Après les dissolutions Gbagbo s'apprête à lancer deux bombes politiques

Ce ne sont pas des projectiles pleins d’explosifs et munis de dispositifs. Ce ne sont pas non plus des récipients contenant un liquide sous pression destiné à être vaporisé. Ce sont plutôt des « bombes »… politiques. Qui risquent de secouer le marigot politique ivoirien déjà trouble. Le chef de l’Etat, Laurent Gbagbo, a plus d’un tour dans son sac. Il s’apprête à lancer deux « bombes ». La première est relative à des audits qu’il a commandités dans des ministères. C’était avant même la dissolution du gouvernement intervenue le vendredi 12 février 2010. Ces enquêtes, révèlent nos sources, sont, pour le moins, compromettantes pour certains ministres. Parmi les membres du gouvernement épinglés figurent des ministres de l’opposition. Ces ministres sont accusés d’avoir puisé dans les caisses de l’Etat pour se servir et servir leur parti politique. Un parmi eux aurait participé au financement de ce que le camp présidentiel appelle « l’inscription frauduleuse de 429 000 sur la liste électorale ». Et les preuves existeraient qui attestent de ces accusations. C’est certainement pour éviter que des documents ne disparaissent que les bureaux des ministres ont été immédiatement fermés après le limogeage du gouvernement. Donc sauf changement, le chef de l’Exécutif va rendre publics les résultats de cet audit dans les jours à venir. Ce sera la suite logique de ce qu’il a commencé. Par la publication de cet audit, Laurent Gbagbo veut montrer à l’opinion nationale et internationale qu’il a eu raison de dissoudre le gouvernement Soro I. Mais comme nous sommes en politique où tous les compromis sont possibles, il n’est pas à écarter que le numéro 1 ivoirien soit amené à revoir sa copie.

« Le croisement populaire »

La deuxième « bombe » concerne la liste électorale. Le patron du Palais présidentiel d’Abidjan-Plateau reste convaincu que des fraudeurs continuent d’exister sur cette liste. Se basant sur les trois sondages effectués par la société Tns-Sofres, un collaborateur de Laurent Gbagbo nous faisait remarquer, mercredi 10 février dernier, que les 429 000 personnes dont Robert Beugré Mambé est accusé d’avoir voulu faire inscrire frauduleusement sur la liste électorale constituent la différence de voix entre le président-candidat et son adversaire le plus immédiat. A suivre sa démonstration, ces personnes, une fois ajoutée à la liste électorale, allaient annuler cette différence-là. Quand l’affaire a éclaté, à en croire notre informateur, le candidat de La majorité présidentielle (Lmp) a loué le Seigneur de lui avoir permis de découvrir cette « fraude ». Même si, finalement, les 429 000 personnes n’ont pas pu être inscrites sur la liste électorale, le camp présidentiel reste persuadé de la présence de nombreux « fraudeurs ». Pour eux, la victoire aux élections prochaines passe par une liste électorale propre. C’est pourquoi, avant la réunion, le jeudi 11 février dernier, avec Blaise Compaoré, Laurent Gbagbo s’est réuni avec des « cerveaux » de son camp. Ils ont échangé sur le sujet.

Au finish, la décision a été prise de procéder à un « croisement populaire ». C’est-à-dire que tous ceux qui sont sur la liste électorale provisoire après le croisement avec les fichiers historiques seront appelés, si l’idée prospère, à venir justifier, publiquement, de leur nationalité ivoirienne sur le lieu où ils ont fait leur recensement. Ils devront le faire devant les préfets ou sous préfets, les chefs de villages, de communauté, les représentants de partis politiques ou toute autre personne voulant participer à ce « tribunal populaire ». Le camp présidentiel pense que certains partis politiques de l’opposition ont fait établir des faux extraits d’acte de naissance pour des personnes qui n’en ont pas droit. Ces formations politiques sont accusées d’avoir profité des audiences foraines pour faire établir ces extraits. C’est ce qui explique que récemment, des avocats aient été commis par Lmp. Ils avaient pour mission d’aller vérifier dans les registres d’état civil l’inscription de certaines personnes qui ont présenté des extraits de naissance « propres » pendant l’enrôlement. Mais les avocats ont été empêchés dans des localités de faire leur travail. Des violences ont même été perpétrées dans des villes comme Divo, Vavoua, Katiola et Man. Le fait que des documents, dont des registres d’état civil, ont été brulés dans des localités conforte le camp Gbagbo que des personnes veulent cacher la vérité sur la « fraude ». Au départ, nous avons pris cette information de « croisement populaire » avec beaucoup de pincettes.

Mais, il a fallu que M. Gbagbo en parle, le vendredi 12 février dernier, pour que nous reconsidérions notre position. Ce jour-là, de fait, il a déclaré, pendant qu’il parrainait la sortie de la 48 ème promotion de l’Ecole nationale d’administration (Ena) que : « Nous sortons de la crise. Mais comme vous le voyez, on a quelques petits soubresauts pour terminer. Nous sortons d’une crise, on en sort bien. Nous devons franchir toutes les étapes que nous nous sommes fixées depuis les accords de Ouaga. On a affiché les listes provisoires. Et ce que nous attendons, c’est ce qui arrive. Parce que le croisement populaire est toujours l’heure de vérité. Tu vis dans un village avec quelqu’un. Tu dis, lui-là, il n’est pas de chez moi, on dit oh, tu es xénophobe ». Cette déclaration est passée inaperçue. La raison ? Ce même jour, le premier des ivoiriens a abordé la question de Beugré Mambé. Il a juré que ce jour même, le problème allait trouver solution. Et comme le sujet de la Commission électorale indépendante (Cei) intéressait plus la population, beaucoup d’hommes n’ont pas prêté attention au pan du discours de Laurent Gbagbo relativement au « croisement populaire ».

Pour tout dire, après l’installation de la nouvelle Cei, il est possible de faire ce « croisement populaire » avant l’affichage de la liste électorale définitive, si naturellement l’idée n’est pas combattue…

Sylla ARUNA – Soir Info

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