Présentation des voeux de nouvel an : Gbagbo, l'historien explique la pauvreté et le phenomêne de nouveaux riches

Cela nous rassure M. le Président. Cependant, la crise perdure et les conséquences sont là, les Ivoiriens s'appauvrissent. On sent vraiment ses effets avec les déchets ménagers dans les rues. Comment faites-vous pour juguler cette crise ?
Laurent Gbagbo : Ne mélangez pas les deux choses. Il y a les déchets ménagers et la paupérisation. Il faut les séparer.
Premièrement, c'est normal qu'on devienne pauvre dans un pays en guerre. Des livres sont écrits sur la guerre, il faut les lire. La guerre rend les gens pauvres. J'écoute certains dire qu'une minorité devient riche. C'est aussi cela la guerre. Dans cette situation, il y a toujours un petit noyau qui devient riche. Parce qu'il vend ce dont on a besoin. Je disais tantôt aux religieux que certains se sont enrichis au Nigeria grâce au commerce de chiens. Ils les cherchaient à travers l'Afrique de l'Ouest. Et les vendaient au Nigeria pour se faire de l'argent. Pendant la 2è guerre mondiale, en France, certains se sont enrichis grâce au commerce avec l'Allemagne. La guerre crée un petit groupe de nouveaux riches. Le plus grand nombre s'appauvrit. Le tout est d'en savoir la proportion. Toutefois, je ne connais pas un pays au monde où tous les habitants ont le même niveau de richesse. Tous les traités d'économie ont été écrits parce qu'il y a des riches et des pauvres. Un essai a même été intitulé, la pauvreté, richesse des nations. Ce sont les riches qui ont les moyens pour capitaliser, accroître leur richesse et les pauvres sont des employés. Mais le problème pour un gouvernement, c'est de faire en sorte que ceux qui sont les moins nantis aient droit au minimum vital; qu'ils aient les moyens d'avoir accès à l'école, aux soins de santé, au travail. Et que leurs enfants puissent rêver aussi à un avenir prometteur. Comme nous. Enfant de pauvre. Sinon, nous ne serions pas arrivé à ce stade. C'est cela la politique d'un Etat. Il ne s'agit donc pas de supprimer les riches. Aucun pays ne l'a fait. Vous avez vu les résultats des pays qui ont tenté de les supprimer. Ils se sont écroulés.

Qu'est-ce qu'on fait alors ?
L.G. : C'est pourquoi, nous avons lancé la politique de l'école gratuite, l'assurance maladie universelle, pour que tous ceux qui habitent en Côte d'Ivoire aient accès à un médecin si leur état de santé l'exige. C'est pourquoi, nous avons lancé la décentralisation pour que dans chaque région, les gens puissent jouir de ce dont ils ont besoin. D'où également la politique d'électrification et d'adduction d'eau. Or cette politique a été freinée par la guerre. C'est pourquoi, il faut vite y mettre fin. Je voudrais insister sur le fait qu'il ne faut pas rêver en pensant qu'il y a des pays où il n'y a pas de pauvres.

Il y a des pauvres et des riches certes, mais le problème c'est que les Ivoiriens se demandent comment ces nouveaux riches ont fait pour acquérir des biens alors que le peuple s'appauvrit. Vous qui avez décidé, en homme de gauche, de combattre ces enrichissements illicites, les détournements d'argent. Où en êtes-vous avec ce combat ?
L.G. : On continue. Vous êtes Ivoiriens, journalistes, vous observez. On ne combat pas l'enrichissement. Je ne le ferai jamais. Ceux qui peuvent devenir riches par leur travail, qu'ils le fassent.
Cependant, on combat l'enrichissement frauduleux. Je ne peux pas, sous prétexte de ce combat, aller arrêter des justes et les jeter en prison. Mais quand dans un secteur, ou un domaine donné, on me montre des preuves qu'il y a des malversations, je saisis le tribunal, le procureur, qui lance une procédure. C'est cela mon rôle.

C'est ce que vous avez fait dans la filière café-cacao. Mais des proches de ceux qui sont en prison disent que ces responsables ont largement contribué à l'effort de paix en achetant des armes pour l'Etat, et qu'ils sont aujourd'hui mal récompensés. Qu'en dites-vous ?
L.G. : Je n'en dis rien. Puisque c'est une affaire qui est devant la justice. Ce n'est pas mon rôle de commenter les affaires qui sont en cours. Sur ce point, je voudrais vous dire que les producteurs ont effectivement donné 10 milliards pour l'achat des armes et nous les avons effectivement achetées. Mais cela n'est pas une assurance contre ce qui va suivre. Il faut qu'on soit clair. Au niveau d'un Etat, on ne s'assure pas pour pouvoir voler. Je ne dis pas qu'ils ont volé. Il ne me revient pas de le dire. C'est le tribunal qui y est habilité.
S'il est vrai que les proches des responsables le disent, c'est qu'ils ont tort. Si la filière café-cacao a donné 10 milliards de francs pour l'achat des armes, cela est inscrit dans les livres. Il faut que toutes les dépenses de l'Etat soient tracées. Cette dépense l'est donc. Ce n'est pas ce qu'on leur reproche. Ce que les juges qui les ont mis aux arrêts leur reprochent, c'est certainement autre chose que nous attendons de voir.

M. le Président, êtes-vous en train de dire que ces personnes ont été incarcérées parce qu'elles ont détourné de l'argent ?
L.G. : Non. Je dis qu'on m'a signalé des cas de détournement. J'ai demandé au procureur de la République de faire un rapport. Et s'il pense qu'il y a des raisons de poursuites, qu'il le fasse.

Vos adversaires disent que ce combat est restrictif dans ce pays, qu'il y a d'autres qui sont en liberté. Pouvez-nous dire s'il y a des gens qui, aujourd'hui, se livrent à ce genre de chose? Et le jour où vous aurez les preuves, iront-ils en prison ?
L.G. : Le combat est forcément restrictif. Ce que je reproche à mes prédécesseurs, c'est de ne l'avoir pas mené. S'ils l'avaient fait, on serait bien loin. Je le commence, il faut qu'ils m'applaudissent au moins. Pour qu'ils jurent qu'un jour si, par hasard, ils reviennent au pouvoir, ils continueront mon œuvre.
Forcément, il y a des gens qui ont volé et qui sont en liberté. On ne peut pas arrêter des personnes sur la base des soupçons. Le Chef de l'Etat saisit la justice s'il a des soupçons dans un secteur donné. Les citoyens peuvent aussi le faire. Il ne faut pas que les gens attendent seulement que le Chef de l'Etat le fasse. La justice existe pour tous les citoyens qui vivent en Côte d'Ivoire.
Source le Nouveau Reveil.

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