Un père sans cœur

 

Je ne pouvais pas faire autrement. C’était la seule manière d’avoir ce dont j’avais besoin. Et c’est comme ça que j’ai exploité cette situation sans savoir qu’elle causerait le malheur de ma mère.

 

J’étais la plus malheureuse parmi mes camarades au collège Cavanot de Yopougon Niangon. Mon père ne se souciait pas de mes frères et moi. Pour manger à l’école, j’étais obligée de quémander auprès de mes camarades. Pour ça, je ne me séparais jamais d’elles. Je les suivais partout où elles allaient. Au nombre de trois, elles ne manquaient de rien apparemment. Leurs parents leur donnaient les moyens nécessaires pour aller à l’école. Quant à mon père, il était un inconscient. Il ne déboursait presque rien pour nous, ses enfants. Généreux dehors, papa était très avare à la maison. C’était notre maman qui faisait tout pour nous avec son maigre salaire d’institutrice. Mes camarades comprenaient ma situation et acceptaient très souvent de m’aider. Surtout Adeline que j’appelais affectueusement Adé. Elle me donnait quelque fois de l’argent pour payer ma scolarité. Un matin, on me vida de l’école parce que je n’étais pas à jour dans le paiement de ma scolarité. On n’avait un devoir ce jour-là. Prise de compassion, Adé me donna son portable pour que j’appelle mes parents. Quand je lançai le numéro de mon père, je vis le mot Amour apparaître sur l’écran. Croyant m’être trompée, je recomposai le numéro. Le même mot réapparut. Abattue, je n’eus pas le courage d’appeler mon père. Je venais de découvrir sa relation amoureuse avec ma meilleure amie. Je m’en pris à Adé, la traitant de tous les noms avant de lui dire de mettre fin à cette relation sinon j’allais tout raconter à ma mère qui la connaissait bien. Les autres filles me calmèrent et me donnèrent raison. Toute confuse, Adé pris la décision de ne plus jamais rencontrer mon père.

Le soir à la maison, je sentis que mon père était en colère. Il était très fâché contre moi. Quand je lui demandai l’argent de ma scolarité, au lieu de me renvoyer vers ma mère comme d’habitude, il me somma de quitter devant lui si je ne voulais pas qu’il me gifle. Le lendemain, je compris la raison de la colère de mon père. Adé l’avait appelé pour mettre fin à leur relation amoureuse. Deux mois après, ma situation ne s’était pas améliorée. Je vivais toujours au crocher de mes camarades quand maman ne me donnait pas d’argent de poche. Ce sont elles qui m’invitaient à manger.

Un après midi, alors que nous étions entrain de réviser nos cours dans une salle de classe, le téléphone d’Adé sonna sur la table près de moi. Je reconnus le numéro de mon père. Néanmoins, je pris le téléphone pour le lui remettre.  Elle était très gênée. Pour me montrer qu’elle ne sortait plus avec lui, elle mit le haut parleur en marche. On entendit mon père dire :

-          Chérie, s’il te plait, j’ai envie de te voir, je ne pense qu’à toi ces deux mois. J’ai vingt mille francs pour toi. Passe les prendre au lieu habituel.

Et Adé de répondre :

-          Je suis désolée monsieur, je n’ai pas besoin de votre argent. N’insistez pas. Puis elle raccrocha.

Mon père rappela quelques minutes plus tard, mais elle éteignit son téléphone. J’étais contente pour ce qu’elle venait de faire, mais j’avais un pincement au cœur. Les vingt mille francs qu’elle avait refusés auraient pu me servir. Lorsque je fus seule avec Adé, je lui demandai d’aller chercher l’argent que mon père lui avait promis car cela allait me servie à payer ma scolarité. Elle refusa. J’insistai en la suppliant de le faire au nom de notre amitié. Adé finit par céder. Je l’accompagnais jusqu’au lieu du rendez-vous. Mais je pris soin de me tenir à distance. C’est ainsi que je les s’assoir à la terrasse d’un restaurant. Mon père commanda un bon plat de poulet et de la boisson. Quelle insouciance ! Alors qu’il n’avait rien laissé à la maison pour la popote, il était entrain de dépenser plus de quinze mille francs pour recevoir ma camarade. De ma cachette, je le voyais la tripoter. J’enrageais de le voir aux petits soins d’une fille qui avait le même âge que moi et qui était de surcroit ma camarade. Après le repas, Adé refusa de suivre mon père à l’hôtel sous prétexte qu’elle avait ses menstrues. Elle avait déjà reçu l’argent. Je le récupérai pour aller payer ma scolarité. Ce coup ayant marché, j’en montai d’autres avec la complicité d’Adé pour soutirer de l’argent à mon père. Tout en demandant à ma camarade de trouver des astuces pour ne pas sortir avec lui. Celui-ci très amoureux d’elle, n’hésitait pas à mettre la main à la poche. Mais mon père ne fut pas dupe pendant longtemps. Se rendant compte que ma camarade ne s’intéressait qu’à son argent, il décida de ne plus rien lui donner si elle s’obstina à se refuser à lui.   

A la fin de l’année, ma scolarité n’ayant pas été soldée, la direction de l’école refusa de me donner ma convocation pour le BAC. Ma était au village pour les funérailles de son père adoptif. Où avoir l’argent pour retirer ma convocation ? Je fis à nouveau appel à Adé pour qu’elle aille voir mon père. Et cette fois, je l’autorisai à sortir avec lui. Elle s’exécuta. C’est ainsi que je pus passer le Bac. Lorsque j’eus mon parchemin, je m’inscrivis à l’université où j’obtins ma licence trois ans plus tard. Je passai le concours de l’ENS et devins professeur dans un lycée. Avec mon salaire, j’aidais ma mère à s’occuper de mes petits frères. Papa quant à lui, ne recevait rien de moi. Je l’ignorais superbement. Je dirai même que je le détestais. Quand je venais à la maison familiale, je me contentais de le saluer froidement. Pendant ce temps ma mère vivait un calvaire dans son foyer. Un soir, n’en pouvant plus, elle me raconta qu’il refusait de faire l’amour avec elle depuis près d’un an. Elle le soupçonnait d’avoir une maîtresse. Mon père, lui, avait entre temps eu une promotion au travail. Son salaire avait connu une substantielle augmentation qui lui permit de s’acheter une voiture. Les gens venaient raconter à ma mère qu’il le voyait très souvent en compagnie d’une jeune fille claire et grosse. Vu que mon père découchait régulièrement, ma mère conclut alors que c’était avec cette dernière qu’il passait tout son temps.

Un jour après les cours, je me rendis au Plateau pour faire un retrait à la banque. Au moment où je sortais de la banque, je vis la voiture de mon père. A l’intérieur se trouvait une jeune fille assise sur le siège avant. Sa description correspondait à celle que rapportaient les « kpakpato » à qui je donnai raison. Lorsque le véhicule se rapprocha de moi, le visage de la jeune fille me parut familier. Je finis par l’identifier. C’était bien Adé, ma meilleure amie au lycée. Elle avait grossi et son teint s’était éclairci certainement par les produits décapants. Bouillonnant de rage, j’empruntai un taxi et demandai au chauffeur de les suivre. Mon intention était d’aller connaître chez elle car j’étais persuadée que mon père lui avait loué un appartement quelque part.

La voiture de mon père sortit du Plateau en empruntant le pont Félix Houphouet Boigny. Je ne me souciais pas du montant qu’affichait le compteur car j’avais assez d’argent sur moi. Le taxi entra à Treichville, prit le boulevard qui passe devant le Palais des Sports pour aller à Koumassi. Grâce à la complicité du chauffeur de taxi, mon père ne pouvait deviner qu’il était suivi. C’est ainsi qu’il nous conduisit jusqu’à un immeuble nouvellement construit où il gara sa voiture et descendit avec Adé. Les deux amants entrèrent dans l’immeuble. J’attendis quelques minutes avant de libérer le taxi. Maintenant que je connaissais le deuxième foyer de mon père, il ne me restait plus qu’à rentrer chez moi pour revenir quand mon père ne sera pas là. Je ne dis rien à ma mère. Je voulais rencontrer Adé pour lui demander de laisser mon père et qu’il y avait beaucoup de jeunes célibataires qu’elle pouvait se marier au lieu d’être la maîtresse de mon père. Le lendemain Adé m’appela. Surprise, je me demandais comment elle avait fait pour avoir mon numéro lorsqu’elle me dit que c’était mon père qui le lui avait donné. Puis me fit savoir que mon père et elle m’avaient vu depuis la fenêtre de son appartement pendant que je regardais l’immeuble.

-          Sais-tu que c’est à cause de toi que mon père est en train de maltraiter maman ? Lui demandai-je.

-          Ma chère, ce n’est pas mon problème. Me répondit-elle.

-          C’est ton problème ! m’emportai-je. Parce que je te tiens pour responsable dans la déstabilisation du foyer de ma mère.

-          Ah bon ? Tu m’accuses aujourd’hui. Tu as oublié que c’est toi qui m’as poussée dans les bras de ton père quand tu m’obligeais à aller le voir pour prendre de l’argent avec lui.

-          Certes, je te demandais d’aller prendre de l’argent avec lui, mais pas pour devenir la rivale de ma mère.

-          Ecoute, l’appétit vient en mangeant. J’ai pris goût et aujourd’hui je suis collée à lui. Nous sommes collés serrés. Me nargua-t-elle avant de raccrocher.

Ces derniers propos m’assommèrent. Je restai figée un moment à regretter mon acte. Je vis ainsi toute l’étendue du mal que j’avais fait à ma mère. Pris de remords, je décidai d’aller voir Adé pour la supplier de laisser mon père. Le week-end qui suivit notre conversation téléphonique, je me rendis chez elle.

L’accès à son immeuble n’était pas facile. Un vigile, posté devant le bâtiment, filtrait les entrées. Il annaoçait par interphone tous les visiteurs. Si je disais que c’était moi, Adé ne me laisserai certainement pas monter. Je me fis donc passer pour une autre camarade du lycée. Elle lui dit alors de me laisser monter. Adé était au troisième. C’est sa servante qui vint ouvrir la porte et m’installa au salon pendant que sa patronne s’apprêtait dans sa chambre. J’admirai son bel appartement avec des tableaux représentant de beaux paysages. C’était l’œuvre d’un père irresponsable. Quand je pensais qu’il laissait sa famille dans la misère pour venir dépenser son argent sur une fille de mon âge, j’avais mal au cœur. Mes yeux qui se promenaient sur le mur tombèrent sur un tableau qui me fit perdre la tête. C’était la photo de mon père et d’Adé. Lorsque je m’approchai du tableau, mes larmes se mirent à couler à flots. J’avais devant mes yeux le comble de la mauvaise foi de mon père. Sur cette photo, je vis mon père et Adé en tenue nuptiale. Ils étaient légalement mariés ! Je fus stupéfaite à telle enseigne que je ne vis pas Adé entrer au salon. C’est quand elle m’appela que je sortis de ma torpeur.

Furieuse contre ùa camarade de lycée, je dénonçai vertement son attitude. Elle répliqua pour me dire que ce n’est pas elle qui avait amené mon père dans ses bras. D’ailleurs, lança-t-elle, ce n’était pas sa faute si ma mère était incapable de donner satisfaction à mon père. Je ne supportai pas l’arrogance d’Adé. Je la giflai de toutes mes forces. Une bagarre éclata entre nous. La servante partit chercher le vigile qui me jeta hors de l’appartement sans ménagement. Je partis raconter toute cette histoire à ma mère. Nous l’attendions de pied ferme. Mais on ne le revit plus. Ma mère informa les parents au village. Le mariage coutumier l’exigeant, mon père se rendit à la convocation des chefs coutumiers. Il vint dans l’intention de rompre avec ma mère qui releva devant toute l’assistance l’attitude irresponsable de mon père. Elle le traita de monstre. Pour se défendre, mon père m’accusa d’avoir provoqué son mariage avec Adé. Il avoua que j’étais au courant de sa relation amoureuse avec ma meilleure amie. Et que c’était moi qui avais favorisé leur amour en poussant ma camarade dans ses bras. Ses propos eurent le don de soulever le courroux de l’assistance. On dénonça l’irresponsabilité de mon père. C’est dans une confusion totale que se termina cette réunion qui fut reportée. Les parents de ma maman étaient prêts à en découdre avec ceux de papa.

Mes deux parents se rencontrèrent plus tard pour prononcer le divorce selon la coutume. Je me sentis coupable de leur séparation. J’avais honte de regarder maman dans les yeux. Si j’avais dénoncé cette relation entre mon père et ma camarade, me disais-je, peut-être qu’on en serait pas là. Mais ma mère me rassura en disant que je n’y étais pour rien dans leur séparation et que c’était mon père qui ne voulait plus d’elle. Je pris cela avec des pincettes. Jusqu’aujourd’hui, j’ai peur que ma mère ne vienne m’accuser d’être responsable de son divorce, même si mon père est sans cœur.

Marliz in le Livre de Cœur 

 

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Commentaires (1)

1. kenza 27/01/2010

waw rien a dire je suis choqué .Moi ossi jai des problémes avec mon pére mes parents sont divorcés et j en peu plus .Quand je suis venue au monde jai pleuré et chaque jours me montre pourqoui …Ma naissance…on aurais di que tu étais content… J’étais petite je n ai pas compris pourquoi j étais si joyeuse j y croiais a c est putain de compte de fée…le mien c étais avoir ma maman et mon papa unis pour la vie…Des poses je prenais toute contente …Des promenades on faisait y en a pas t en mais quand meme c est des choses qui s oublie pas jai des souvenirs sur papiers …Jamais j aurais cru que quelques année plutart il me resterais qu une maman pour moi… jamais j aurais cru que tu nous abandonneras un jour comme ca pour la re joindre elle …et mnt jai grandi sans pére avec une maman … et mnt jai grandi sans pére avec une maman … jai un vide mes larmes me bouffes a l interieur je veux repeindre ma vie mais je n es pas d encre et j ai toujours pas trouver le bon pinceau…je rames avec un grand navire mes larmes me bouffe a l interieure…je voulais apprendre a aimer jai appris a hair…ma haine m éttoufe mais mon cœur veut rien savoir…mes yeux sont enfin grand ouvert mais c est déjà trop tard . Jai trop mal ! je me sans comme une bouteille a la mer … tu m avais promi que t allais gardé tes promesse comme je vois elle se sont en volée je t avais promi moi que les mienne ne s envoleront jamais …Ca fais plus mal qu une Balle…toi t aura jamais rien compris a ma vie t avais tout pour etre heureux avec nous … mais t es parti … tu as gaché tout une famille …mais tout ca toi tu t en balances c est vraiment pas d chance di moi papa pourquoi tu as fait ca je sais c est ton choix mais je ne comprend pas et je ne comprendrai jamais parceque tu avais tout pour vivre heureux loin du mal et des problémes … C est difficile de faire a la douleur de ta perte mais je ny peu rien quand je voir un perd et sa fille entrin de rigoler je me di quellle chance elle a … mon réve c est d avoir un pére qui me soutienne et qui pense a moi et qui me prottége .
Pour mon chére pére qui veut plus de moi .

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