A quand la fin de la crise Ivoirienne ?

Depuis la tentative de coup d’Etat du 19 septembre 2002 muée en rébellion qui a divisé le pays en deux zones, la Côte d’Ivoire est entrée dans une longue période de turbulence et d’incertitude. Je ne connais pas de crise, peut-être excepté la crise israélo-palestienne, qui ait fait l’objet de plusieurs accords et usé autant de médiateurs. Tous ces médiateurs sont venus se casser les dents sur le rocher de méfiance et de mauvaise foi des acteurs politiques ivoiriens.

L’accord politique de Ouagadougou (Apo) ou dialogue direct, capitale du Burkina-Faso, signé en 2007 sur l’initiative de Gbagbo Laurent avec la rébellion sur l’égide de Blaise Comparoré comme facilitateur avait donné de l’espoir aux ivoiriens, malgré le scepticisme de certains. Cet accord, brandit par Gbagbo Laurent comme exemple de résolution de crise en Afrique, était censé entamer un processus de sortie de crise par l’élection présidentielle dans un délais de 10 mois. Après plusieurs péripéties, l’élection présidentielle fut organisée le 31 Octobre 2010 et le 28 Novembre 2010. Cette élection qui devait mettre fin à la crise politico-militaire, a produit malheureusement l’effet contraire. La crise post-électorale qui s’est installée suite à la double proclamation contraire du résultat de la même élection présidentielle par la Cei certifié par l’Onuci proclamant Alassane vainqueur avec 54 % et par le Conseil constitutionnel proclamant Gbagbo Laurent vainqueur avec 51 %, fait courir à la Côte d’Ivoire un risque réel de guerre civile. Dans chaque camp, c’est la veillée d’arme ; on affine les stratégies en entendant le moment opportun de mettre l’ennemie chaos. Un commando dit « mystérieux » harcèle depuis plusieurs semaines les Fds à Abobo et Anyama, deux quartiers pro-Alassane d’Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire, entraînant l’exode massif des populations vers d’autres destinations. Dans ces deux quartiers sous couvre feu depuis environ deux mois, des exactions ont été commises sur la population par les Fds. D’un côté les Fds et ceux qui sont suspectés être proche du camp Gbagbo sont égorgés, de l’autre côté ceux qui sont considérés comme des rebelles ou proche du camp Ouattara sont braisés. Des mosquées et des livres saints (coran) ont été incendiés à Yopougon, un quartier pro-Gbagbo sans que, pour le moment la communauté musulmane, considérée favorable à Alassane, ne réagisse. Répondant à l’appel de leur Général Blé Goudé, les jeunes patriotes ont érigé des barrages illégaux dans différents quartiers d’Abidjan (surtout favorables à Gbagbo Laurent) où des individus sont enlevés et braisés. Tous les jours il y a des tueries. Le comble de la folie du pouvoir, les Fds fidèles à Gbagbo Laurent ont tiré sur des femmes du Rhdp qui manifestaient à Abobo tuant six d’entre elles. Ainsi, tous les ingrédients d’une rwandalisation ou somalisation de la Côte d’Ivoire sont réunis.

Face à ce tableau alarmant et inquiétant, la communauté internationale reste impuissante à prendre toutes ses responsabilités pour éviter une tragédie humanitaire en Côte d’Ivoire. L’union africaine qui a dessaisi la CEDEAO, qui a eu le courage de prendre une position claire (qu’on approuve ou non), du dossier ivoirien, a mis en place un panel de cinq Chefs d’Etat pour évaluer la situation post-électorale et prendre des décisions contraignantes pour les deux parties au plus tard le 28 février 2011, après l’échec successif de leurs précédents envoyés (Tabou M’Béki, Jean Ping et le Premier Ministre kényan). Malheureusement pour les ivoiriens, ce panel est plombé par la lutte pour le leadership entre le Nigeria et l’Afrique du Sud en Afrique subsaharienne. L’Afrique du Sud et le Nigeria étant en compétition pour un éventuel poste permanent de l’Afrique au conseil de sécurité de l’ONU. Ce qui a amené le conseil de paix et de sécurité de l’Union Africaine à donner un délai supplémentaire d’un mois a ce panel afin qu’il puisse surmonter ses divergences et prendre des décisions contraignantes sur la base de la reconnaissante d’Alassane comme vainqueur de la présidentielle du 28 Novembre 2011. Mais de quel moyen dispose l’Union africaine pour contraindre les deux camps à accepter ces fameuses décisions que le panel de cinq Chefs d’Etat africains doit prendre.

« La politique, c’est la saine appréciation des réalités du moment », aimait dire Houphouet Boigny. Cette saine appréciation des réalités de la très longue crise que vit la Côte d’Ivoire depuis le coup d’Etat du 24 décembre 2009 fonde ma conviction en ce que ni Bédié, ni Gbagbo, ni Alassane ne peuvent apporter une paix durable et définitive à la Côte d’Ivoire. Aussi la plupart des pays Africains ont adopté des constitutions qui font des Présidents des monarques constitutionnels sans contre pouvoir. Le Président de la République concentre entre ses mains tous les pouvoirs (politique, économique, judiciaire et social). Ce qui fait que être Président de la République devient une question de vie ou de mort. Pour rompre avec ce système et instaurer une vie démocratique apaisée, je propose pour sortir définitivement de cette crise une transition de trois ans dirigée par un présidium composé de trois personnalités consensuelles et politiquement « vierge » ; la désignation d’un Premier Ministre politiquement « vierge » et la formation d’un gouvernement de technocrates d’au plus vingt membres ; la suspension de la constitution ; la mise en place d’une assemblée constituante de cent personnalités représentant les régions et la société civile qui devra rédiger une nouvelle constitution instaurant un régime semi-présidentiel avec de véritables contre-pouvoirs et qui fera office d’Assemblée nationale pendant les trois ans de transition ; la reformulation de la Cei et la mise en place d’un nouveau Conseil constitutionnel. Le gouvernement de transition aura pour principales missions le désarmement et la réunification du pays, la mise en place d’une armée républicaine, la réconciliation nationale, la relance de l’économie, la lutte contre la corruption et le racket et l’organisation du référendum constitutionnel, des élections législatives et de l’élection présidentielle. Les protagonistes à cette crise militaro-politique et post-électorale, ainsi que les membres du présidium et du gouvernement de transition ne pourront être candidat à aucune de ces deux élections (législatives et présidentielle).

Eburnie, Samedi   05 Mars 2011

 

 

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