Tant que la gouvernance en Afrique ne changera pas...

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Ils vont et ne reviennent pas, mais chaque jour voit d'autres personnes leur emboîter le pas, pour le plus souvent finir, pour les plus chanceux, dans les filets des services d'immigration. Mais pour la grande masse des malchanceux, le voyage s'arrête dans les eaux profondes de la Méditerranée, au large des côtes libyennes et européennes. Cette mer insatiable, à l'appétit gargantuesque, qui n'en finit pas d'endeuiller des familles africaines, en engloutissant par embarcations entières, des candidats à l'immigration clandestine. Depuis quelques années donc, les tragédies se succèdent et se ressemblent, dans cette partie du monde, dans l'indifférence presque totale des dirigeants africains. La dernière en date remonte au week-end dernier, où une embarcation de fortune a fait 400 morts au large des côtes libyennes. Pourtant, les gouvernants africains sont les premiers interpellés par ce sort cruel de leurs concitoyens. Car, bien plus que la politique européenne en matière d'immigration qui vise à confiner les Africains sur leur continent, c'est leur incapacité à répondre aux attentes d'une jeunesse désouvrée, sans perspectives d'avenir dans leur propre  pays, qui amène ces infortunés à tenter des aventures périlleuses tout en sachant que le chemin qu'ils empruntent, souvent au prix de mille sacrifices, peut être celui du non-retour.  Dans la plupart des cas, au bout de l'aventure, il y a la mort ou, pour certains, un retour à la case départ lorsqu'ils sont pris dans les filets des services d'immigration européens. Et pourtant, beaucoup de ces Africains ne jurent que par une chose : « L'aventure ou la mort ». Car, là-bas, au loin, il y a l'espoir d'un avenir meilleur. Pourtant, dans leur pays, c'est la mort assurée. Toutes choses qui justifient que ces candidats à l'émigration préfèrent de loin ce jeu de la roulette russe, oubliant que l'Europe elle-même  a ses propres problèmes domestiques et ignorant qu'elle est loin d'être l'eldorado qu'ils pensent.

Il faut aider l'Afrique à  tendre vers une gouvernance vertueuse

C'est pourquoi les tragédies que vivent ces Africains doivent interpeller au plus haut point les dirigeants africains, d'autant plus qu'ils sont de plus en plus nombreux, les mineurs à tenter l'aventure. L'électrochoc de la tragédie de Lampedusa, avec ses 500 morts, n'a donc pas servi de leçon. Aussi se demande-t-on jusqu'à quand l'on continuera de déplorer de telles situations. Y a-t-il espoir que tout cela s'arrêtera un jour ? Rien n'est moins sûr, surtout quand on constate l'aggravation des chiffres du chômage en Afrique, et l'incurie des élites dirigeantes qui donnent l'impression d'être plus préoccupées par leurs propres intérêts et ceux de leur entourage, que ceux de la grande majorité qui croupit dans la misère crasse, sans espoir aucun. Il est bien connu que l'un des pires fléaux que connaît l'Afrique en ce XXIe siècle, c'est  la mal gouvernance avec son cortège de maux tels la corruption, le népotisme, la gabegie, le brigandage électoral au profit de satrapes qui concentrent tous les pouvoirs entre leurs mains, pour mieux asservir leur peuple. Même la vénalité des passeurs sans cour, qui n'ont aucun scrupule à marchander la mort au prix fort avec ces désespérés, sachant bien qu'ils n'hésiteront pas  à les  abandonner dans l'enfer du désert ou dans les tempêtes de la mer, passe pour un péché véniel à côté du comportement irresponsable de certaines élites dirigeantes. Car, non contentes de maintenir les populations dans la misère pour mieux les exploiter, ces élites n'hésitent pas à s'adonner à des pillages organisés des ressources au profit de leur clan ou de leur famille. Toutes choses qui poussent, en désespoir de cause, certains de leurs compatriotes à prendre les chemins de l'émigration.

Par conséquent, tant que la gouvernance en Afrique, ne changera pas dans le bon sens, l'horizon paraîtra toujours bouché pour une jeunesse de plus en plus nombreuse à chercher sa voie de salut, et l'immigration clandestine continuera.  La fermeture des frontières n'est donc pas la solution. Il faut plutôt  aider l'Afrique à  tendre vers une gouvernance vertueuse, en l'aidant notamment à développer des politiques qui pourraient entraîner une meilleure employabilité de la jeunesse et plus de rentabilité pour ses économies. Tout le monde y gagnerait, l'Afrique tout aussi bien que l'Occident. Le continent noir regorge de beaucoup de richesses. L'avenir des Africains peut être en Afrique, mais il faut que les conditions pour que la jeunesse s'y épanouisse soient réunies. Cela est le rôle des politiques.

 

Outélé KEITA

 le pays - Publié le: 17-04-2015 - Mise-à-jour le: 17-04-2015

 

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