Élection présidentielle 2010 - Ces variations de chiffres qui créent la suspicion

A

Au cours d’une conférence de presse qu’il a animée vendredi 05 novembre dernier au Qg de campagne de son candidat, le porte-parole du candidat Laurent Gbagbo, Pascal Affi N`Guessan, a dénoncé le gonflage de l’électorat dans le Nord du pays. Il s’est notamment offusqué du cas de Korhogo où, selon des informations en sa possession, c’est pratiquement 90 % de la population qui a pris part au vote. Vrai ou faux ? Toujours est-il qu’au lendemain du scrutin du 31 octobre, l’on s’aperçoit qu’il y a eu un véritable problème au niveau des chiffres, s’agissant aussi bien du nombre de personnes inscrites dans chaque région, chaque ville, chaque bureau de vote, que des suffrages attribués à chaque candidat. En effet, depuis la publication des résultats, le Pdci d’Henri Konan Bédié et plus généralement les partis du Rhdp, ne cessent de clamer qu’il y a eu une différence entre les chiffres en leur possession et ceux publiés par la Commission électorale indépendante (Cei). Les fluctuations constatées au niveau du nombre d’inscrits annoncés à l’issue du premier tour et le nombre d’inscrits sur la liste électorale définitive, vient apporter de l’eau au moulin de ceux qui remettent en cause les différents chiffres communiqués par la Cei. Une comparaison des données permet en effet de relever qu’il y a une curieuse variation dans les chiffres. Dans 12 des 19 régions de la Côte d’Ivoire, on note qu’il y a eu une augmentation du nombre d’inscrits. Une majoration qui s’élève parfois jusqu’à près de 14000 électeurs, comme dans le Bas-Sassandra où on est passé de 335649 inscrits sur la liste électorale définitive à 349325 effectivement inscrits le jour du scrutin. Dans le N’zi Comoé, on est passé de 258053 inscrits sur la liste électorale définitive à 265000, soit un gonflage du nombre d’électeurs de près de 7000. Même chose dans la région des Lacs, où, de 212312 inscrits sur la liste électorale définitive, on est passé à 219758 inscrits le jour du vote, soit un surplus de plus de 7000 électeurs. Comment s’explique cette augmentation ? Qui sont ces électeurs qui sont venus gonfler le nombre total d’inscrits dans certaines régions ? Selon une source proche de la Primature, cette hausse constatée çà et là pourrait s’expliquer par le mouvement des Fds et autres agents de l’Etat qui ont été autorisés à voter dans d’autres bureaux que là où ils se sont fait enrôler, sur présentation de leurs ordres de mission. Ces personnes, selon cette source, auraient été doublement pris en compte dans le décompte final. Ce qui a gonflé les chiffres. Soit. Cet argument ne résiste cependant pas à l’analyse. Et à la suspicion. Quand on sait que le nombre total de ces bonus s’élève à plus de 50000 personnes, difficile de croire qu’il y avait autant de personnel d`astreinte le jour du scrutin et qui étaient porteurs d’une dérogation spéciale, leur permettant de voter sur leur lieu de mission. Par ailleurs, comment se fait-il que dans certaines régions, comme le Fromager et le Bafing, ce soit le même nombre de personnes inscrites sur la liste électorale définitive que l’on retrouve à la proclamation des résultats ? Pourquoi ici les chiffres à l’entrée ( 188126 pour le Fromager et 38766 pour le Bafing) sont-ils restés les mêmes à la sortie ? Est-ce parce que des éléments des Fds ou autres personnels d`astreinte n’y étaient pas en mission ? Il faut donc chercher ailleurs les raisons de cette fluctuation. A la Cei certainement. Le porte-parole de cette institution, Bamba Yacouba, ne cache d`ailleurs pas « qu`il y a eu des ratés » dans l`organisation du scrutin au niveau de la Cei. « Nous avons constaté qu`il y a eu quelques ratés au niveau de l`organisation pratique sur le plan de la logistique. Donc nous sommes en train de travailler pour que le 2ème tour soit irréprochable », a confié Bamba Yacouba aux femmes du Pdci venues se plaindre de la mauvaise organisation du scrutin. On pourrait donc mettre ces irrégularités dans les chiffres au compte des ratés dont parle le porte-parole de la Cei. Il est par ailleurs bon de noter, après les comparaisons de chiffres, qu`alors que le nombre d’inscrits a augmenté dans 12 régions, il a curieusement diminué dans 5 autres. Notamment dans les régions des Lagunes où on est passé de 1944 482 inscrits sur la liste électorale définitive à 1754 050, et du Worodougou où le nombre d’inscrits est passé de 114044 sur la liste définitive à 109940. A quoi est due cette baisse ? Précisons qu’il ne s’agit pas du nombre de votants mais bien du corps électoral par région devant prendre part au vote. Que s’est-t-il passé pour qu’on en arrive à ces fluctuations qui nourrissent la suspicion ? Il importe de corriger ces variations de chiffres, qui affectent même le corps électoral global, puisque l’on est passé de 5725720 personnes inscrites sur la liste électorale définitive à 5784490 ( chiffre entériné par le Conseil constitutionnel). Des irrégularités qu`il faut corriger avant le second tour pour ôter toute velléité de contestation des résultats à qui voudra y trouver une raison.
Assane NIADA
Publié le jeudi 11 novembre 2010   |  L'Inter



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