plus avoir à les répéter. Oui, nous le pourrons et nous le pouvons si nous positivons et cherchons à aller de l’avant et si bannissons surtout le mot paresse de notre langage.
Marie-Laure AYÉ, Vendredi 18 février 2011

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