Comment combattre l’islamisme ?

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’islamisme n’est pas un épiphénomène né de la crise économique et du chômage, il est une évolution de l’islam depuis les origines, lorsque les premiers musulmans commencèrent à réfléchir à leur nouvelle identité et à ce que serait leur rapport au monde. Hors les soufis, tous firent une lecture littéraliste du Coran, qui a mené nombre d’entre eux au sectarisme.  L’influence de cet islam agressif a été considérable par les souffrances qu’il a infligé aux peuples  et parce qu’il a bloqué la marche du monde musulman vers la modernité en multipliant les interdits et en éradiquant la pensée libre.

 L’hégémonie de l’occident, les colonisations, le démantèlement du califat ottoman, les deux guerres mondiales, la création d’Israël, la pénétration du communisme dans les pays musulmans et l’émergence d’un nationalisme arabe imprégné de modernité, tout cela a relancé le vieux rêve islamiste : purger le monde musulman des « fausses croyances », lever une nouvelle armée d’Allah et la lancer sur la planète. Si l’islamisme est bien une évolution de l’islam, alors les stratégies occidentales mises en place pour le vaincre sont voués à l’échec ? Pis, ces « croisades » le renforcent. Nulle part l’islamisme n’a de soucis pour convertir, recruter, se financer, surmonter toutes formes de confinement et de répression.

Avec le printemps arabe et la naissance de Daesh, l’islamisme est entré dans une ère nouvelle qui le verra à terme former un bloc étanche au Moyen-Orient, puis au Maghreb et au Sahel, comme hier le communisme a formé un bloc massif en Europe de l’Est et, de là, jeté des racines partout. Le fait que l’Occident se coalise dans la hâte autour des Américains pour le stopper dans son expansion et tarir ses recrutements montre que la cristallisation est faite et que le noyau dure de ce bloc est constitué. Son aura brille comme un soleil dans la galaxie islamiste, de partout on accourt pour s’y fondre. Le monde arabe est trop impliqué dans l’islamisme et ses magouilles pour empêcher quoi que ce soit. Tout comme l’Occident, qui s’est plus que compromis avec l’Arabie Saoudite, le Qatar et les dictateurs arabes.

Quoi qu’il en soit, ce n’est pas avec les bombes que l’Occident a brisé le bloc communisme, ce n’est pas avec les avions qu’il brisera un Daesh bardé dans sa foi et sa folie. Aux jeunes pris dans le rêve islamiste, il faut faire entendre le chant merveilleux de la liberté et de la grande aventure humaine. Les Occidentaux sont-ils encore capables de le chanter ? Sont-ils eux-mêmes capables de l’entendre, pris comme ils le sont dans l’étroitesse du conformisme et de l’économisme ? La vraie question est peut-être celle-ci : l’Occident est-il déjà vaincu comme le monde arabe ? Ne voit-il pas que l’islamisme  est installé dans ses murs et lui dicte sa loi ?

 Le temps est venu de tout repenser et de se dire, cette fois, toutes les vérités.

                                                                                                                                                             Alger, octobre 2014

 

PS : Il faut se souvenir de la guerre du feu, de J.-H. Rosny aîné, qui raconte l’histoire de nos ancêtres dont la vie était organisée autour du feu sur lequel ils veillaient jour et nuit pour qu’il ne s’éteigne jamais – la survie de l’espèce en dépendait. Et ils ont réussi puisque nous sommes là. Le feu du printemps arabe, lui, s’est tristement éteint à la première bourrasque, et voilà ce pauvre monde arabe, riche en pétrole et en soleil, geignant et pleurant à fendre cœur dans le froid et l’obscurité. En Tunisie, où le bois dont on fait les gens dégourdis et persévérants ne manque pas, le feu tient, il menace de s’éteindre mais toujours quelqu’un vient à temps le tisonner et le faire reparti.  Voilà, c’est ce qu’il faut faire, aider la Tunisie à entretenir son feu. Le printemps arabe est né dans ce pays, il est vital que son feu prenne à pleine puissance et qu’il devienne un phare pour tout le monde arabe.

Par Boualem Sansal, écrivain algérien, auteur de « gouverner au nom d’Allah. Islamisation et soif de pouvoir dans le monde arabe ». (Gallimard, 2013)

 

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