Les coulisses de la libération de Nelson Mandela

Le régime de l’apartheid a offert à six reprises de libérer Mandela. Ce dernier a d'abord refusé, jugeant les conditions du gouvernement inacceptables. Mais, vers le milieu des années 1980, le gouvernement de l’apartheid est aux abois. Isolé sur la scène internationale, il peine à réprimer les rassemblements anti-régime dans les townships. Le président PW Botha consent enfin à proposer à Mandela une solution politique négociée que l’ANC réclamait depuis toujours.

De notre correspondant de Johannesburg, Nicolas Champeaux

Le chef des services secrets, Niel Barnard, approche Mandela à la prison de Pollsmoor, en mai 1988. Il souhaite connaître ses vues sur le concept d’une solution négociée, sur le futur rôle qu’il envisage pour le Parti communiste sud-africain, et s’il prévoit d’abandonner la lutte armée.

Mandela rencontre en secret le président Pieter Willem Botha en juillet 1989. Le chef de l’ANC parle des Afrikaaners et de la guerre anglo-Boer, ce qui séduit le président. En détention à Robben Island, Mandela a appris la langue des Afrikaaners, il s’est penché sur leur histoire, et a lu leurs poètes.

Réalisme

Mais lorsque les autorités soumettent à Mandela l’idée d’un droit de veto pour la minorité blanche au sein des futures institutions, celui-ci s’y oppose avec véhémence. Frederik de Klerk succède à Botha en août 1989. Mandela le rencontre en décembre de la même année. Une fois encore, on le fait entrer en cachette, par le garage.

De Klerk souhaite aller vite. Il sait que son parti politique est du mauvais côté de l’Histoire. Il est surtout réaliste. Le Mur de Berlin est tombé. Le gouvernement de l’apartheid ne peut plus prétendre s’opposer à l’ANC pour enrayer l’expansion communiste. Le 2 février 1990, de Klerk annonce la libération de Mandela. Le 11 février, ce dernier franchit à pied les derniers mètres de sa « longue marche vers la liberté ».

Première rencontre entre De Klerk et Mandela
Par Bruno Minas

Le 13 décembre 1989, à la nuit tombée, une voiture de police s’engouffre dans le parking souterrain de la résidence présidentielle, au Cap. Le détenu est accompagné, mains libres, dans le bureau de Frederick de Klerk . Le président sud-africain le reçoit en compagnie du chef des services secrets. C’est la première fois que de Klerk voit Mandela. « C’est donc lui, l’icône mondiale de la lutte contre l’apartheid! », se dit de Klerk. Il avoue dans ses mémoires avoir été impressionné par le calme, la courtoisie, et la confiance en lui de Mandela. Mandela vient négocier, avant de retourner en détention quelques heures plus tard. De Klerk sait qu’il va le libérer. Il sait que les jours du régime blanc sont comptés. Le pays vit sous état d’urgence, les émeutes sont quotidiennes, l’économie est étranglée par l’embargo. La chute du mur de Berlin, l’effondrement du bloc soviétique ont un double effet : le régime ne peut plus continuer à justifier la répression contre l’ANC comme une lutte contre le communisme et les blancs au pouvoir ont peur quand ils voient la foule qui balaie la dictature en Roumanie. Tout cela, de Klerk l’a compris très vite ; son intelligence a rencontré celle de Nelson Mandela. Cela leur vaudra à eux deux un prix Nobel de la paix, et à leur pays une transition réussie.

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